28 octobre 1999

Le campus de l'avenir?


Une équipe d'étudiants en design urbain a planché pendant plusieurs mois pour imaginer un campus plus convivial et davantage ouvert sur la communauté environnante

Glissant en douceur le long de la rue qui débouche sur le boulevard René-Levesque, l'autobus vous laisse sur le bord du parc. Attentif au chant d'un passereau, vous admirez le tendre vert printanier que prend la voûte des arbres qui s'étend jusqu'aux deux tours jumelles des Sciences de l'éducation et du pavillon Félix-Antoine-Savard. Vous voilà maintenant engagé dans un sentier qui jouxte la Maison Gomin quand, vision d'horreur, la belle pelouse verte se transforme soudain en asphalte huileuse, et les bosquets cèdent la place à des tas de tôle sur quatre roues!

Ce beau parc n'existait que dans votre imagination. Cela vous apprendra à prendre les plans d'un campus réaménagé selon les idées d'un groupe d'étudiants en architecture pour argent comptant!

Le moins que l'on puisse dire, c'est que les participants au Laboratoire de maîtrise en design urbain de l'École d'architecture, qui ont imaginé un nouvel aménagement du campus, en ont long à dire sur la disposition actuelle des pavillons de l'Université Laval. "En hiver, on se croirait en Sibérie lorsqu'on traverse le campus", lance l'un. "Partout où tu regardes, il y a un stationnement", remarque l'autre. Pierre Larochelle, le professeur d' architecture qui dirige le laboratoire, met tous les rieurs de son côté lorsqu'il décrit, pour sa part, la piètre qualité de l'accueil des visiteurs du PEPS, confrontés à des portes oranges toutes identiques dans le stationnement souterrain. Ou quand il constate que la sortie des poubelles constitue le seul accès sur rue de la Bibliothèque, située dans le pavillon Jean-Charles-Bonenfant

Un campus peu piétonnier
"C'est surtout la pauvreté de l'espace public qui caractérise le campus de l'Université Laval, constate Pierre Larochelle. Les piétons ne disposent d'aucun lieu pour se rassembler, se rencontrer." Dans le rapport qu'ils viennent de remettre aux gestionnaires de l'Université, les étudiants soulignent en effet que l'intérêt des trajets à pied entre les pavillons laisse à désirer, puisqu'il faut la plupart du temps louvoyer entre des voitures garées sur un stationnement. De plus, les distances à parcourir sont souvent énormes. À titre de comparaison, la superficie de Québec intra-muros ne représente qu'un tiers de celle de la Cité universitaire.

Les quatre étudiants à la maîtrise en architecture dans l'option design urbain, et leurs quatre autres collègues de l'option concentration assistée par ordinateur ont donc fait preuve d'imagination pour donner un visage plus humain au campus. Dans un premier temps, ils ont pensé remplacer plusieurs espaces de stationnement par un parc ou des places publiques. Dans leur projet, le pavillon des services à la collectivité, le pavillon Alphonse-Desjardins, s'ouvre donc sur un vaste espace vert central qui se poursuit jusqu'aux pavillons Palasis-Prince et La Laurentienne, et permet à la communauté universitaire de se croiser dans un contexte agréable. Étudiants et employés pourront ainsi, selon l'équipe du Laboratoire de design, développer enfin un sentiment d'appartenance à leur université.

L'axe Est-Ouest n'est pas négligé dans leur plan d'aménagement, puisque l'équipe a prévu de construire plusieurs places publiques, qu'il s'agisse d'utiliser l'espace devant le pavillon Jean-Charles-Bonenfant, ou celui entre les deux pavillons de la Faculté des sciences et de génie. Mais que faire des voitures stationnées? Apparemment, cette question a provoqué beaucoup de discussions au sein du groupe qui hésitait à aménager un stationnement à l'arrière de la Bibliothèque, comme le suggérait Pierre Larochelle. Ce dernier l'a emporté en leur faisant valoir que l'espace vert actuel n'a rien d'un lieu de rencontre convivial, et qu'en tournant davantage les pavillons vers la rue, on pouvait se ménager de l'espace au dos du bâtiment.

Moins de voitures, plus de bus
Échelonné en différentes phases, le plan d'aménagement des étudiants prévoit d'ailleurs la construction d'un stationnement souterrain, s'il ne reste plus suffisamment de terrain vacant pour accueillir les automobiles. Mais cela ne devrait pas arriver, puisque les spécialistes rencontrés par les étudiants du Laboratoire leur ont laissé entendre qu'une proportion grandissante de membres de la communauté universitaire devrait troquer la voiture pour le transport en commun dans les années à venir.

Question subsidiaire: comment financer les travaux d'aménagement autour des pavillons? Réponse de l'équipe, un brin iconoclaste: en vendant des terrains! Dans leur projet, les étudiants font d'une pierre deux coups en cédant des lots situés aux extrémités de la Cité universitaire, d'une part vers l'autoroute Du Vallon qu'ils suggèrent d'aménager en boulevard urbain, et d'autre part vers la rue Myrand. Non seulement l'Université dispose d'une somme rondelette qui pourrait s'élever à 74 millions de dollars, mais en plus, le coeur du campus se resserre donc autour des pavillons Desjardins et Pollack, des deux tours, du Casault, du Charles-de-Konninck et du Jean-Charles-Bonenfant, ce qui du coup facilite les trajets piétonniers.

Terrains à vendre ou à louer
"Je crois qu'il existe un fort potentiel pour la recherche appliquée sur les terrains jouxtant Du Vallon", confie Pierre Larochelle. Selon lui, des entreprises de haute technologie auraient tout le loisir de développer une synergie avec les chercheurs de l'Université Laval en ayant pignon sur rue sur le campus. À l'autre extrémité, derrière le pavillon Louis-Jacques-Casault, les étudiants ont imaginé dans leurs plans un futur développement résidentiel capable de satisfaire les besoins des citoyens qui apprécient d'avoir commerces, hôpitaux, écoles, université à distance pédestre, puisque la rue Myrand dispose de nombreux services. "Je pense qu'aucun autre quartier de Québec ne peut offrir autant d'avantages", précise Pierre Larochelle.

Dans leur rapport, qui se situe dans la foulée des nombreuses recommandations découlant de la consultation menée l'an dernier sur le sentiment d'appartenance à l'Université - recommandations qui seront déposées la semaine prochaine au Conseil universitaire, les étudiants ont beaucoup insisté sur la nécessaire cohabitation entre plusieurs activités sur le campus, qu'ils jugent pour l'instant trop coupé de la vie urbaine environnante. Ils suggèrent donc de multiplier les accès à la Cité universitaire, en prolongeant certaines rues ou en améliorant certains points d'entrée.

Selon eux, leur projet n'a rien d'un doux rêve, mais pourrait au contraire devenir réalité et surtout susciter un débat parmi les membres de la communauté universitaire. Des représentants de l'administration, des syndicats, des différents comités en ont déjà reçu un exemplaire afin d'amorcer leur réflexion. La Ville de Sainte-Foy se montrerait déjà enthousiaste devant les idées d'aménagement avancées. Il ne reste plus qu'à espérer que ce travail de fond ne finira pas enterré sous une couche de poussière, au fond d'une bibliothèque.
PASCALE GUÉRICOLAS

-30-

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


ARCHITECTURE
Le campus de l'avenir?
Une équipe d'étudiants en design urbain a planché pendant plusieurs mois pour imaginer un campus plus convivial et davantage ouvert sur la communauté environnante

Glissant en douceur le long de la rue qui débouche sur le boulevard René-Levesque, l'autobus vous laisse sur le bord du parc. Attentif au chant d'un passereau, vous admirez le tendre vert printanier que prend la voûte des arbres qui s'étend jusqu'aux deux tours jumelles des Sciences de l'éducation et du pavillon Félix-Antoine-Savard. Vous voilà maintenant engagé dans un sentier qui jouxte la Maison Gomin quand, vision d'horreur, la belle pelouse verte se transforme soudain en asphalte huileuse, et les bosquets cèdent la place à des tas de tôle sur quatre roues!

Ce beau parc n'existait que dans votre imagination. Cela vous apprendra à prendre les plans d'un campus réaménagé selon les idées d'un groupe d'étudiants en architecture pour argent comptant!

Le moins que l'on puisse dire, c'est que les participants au Laboratoire de maîtrise en design urbain de l'École d'architecture, qui ont imaginé un nouvel aménagement du campus, en ont long à dire sur la disposition actuelle des pavillons de l'Université Laval. "En hiver, on se croirait en Sibérie lorsqu'on traverse le campus", lance l'un. "Partout où tu regardes, il y a un stationnement", remarque l'autre. Pierre Larochelle, le professeur d' architecture qui dirige le laboratoire, met tous les rieurs de son côté lorsqu'il décrit, pour sa part, la piètre qualité de l'accueil des visiteurs du PEPS, confrontés à des portes oranges toutes identiques dans le stationnement souterrain. Ou quand il constate que la sortie des poubelles constitue le seul accès sur rue de la Bibliothèque, située dans le pavillon Jean-Charles-Bonenfant

Un campus peu piétonnier
"C'est surtout la pauvreté de l'espace public qui caractérise le campus de l'Université Laval, constate Pierre Larochelle. Les piétons ne disposent d'aucun lieu pour se rassembler, se rencontrer." Dans le rapport qu'ils viennent de remettre aux gestionnaires de l'Université, les étudiants soulignent en effet que l'intérêt des trajets à pied entre les pavillons laisse à désirer, puisqu'il faut la plupart du temps louvoyer entre des voitures garées sur un stationnement. De plus, les distances à parcourir sont souvent énormes. À titre de comparaison, la superficie de Québec intra-muros ne représente qu'un tiers de celle de la Cité universitaire.

Les quatre étudiants à la maîtrise en architecture dans l'option design urbain, et leurs quatre autres collègues de l'option concentration assistée par ordinateur ont donc fait preuve d'imagination pour donner un visage plus humain au campus. Dans un premier temps, ils ont pensé remplacer plusieurs espaces de stationnement par un parc ou des places publiques. Dans leur projet, le pavillon des services à la collectivité, le pavillon Alphonse-Desjardins, s'ouvre donc sur un vaste espace vert central qui se poursuit jusqu'aux pavillons Palasis-Prince et La Laurentienne, et permet à la communauté universitaire de se croiser dans un contexte agréable. Étudiants et employés pourront ainsi, selon l'équipe du Laboratoire de design, développer enfin un sentiment d'appartenance à leur université.

L'axe Est-Ouest n'est pas négligé dans leur plan d'aménagement, puisque l'équipe a prévu de construire plusieurs places publiques, qu'il s'agisse d'utiliser l'espace devant le pavillon Jean-Charles-Bonenfant, ou celui entre les deux pavillons de la Faculté des sciences et de génie. Mais que faire des voitures stationnées? Apparemment, cette question a provoqué beaucoup de discussions au sein du groupe qui hésitait à aménager un stationnement à l'arrière de la Bibliothèque, comme le suggérait Pierre Larochelle. Ce dernier l'a emporté en leur faisant valoir que l'espace vert actuel n'a rien d'un lieu de rencontre convivial, et qu'en tournant davantage les pavillons vers la rue, on pouvait se ménager de l'espace au dos du bâtiment.

Moins de voitures, plus de bus
Échelonné en différentes phases, le plan d'aménagement des étudiants prévoit d'ailleurs la construction d'un stationnement souterrain, s'il ne reste plus suffisamment de terrain vacant pour accueillir les automobiles. Mais cela ne devrait pas arriver, puisque les spécialistes rencontrés par les étudiants du Laboratoire leur ont laissé entendre qu'une proportion grandissante de membres de la communauté universitaire devrait troquer la voiture pour le transport en commun dans les années à venir.

Question subsidiaire: comment financer les travaux d'aménagement autour des pavillons? Réponse de l'équipe, un brin iconoclaste: en vendant des terrains! Dans leur projet, les étudiants font d'une pierre deux coups en cédant des lots situés aux extrémités de la Cité universitaire, d'une part vers l'autoroute Du Vallon qu'ils suggèrent d'aménager en boulevard urbain, et d'autre part vers la rue Myrand. Non seulement l'Université dispose d'une somme rondelette qui pourrait s'élever à 74 millions de dollars, mais en plus, le coeur du campus se resserre donc autour des pavillons Desjardins et Pollack, des deux tours, du Casault, du Charles-de-Konninck et du Jean-Charles-Bonenfant, ce qui du coup facilite les trajets piétonniers.

Terrains à vendre ou à louer
"Je crois qu'il existe un fort potentiel pour la recherche appliquée sur les terrains jouxtant Du Vallon", confie Pierre Larochelle. Selon lui, des entreprises de haute technologie auraient tout le loisir de développer une synergie avec les chercheurs de l'Université Laval en ayant pignon sur rue sur le campus. À l'autre extrémité, derrière le pavillon Louis-Jacques-Casault, les étudiants ont imaginé dans leurs plans un futur développement résidentiel capable de satisfaire les besoins des citoyens qui apprécient d'avoir commerces, hôpitaux, écoles, université à distance pédestre, puisque la rue Myrand dispose de nombreux services. "Je pense qu'aucun autre quartier de Québec ne peut offrir autant d'avantages", précise Pierre Larochelle.

Dans leur rapport, qui se situe dans la foulée des nombreuses recommandations découlant de la consultation menée l'an dernier sur le sentiment d'appartenance à l'Université - recommandations qui seront déposées la semaine prochaine au Conseil universitaire, les étudiants ont beaucoup insisté sur la nécessaire cohabitation entre plusieurs activités sur le campus, qu'ils jugent pour l'instant trop coupé de la vie urbaine environnante. Ils suggèrent donc de multiplier les accès à la Cité universitaire, en prolongeant certaines rues ou en améliorant certains points d'entrée.

Selon eux, leur projet n'a rien d'un doux rêve, mais pourrait au contraire devenir réalité et surtout susciter un débat parmi les membres de la communauté universitaire. Des représentants de l'administration, des syndicats, des différents comités en ont déjà reçu un exemplaire afin d'amorcer leur réflexion. La Ville de Sainte-Foy se montrerait déjà enthousiaste devant les idées d'aménagement avancées. Il ne reste plus qu'à espérer que ce travail de fond ne finira pas enterré sous une couche de poussière, au fond d'une bibliothèque.

PASCALE GUÉRICOLAS