28 octobre 1999

Les Treize jubilent


Cinquante ans après sa fondation, la première troupe de théâtre de l'Université brûle toujours les planches


Forte de son demi-siècle d'existence, la troupe de théâtre Les Treize a décidé de célébrer en grandes pompes son cinquantième anniversaire. En effet, trois événements exceptionnels viendront commémorer ce moment historique, au cours des prochains mois. Les 12, 13 et 14 novembre, à 20 h, à l'amphithéâtre Hydro-Québec du pavillon Alphonse-Desjardins, la troupe présentera la pièce Le quadrillé, oeuvre écrite par le fondateur des Treize, Jacques Duchesne, décédé il y a quelques années. Le 11 décembre, aura lieu le gala des retrouvailles des anciens et anciennes de la troupe, au Théâtre de la cité universitaire (TCU), au cours duquel seront présentés des extraits de pièces et des réflexions sur le théâtre et la musique. Enfin, un spectacle d'envergure mettant en scène 22 comédiens et comédiennes clôturera le programme des célébrations. Il s'agit de la pièce La Visite de la vieille dame, chef-d'oeuvre de l'auteur suisse Friedrich Dürrenmatt (4 et 5 février 2000, au TCU).

"Si j'ai été capable de passer à travers cinq années d'études à l'Université, de 1967 à 1972, c'est grâce aux Treize", a expliqué avec humour Normand Chouinard, président d'honneur du jubilé des Treize, lors de la conférence de presse annonçant les activités de la troupe qui s'est déroulée récemment, au Palais Montcalm. "Je me souviendrai toute ma vie du formidable esprit d'équipe qui régnait au sein du groupe et de cette fébrilité qui nous animait constamment. Par exemple, dans le cadre du Théâtre-midi, tout au long de l'année, nous allions de café étudiant en café étudiant jouer de courtes pièces portant sur différents thèmes. En fait, nous vivions pratiquement pour le théâtre."

Cet engouement pour les planches n'a pourtant pas empêché Normand Chouinard de "passer son Barreau" haut la main: "Quand on est passionné par quelque chose, on trouve toujours le temps de tout faire", soutient-il. Aujourd'hui comédien et directeur du Conservatoire d'art dramatique de Montréal, Normand Chouinard ne cache pas que son passage aux Treize a décidé de son orientation professionnelle, à l'instar des Rémy Girard, Dorothée Berryman et Josée Deschênes, pour ne citer que ceux-là.

Une affaire de passion
Formidable pépinière de talents, la troupe de théâtre Les Treize de l'Université Laval a en effet servi de rampe de lancement à des comédiennes et comédiens qui dominent aujourd'hui la scène québécoise, en plus d'avoir compté en ses rangs des personnalités connues comme Gilles Vigneault et la romancière et dramaturge Marie Laberge.

Travail, passion, recommencement: tels sont les mots qui qualifient le mieux la formidable entreprise des Treize, a révélé pour sa part le nouveau président des Treize, Jean Nicolas Marquis Gagnon. "C'est en effet la passion qui, chaque jour, nous fait avancer, persévérer dans un cheminement qui n'est jamais facile", a souligné le jeune étudiant à la majeure en théâtre. "À chaque année, le théâtre renaît pour nous faire découvrir des facettes inexplorées. Chaque année marque un renouveau, un départ pour tous et chacun. C'est sur cette nouvelle naissance que nous vous invitons à venir célébrer avec nous notre vie."

Entouré de 12 mordus de théâtre, Jacques Duchesne, un étudiant en littérature, fonde en 1949 la Société dramatique de l'Association générale des étudiants de Laval (AGEL), qui prend rapidement le nom des Treize. Jouant d'abord les classiques (Molière, Racine, Musset), la troupe délaisse progressivement le théâtre de répertoire pour des auteurs résolument modernes en présentant, entre autres, Les parents terribles de Jean Cocteau et Antigone de Jean Anouilh. Avec cette dernière production, Les Treize remportent le prix de la meilleure production théâtrale au Festival de l'Est du Québec, en 1958. Le directeur artistique de cette production n'est nul autre que Gilles Vigneault.

Parfum de scandale
S'orientant au fil des ans vers le théâtre expérimental d'avant-garde, la troupe fait scandale, en 1964, avec Magie Rouge, de Michel de Ghelderode. Dans ces années de Révolution tranquille, on accepte encore mal que des étudiants d'une université catholique parlent de sexe et du clergé de manière irrévérencieuse... Trois ans plus tard, l'Université se dote d'une salle de spectacle de 600 places, le Théâtre de la cité universitaire. En 1969, trois grandes créations collectives, un genre très à la mode à l'époque, sont présentées par les Treize: Le Frame all-dress, sur un canevas de Jean Barbeau, Les prophéties synthétiques, sur un canevas de Suzanne Lemire, et enfin, La picotte volante (Esther Beaudet). Sans compter d'autres pièces dont les titre évocateurs témoignent de l'esprit créatif et provocateur qui prévalait alors au sein de la troupe: Les poissons mordent pus (1972) et La soirée du Fockey (1973) d'André Simard, Faites vos Dieux de Marie Laberge et Martine Beaulne (1973), Je crois en jeux (collectif), La cote d'égoute (collectif), etc.

Cette époque d'intense création est cependant suivie d'une période plus sombre où le groupe voit le nombre de ses membres fondre comme neige au soleil, en partie à cause de l'apparition d'autres troupes dans le paysage culturel de Québec. Malgré tout, les Treize présenteront au moins une pièce par année jusqu'en 1989. Le début des années 1990 marque un regain d'activités pour la troupe, dont les effectifs atteindront plus de 120 personnes au cours des saisons suivantes. Au programme de ces dernières années figurent des oeuvres d'auteurs renommés tels Michel Tremblay, Goldoni, Brecht, Ionesco, Strindberg, en plus de créations collectives et originales d'étudiants et d'étudiantes de talent. En somme, Les Treize sont en vie plus que jamais !

Les anciennes et anciens des Treize qui souhaitent participer au gala des retrouvailles, le 11 décembre, peuvent réserver au 656-7682, poste 8014, ou au 656-2765.

RENÉE LAROCHELLE