23 juin 1999

Cancer de la prostate: coupez dans le gras!


Une alimentation faible en gras saturés réduirait par trois les risques de décès chez les hommes atteints d'un cancer de la prostate

Les hommes atteints d'un cancer de la prostate peuvent augmenter considérablement leur espérance de vie en réduisant la quantité de gras saturés qu'ils consomment dans leur alimentation. C'est ce que concluent des chercheurs de la Faculté de médecine qui ont examiné la question chez un groupe de 384 hommes victimes d'un cancer de la prostate.

Les chercheurs estiment que les patients qui se situent dans le tiers supérieur en terme de consommation de gras saturés (plus de 13,2% des calories ingérées) courent trois fois plus de risque de décéder d'un cancer de la prostate que ceux du tiers inférieur (moins de 10,8%). Le risque de voir le cancer se propager aux os est également trois fois plus élevé dans le premier groupe que dans le second. Il semble n'exister aucun lien entre la consommation totale de calories et le risque de décès par cancer de la prostate; seuls les gras saturés (viande, produits laitiers, oeufs, etc.) semblent en cause.

"S'il existe un lien de cause à effet entre la consommation de gras saturés et l'évolution du cancer de la prostate, une réduction à moins de 10% des calories ingérées sous forme de gras saturés devrait réduire le risque de mourir d'un cancer de la prostate", estiment les chercheurs. Cet objectif est loin d'être inaccessible, observent-ils, puisqu'il correspond aux recommandations alimentaires déjà existantes en matière de promotion de la santé et de prévention des maladies cardiaques et du cancer. "En plus, notent-ils, cette approche a le mérite d'être facile à mettre en application sans causer d'effets secondaires néfastes."

Cette étude, publiée dans le numéro de mai-juin de la revue scientifique European Urology, a été réalisée par les chercheurs Yves Fradet, François Meyer, Isabelle Bairati, Ramak Shadmani et Lynne Moore du Centre de recherche en cancérologie et du Groupe de recherche en épidémiologie. Il y a 18 mois, le même groupe avait annoncé que le risque d'avoir un cancer de la prostate augmentait en fonction de la quantité de calories consommées. Le poids, la taille et la carrure des sujets n'avaient rien à voir dans le portrait. Seule la quantité totale de calories ingérées - peu importe sous quelle forme -importait, un résultat que les chercheurs n'avaient pas hésité à qualifier de "puzzling". "La quantité de calories consommées ne serait pas à l'origine du cancer mais elle favoriserait la croissance des cellules cancéreuses en agissant sur le métabolisme", avait alors avancé François Meyer.

Un cancer de la prostate peut évoluer pendant dix à vingt ans avant qu'un homme n'en ressente les premiers symptômes. À la lumière des résultats obtenus par les chercheurs de la Faculté de médecine, il apparaît de plus en plus probable que l'alimentation pourrait favoriser ou inhiber l'apparition et l'évolution de ce type de cancer.

JEAN HAMANN