7 octobre 1999


Le grand bond du Québec


"Il ne faut laisser à personne d'autre la tâche de nous présenter au monde tels que nous sommes", estime la ministre Louise Beaudoin.


"Qu'on parle de mondialisation ou de diversité culturelle, qu'on traite des droits de la personne ou de solidarité internationale, qu'on souligne les actions concrètes de notre gouvernement dans les Amériques, c'est justement parce que le Québec veut s'acquitter des obligations découlant de son intégration à un monde plus vaste que lui-même qu'il se dote d'une politique internationale et la met en oeuvre. Personne d'autre ne peut mieux remplir cette tâche que nous-mêmes: celle de nous présenter tels que nous sommes au monde."

C'est en ces termes que s'est adressée Louise Beaudoin, ministre des Relations internationales (MRI) et ministre responsable de la Francophonie et de la Charte de la langue française, aux personnes venues l'entendre dans le cadre d'une conférence organisée par l'Institut québécois des hautes études internationales, le 28 septembre, au pavillon La Laurentienne. Selon Louise Beaudoin, la libéralisation des échanges dans les Amériques présente deux grands avantages économiques: en plus d'exercer une pression bénéfique sur les entreprises dans la poursuite de l'excellence sur la scène internationale, elle permet aussi aux consommateurs de profiter d'une gamme plus étendue de biens et services, et ce, à plus bas prix. Après dix ans de libre-échange nord-américain, la croissance des exportations québécoises vers les États-Unis a d'ailleurs augmenté de 155 % en huit ans, plaçant le Québec au rang de septième partenaire commercial des États-Unis, a révélé la ministre. Pendant la même période, la croissance des exportations québécoises a augmenté de 70 %, alors que celle vers le reste du Canada n'affiche q'une hausse de 18 %.

"Cette formidable réussite nous invite à devenir des acteurs dynamiques de la création de la future zone de libre-échange des Amériques (ZLEA), a souligné Louise Beaudoin. Il importe de noter que le Québec se classe au sixième rang de cette future zone derrière les États-Unis, le Canada, le Brésil, le Mexique et l'Argentine." Si "l'américanité" du Québec s'est d'abord exprimée dans ses relations avec son puissant voisin du Sud, ces liens prennent des formes concrètes vers d'autres pays. En témoigne le lancement cette année de la Décennie québécoise des Amériques, dont l'un des objectifs vise à porter de 500 à 1 500 le nombre d'entreprises exportant vers l'Amérique latine et les Antilles, au cours des dix prochaines années. Le gouvernement vise également à augmenter de 50 % le nombre de Québécois trilingues d'ici 2010. Enfin, la création dès l'an prochain d'un Office Québec-Amériques pour la jeunesse, inspiré de l'Office franco-québécois, permettrait à 3 000 jeunes de 18 à 35 ans de bénéficier de programmes d'échanges entre le Nord et le Sud.

Missions accomplies
Connues sous le vocable de Mission Québec, les missions commerciales constituent une excellente façon de mieux faire connaître le Québec et de forger des liens avec les Amériques, a soutenu Louise Beaudouin. L'une des dernières en date - la Mission Québec au Mexique - a permis des échanges fructueux entre les entreprises québécoises et mexicaines. La prochaine de ces missions aura lieu du 20 au 24 octobre, en Californie, où des représentants du gouvernement feront la promotion du multimédia et des industries culturelles.

Se disant d'accord avec l'économie de marché, Louise Beaudoin n'appuie pourtant pas la notion de "société de marché". "L'intégration des Amériques réussira si nous parvenons à dépasser une vision exclusivement marchande, estime la ministre. En matière culturelle, laisser le marché agir librement ne fait pas qu'éliminer les entreprises inefficaces mais favorise la disparition des entreprises culturelles, efficaces ou non, qui évoluent sur les petits marchés. Le marché libre produit ici de l'inefficacité économique, puisque des entreprises performantes sont éliminées et les consommateurs mal servis. Nous pourrions donner quelques illustrations, dont celles du cinéma et du livre. En fait, la culture ne doit pas tomber sous le régime général des accords de commerce mais doit plutôt être régie par une convention distincte ou par tout autre instrument national approprié. "

Au cours des prochains mois, la capitale nationale sera l'hôte de plusieurs événements américains, a annoncé Louise Beaudoin. En décembre, plus d'un millier de législateurs des États-Unis se réuniront à l'occasion de l'Assemblée générale annuelle du Council of State Governments, dont la tenue à l'extérieur des États-Unis constituera une première. Sans compter qu'en 2001, Québec aura le privilège d'accueillir le Sommet des Amériques. Rappelons que la ministre, diplômée en histoire de l'Université Laval, a récemment annoncé une contribution de 250 000 $ de son ministère à l'Université pour la constitution d'un fonds pour le développement de la recherche, de l'enseignement et des publications en matière d'études internationales. De plus, deux bourses annuelles de 24 000$ seront remises à des diplômés de la maîtrise en relations internationales, dès le présent trimestre. Ces bourses leur permettront d'effectuer un stage de dix mois, partagé entre le MRI à Québec et une Représentation permanente du Québec à l'étranger.


RENÉE LAROCHELLE