23 septembre 1999

Le GAUL atteint son but


La fusée Babylone lancée par le Groupe aérospatial de l'Université Laval a été récupérée intacte après un départ foudroyant et un vol - de moins de deux minutes - réussi.

Les étudiants du Groupe aérospatial de l'Université Laval (GAUL) ont cessé de respirer pendant plus d'une minute le 11 septembre alors que s'élevait dans le ciel leur bébé 1999: la fusée Babylone. Pas question non plus de cligner des yeux pendant le court vol de leur engin qui culminait les efforts d'une année de réflexions, d'échanges, de tests et de labeur.

"Il ne s'agit pas simplement de faire monter une fusée dans les airs, explique Florimond Laporte, le directeur du projet. Notre fusée est de type expérimental ce qui signifie qu'on réalise des expériences pendant la durée du vol. Cette année, par exemple, nous avons installé un gyroscope à bord pour déterminer l'orientation de la fusée pendant tout le vol. Nous avons aussi monté une caméra munie d'un moteur pour prendre des photos du haut des airs, des fumigènes pour suivre la trajectoire de la fusée et des parachutes dont l'ouverture est déclenchée par l'ordinateur de vol à partir de l'information fournie par des capteurs de pression." Presque toutes les composantes de la fusée, notamment l'ordinateur de vol, sont fabriquées par les étudiants. Seule exception notable, le propulseur, du même type que celui des missiles air-sol, qui a été fourni par le Centre de recherche pour la Défense de Valcartier.

Le GAUL regroupe des étudiants en sciences et génie qui ont un intérêt marqué pour le domaine de l'aérospatiale. "Nous partageons le rêve de voler, la passion de l'espace, de la navette spatiale et de la station orbitale, lance Florimond Laporte. C'est ce qui nous lie. Certains étudiants fabriquent des voitures de course. Nous, nous fabriquons des fusées. Notre défi est de trouver de nouvelles expériences à réaliser en vol et d'améliorer l'exécution des expériences déjà tentées."

Cette passion est sans doute source de bonne entente puisqu'à ses dires, les deux points qui ont suscité le plus de discussion pendant tous les préparatifs ont été la couleur et le nom de la fusée. "J'aurais aimé un nom évocateur pour les Québécois, quelque chose du genre Chasse-galerie mais les quelques fanas de l'émission de science-fiction Babylone 5 de notre groupe ont eu le dernier mot." Cette année, l'équipe du GAUL était formée de Catherine Banville, Jean-Simon Bourgault, Stéphane Bureau, Pierre-Yves Cloutier, Patrick Dubois, Marc Duval, Mathieu Fortin, Pascal Gagnon, Louis Lamontagne, Florimond Laporte, Isabelle LaRoche, Laurent Leclerc, Alexis Lévesque, Jean-Sébastien Parent, Sébastien Poirier, Steve Potvin et Houssem Hadj Salem.

Depuis cinq ans, le GAUL conçoit et construit des fusées expérimentales qui sont lancées là où on veut bien les accueillir. Ils ont notamment participé au Festival de l'espace de Bourges en France "mais personnellement, je préfère lancer à Valcartier, souligne Florimond Laporte. Ça coûte pas mal moins cher." Comme quoi même le rêve de voler ne peut échapper à des considérations aussi terre-à-terre que l'argent. Cette année, le prix du rêve se chiffrait à plus de 11 000 $.

Babylone, la plus longue fusée jamais construite par le GAUL, mesure 2,8 mètres de longueur et pèse 24 kg. Samedi dernier, le carburant qu'elle transportait a brûlé en trois secondes à peine et la poussée ainsi générée a amené la fusée à quelque 1 800 mètres d'altitude. La fusée a été récupérée, intacte, à 800 mètres de son point de départ. Les données compilées par l'ordinateur de bord feront l'objet d'analyse dans les jours qui viennent. Et après? Après, une autre équipe du GAUL se mettra à la tâche d'amener fièrement la fusée du GAUL 2 000 là où aucune autre fusée du GAUL n'est allée avant...

JEAN HAMANN