23 juin 1999

Un Octas pour le projet Synovesys


La Fédération de l'informatique du Québec décerne son prix de la relève universitaire à trois étudiants de la Faculté des sciences et de génie pour leur logiciel de contrôle en temps réel

C'est un curieux néologisme, "Synovesys", qui coiffe le projet ayant permis à trois jeunes informaticiens de Sainte-Foy de remporter une bourse de 3 000 $ au 13e concours des Octas organisé par la Fédération de l'informatique du Québec (FIQ). Ce concours récompense les projets jugés les plus originaux dans le domaine des technologies de l'information au Québec. Lors du gala du 3 juin dernier, l'une des dix catégories, celle de la "Relève universitaire" a mis en relief le travail remarquable de deux jeunes diplômés en informatique de génie de l'Université Laval, Jonathan Gaudreault et Guillaume Beaulieu-Duchesneau, tous deux âgés de 24 ans, et de Claude-Guy Quimper qui, à 20 ans, étudie au même département que ses prédécesseurs. Jonathan Gaudreault insiste ici sur le fait qu'il ne faut pas confondre l'informatique de génie avec le génie informatique, bien que les deux domaines se recoupent : "Dans les deux cas, c'est le terme placé en premier qui donne le ton à la matière enseignée et indique la nature de la tâche sur le marché de l'emploi".

Les entreprises ont de plus en plus recours à des logiciels de contrôle pour gérer l'ensemble de leurs opérations. L'ennui, avant le développement de Synovesys, c'est que chaque logiciel de contrôle n'était accessible que par l'appareil qui lui était directement relié. Synovesys comporte ceci de novateur qu'il permet dorénavant aux entreprises d'interconnecter leurs systèmes de contrôle informatique pour ainsi en gérer à distance l'exploitation ou, en d'autres termes, de "réunir" dans un "ensemble" (élément grec syn-) de "nouveaux" (élément latin nov-) "systèmes" (syllabe sys). Son ambition consiste, résume Jonathan Gaudreault, à "connecter les systèmes informatiques au monde réel, par exemple par le biais de l'intranet de la compagnie, ce qui permet de recevoir des rapports par courrier électronique, d'être averti par téléavertisseur lorsque certains problèmes surviennent et même de diagnostiquer et de régler des problèmes à distance, le tout présenté de manière attrayante sur une interface conviviale.

Une version "1.0 " qui promet
Il s'agit véritablement d'un "logiciel de logiciels" procurant un haut degré d'autonomie à la personne qui le gère. Il permet d'actionner à distance des appareils, des moteurs, des valves, des pompes, ou même d'autres actionneurs en cliquant simplement sur les icônes qui font partie du panneau de contrôle apparaissant sur demande à l'écran. Mais son fonctionnement n'est-il pas un peu complexe ? "Pas du tout", réplique Jonathan Gaudreault : "Dans un contexte où un entend souvent parler d'une pénurie de personnel qualifié en informatique, nous offrons un outil qui peut être utilisé par des gens qui ne sont pas des experts en programmation. Il suffit pour eux de bien connaître leur propre industrie". Du coup, Synovesys cadrait dans le désir de la compagnie De Marque de se spécialiser dans les outils pratiques. Mais, précise le jeune analyste responsable de l'équipe recherche et de développement chez De Marque, "tout logiciel est perfectible", ce qui explique que de son point de vue, Sysnovesys n'en est qu'à sa "version 1.0". Déjà, ajoute-t-il, ce logiciel répond à l'exigence première dans le domaine technologique, qui consiste à offrir un produit différent, à exploiter de nouveaux créneaux.

La compagnie Forintek, qui se consacre à la recherche et au développement dans le domaine des technologies du bois, a déjà pu profiter de la technologie Synovesys pour contrôler le fonctionnement d'un séchoir à bois industriel expérimental. Ce type de séchoir est composé d'un hangar muni de rails qui permettent de faire entrer et sortir un wagon rempli de bois. "Le séchage ne se fait pas tout seul, il y a différents paliers à contrôler en tout temps, comme la température et le taux d'humidité. L'appareil est muni de capteurs reliés à des ordinateurs qui permettent de suivre en temps réel l'évolution de l'opération par le biais d'un site Web. Et, détail important, les fonctions du panneau de contrôle ne s'activent que si, dans la réalité, il y a effectivement un séchage en cours", explique Jonathan Gaudreault. Par ailleurs, la formation à distance, principalement dans le secteur scientifique, est un autre domaine où Synovesys peut être très utile, puisque ce système évite d'avoir à se déplacer pour procéder à des expérimentations : "Dans ce cas, il ne s'agit plus uniquement de simulation, mais de véritable expérimentation, puisqu'on se pratique à partir d'appareils réels".

De l'idée au produit
L'idée de base à l'origine de ce concept est née à la faveur de la participation de Jonathan Gaudreault, alors étudiant au secondaire, à une expo-sciences, où il a rencontré Claude-Guy Quimper. En 1994, à l'Université, le trio se complète avec l'arrivée de Guillaume Beaulieu-Duchesneau. C'est à ce moment que le projet commence réellement à se concrétiser. Ce qui ne se voulait au départ qu'un projet universitaire para-académique a pris des proportions inespérées pour ces étudiants qui ont profité de l'expertise du professeur Minh Duc Bui, du Département d'informatique, spécialiste des systèmes informatiques de contrôle.

"M. Bui nous a aiguillés dans nos recherches. Cette aide, conjuguée à ce que nous avions déjà appris dans l'ensemble de nos cours, nous a permis d'avancer beaucoup plus vite", affirme Jonathan Gaudreault. À ce moment, le destin du trio est déjà étroitement lié à celui de la compagnie De Marque à laquelle ils sont associés depuis ses débuts, mais dont l'appui pour le projet Synovesys ne s'est concrétisé qu'en 1997. Cet appui a permis que leur système soit utilisé dans le cadre de projets commerciaux. Fondée en 1991 par Marc Boutet, un diplômé de Laval en informatique de gestion, la compagnie De Marque s'est spécialisée dans les outils de référence, en numérisant par exemple diverses publications sur cédérom. Plus de la moitié de sa trentaine d'employés sont des diplômés de l'Université Laval.


JEAN-FRANÇOIS VALLÉE