28 octobre 1999

Trop jeunes pour être mères?


La maternité à l'adolescence est une étape difficile dans la vie de toutes les jeunes femmes. Cependant, la trajectoire de vie qu'elles suivent après la naissance de l'enfant varie et dépend en grande partie de la qualité de leur réseau social. Les jeunes mères qui reçoivent un soutien de leur entourage s'en sortent mieux que celles qui entretiennent des relations conflictuelles avec leurs proches.

C'est ce que révèle une enquête visant à tracer un portrait évolutif des trajectoires de vie des mères adolescentes (14 à 19 ans), menée en 1996-1997 par les centres jeunesse de la région de la Montérégie. Invitée par le Centre de recherche sur les services communautaires de l'Université Laval, la responsable de cette étude, Johanne Charbonneau, a partagé, le 5 octobre, les résultats de son travail avec des étudiants de l'Université Laval.

Urbaniste et formée en science politique, Johanne Charbonneau a constaté que les jeunes mères qui traînent des difficultés tout au cours de leur vie ont des caractéristiques communes. Les relations avec la famille sont conflictuelles, elles sont monoparentales et n'ont pas de véritables amis. L'aide sociale est la principale ressource formelle qu'elles utilisent et est considérée comme une façon d'être autonome par rapport aux parents. On observe aussi chez ces adolescentes une valorisation extrême de la capacité de se débrouiller seule.

Sur qui compter?
Le projet de recherche de Johanne Charbonneau démontre que les jeunes femmes qui peuvent compter sur quelques personnes significatives ont un cheminement moins pénible. Dans bien des cas leur propre mère joue, à leur place, le rôle de mère auprès de l'enfant. On retrouve aussi des cas de modèle familial traditionnel: femme au foyer, dépendante du conjoint. Le recours à l'aide sociale est perçu ici comme un moyen temporaire de s'en sortir.Il arrive que certaines jeunes femmes suivent un parcours conforme aux normes sociales. Dans ce cas-ci, on remarque que contrairement aux autres, leur réseau social est diversifié. Elles poursuivent des activités qui leur permettent d'entrer en contact avec des pairs. La relation avec les parents est bonne. Et l'aide des réseaux formels se limite à un prêt étudiant ou à l'assurance-chômage.

En général, les jeunes mères utilisent peu les ressources communautaires, car l'utilisation de ces ressources est considérée comme une perte de dignité. Le même type de raisonnement prévaut quand on les amène à discuter de leur participation à des activités de groupe. Elles disent ne pas vouloir être identifiées aux autres mères "à problèmes".

Il existe trois grands modes d'intervention spécifiques à cette clientèle: primaire, secondaire et tertiaire. Le premier vise à prévenir la grossesse. Le second cherche à éviter les difficultés médicales et psychosociales. Et le dernier vise à assurer un soutien à la mère et à l'enfant. Johanne Charbonneau pense que l'intervention tertiaire devrait être axée sur le développement de leurs habiletés relationnelles. "On oublie souvent que les personnes qui ont le plus besoin de réduire leur isolement sont souvent celles qui sont le moins capables de le faire", remarque-t-elle.


MÉLANIE BRULÉ