7 octobre 1999

Moins de gras dans les chiffres

Les experts du Groupe de recherche en économie et politiques agricoles ont bossé fort pour évaluer finement le fameux coût de revient qui fait litige entre les producteurs de porc du Québec et le gouvernement.

On se souvient de ces images de truies et de porcelets faisant la sieste sur l'autoroute Jean-Lesage, en septembre 1998. Les producteurs de porc du Québec protestaient alors contre le fait que le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation leur impose une baisse de quelques dollars sur la compensation accordée pour chaque porc produit. Les pouvoirs publics compensent, avec l'assurance-stabilisation, les pertes entre le prix du marché et le prix de production. Il s'agissait donc, pour les uns et les autres, de savoir exactement à combien revenait chaque porcelet ou cochon produit, car les chiffres avancés par le MAPAQ ne faisaient pas l'unanimité.

Le Ministère a donc sollicité le Groupe de recherche en économie et politiques agricoles (GREPA) de l'Université Laval afin que ses experts déterminent de la façon la plus exacte ce fameux coût de revient. Chaque année, le GREPA mène une enquête similaire dans le domaine de la production laitière, mais c'était la première fois que l'exercice se portait sur la production porcine. "Nous avons dû mobiliser une trentaine de personnes car l'échéancier était très serré, précise Diane Gilbert, professeure au Département d'économie agricole qui a piloté en partie le projet. Nous disposions seulement de huit mois, alors qu'un travail d'une telle ampleur peut prendre un an ou deux."

Des questions, encore des questions
Les enquêteurs ont d'abord choisi un échantillon de fermes porcines, dont les caractéristiques correspondaient le plus possible à la réalité des producteurs québécois. Une centaine de producteurs ont ainsi accepté de participer au projet, moyennant un défraiement financier pour compenser le temps passé à répondre aux questions des chercheurs. Et celles-ci ne manquaient pas. Achat de matériel, d'aliments, de carburants, de médicaments, assurances, taxes foncières, intérêts sur emprunts, les enquêteurs ont passé les livres comptable aux crible, tout en vérifiant les données grâce à l'examen des factures et autres pièces justificatives.

De retour au GREPA, les chercheurs ont ensuite utilisé des outils informatiques pour s'assurer de la validité des éléments d'information recueillis dans l'ensemble de l'échantillon. Certaines dépenses, comme le temps de travail, s'avérant difficile à appréhender pour l'année visée qui s'étendait du 1er juillet 1997 au 30 juin 1998, il a fallu trouver des techniques d'estimation particulières. Plusieurs mois d'efforts plus tard, les chercheurs ont mis un chiffre sur le coût de production d'un porc, engraissé dans une ferme du Québec. Ils ont ainsi calculé qu'il coûtait 149,70 $ au producteur, tandis que le porcelet revient à 51,47 $.

Le chiffre magique
Ce chiffre de 149,70 $ n'est pas très éloigné du coût de production du MAPAQ qui s'établissait à 144 $. Mais une différence de quelques dollars par cochon peut constituer finalement une jolie somme à la fin de l'année, pour un producteur qui vend plusieurs milliers de porcs. En effet, le gouvernement compense les agriculteurs du secteur porcin, en leur versant avec l'assurance-stabilisation, une somme équivalente à la différence entre le prix du porc sur le marché, qui s'établit actuellement environ à 135 $ par bête, et le coût de production pondéré par plusieurs éléments en négociation.

La Fédération des producteurs de porc et le MAPAQ négocient donc de pied ferme, sur la base des coûts calculés par le GREPA. Les agriculteurs voudraient en effet notamment débattre, avec le Ministère, de la rémunération de l'exploitant, et des coûts entraînés par l'utilisation de bâtiments supplémentaires en cas de maladies dans un élevage. Pour l'instant, les négociations n'ont pas encore abouti. Les truies retourneront-elles faire une petite sieste autoroutière ?

PASCALE GUÉRICOLAS