23 juin 1999

La grande fête des diplômés s'est poursuivie


Quatre collations des grades
devant 8 000 personnes au PEPS, les 12 et 13 juin

Le stade couvert du PEPS a été le théâtre, les samedi 12 et dimanche 13 juin, de quatre cérémonies de collation de grades fort chaleureuses auxquelles ont assisté près de 8 000 personnes. Les sept collations de cette année ­ les trois premières ont eu lieu les 6 et 7 juin - auront donc attiré plus de 12 000 personnes dont quelque 3 000 étudiantes et étudiants.

Rappelons que l'Université Laval a délivré environ 7 200 diplômes en 1998, soit approximativement 5 500 de 1er cycle (baccalauréat), de même que 1 462 de 2e cycle (maîtrise) et 245 de 3e cycle (doctorat), un nouveau record dans ce dernier cas. Aux cycles supérieurs, les femmes représentent 55 % des personnes diplômées en 1998-1999.

Un aboutissement heureux
Placée sous la présidence d'honneur de Jude Martineau, président et chef de la direction de la Société de portefeuille du Groupe Desjardins (assurances générales), la collation de la Faculté des sciences de l'administration, qui se tenait le samedi 12 juin à 10 h 30, a consacré l'excellence de trois étudiants qui ont mérité chacun un Tracé Hermès. Il s'agit de Jean-François Coutu, Rémi Desmeules et Louis M. Boudreau.

"Votre diplôme est l'aboutissement heureux d'un travail acharné", a lancé aux nouveaux diplômés Jude Martineau. Le président d'honneur ne s'est pas privé pour leur divulguer quelques ingrédients qui composent sa recette de la réussite au travail : le travail d'équipe ("La concurrence doit se faire à l'extérieur de l'entreprise et non à l'intérieur."), la communication transparente, l'équilibre dans la gestion de sa vie (travail/famille/loisirs), et la confiance dans des collaborateurs bien choisis ("Le chef ne peut pas jouer tous les instruments tout en dirigeant l'orchestre.").

La séance de collation de la Faculté de droit, de la Faculté des sciences sociales et de l'Institut québécois des hautes études internationales a suivi vers 16 h 30. Une Médaille d'argent du Gouvernement général a été remise à cette occasion à Julie Champagne, bachelière de l'École de psychologie.

Une personnalité religieuse inspirante
La série des collations de grades a pris fin le dimanche 13 juin avec la présentation des deux cérémonies auxquelles ont participé, en avant-midi, les facultés de Philosophie, de Sciences de l'éducation, de Théologie et de sciences religieuses, et la Direction du baccalauréat multidisciplinaire, et en après-midi, les facultés d'Architecture, d'aménagement et des arts visuels, de Lettres et de Musique.

En matinée, les professeurs Louis O'Neill, de la Faculté de théologie et de sciences religieuses, et André Paré, de la Faculté des sciences de l'éducation, ont été proclamés "professeur émérite". La Faculté de théologie et de sciences religieuses a rendu un hommage particulier à René-Samuel Sirat, grand rabbin du Consistoire central de France, en lui décernant un doctorat honorifique.

Présenté par René-Michel Roberge, professeur et ex-doyen de la Faculté de théologie et de sciences religieuses, comme un "universitaire éminent" et une "personnalité religieuse inspirante de notre temps", le grand rabbin Sirat s'est fait l'apôtre, dans son allocution, de "la grande espérance qui est la paix universelle" et de "la paix qui est le nom de Dieu". "La liberté est le présent le plus précieux que Dieu a donné à l'Homme. L'université est là pour donner une égalité de chance à tous. La pire faute contre l'esprit est de se contenter de la médiocrité dans le domaine de l'éducation", a-t-il déclaré d'autre part.

Soulignons par ailleurs que l'assistance et les dignitaires ont réservé une chaude ovation à Gabrielle Laflamme-Verge lorsqu'elle a défilé sur la scène pour recevoir des mains du recteur François Tavenas son diplôme de baccalauréat multidisciplinaire. À 83 ans, cette dernière devenait ainsi la bachelière la plus âgée de l'histoire de l'Université Laval.

Je me souviens
L'Université a finalement honoré deux autres personnalités lors de la dernière cérémonie de collation qui s'est déroulée dans le stade couvert du PEPS à 16 h: l'historien Pierre Nora, homme de lettres et éditeur, directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales (Paris), et Gilles Lefebvre, musicien, éducateur et animateur culturel, fondateur des Jeunesses musicales du Canada.

Au cours de cette séance, qui réunissait les facultés d'Aménagement, d'architecture et des arts visuels, de Lettres et de Musique, les professeurs Albert Maniet, Léopold Migeotte et Clément Moisan, de la Faculté des lettres, de même que le professeur Antoine Bouchard, de la Faculté de musique, ont accédé au rang de "professeur émérite". De plus, Lucie Ménard, diplômée de 2e cycle en linguistique, a mérité la Médaille d'or du Gouverneur général.

C'est en parlant de l'apport majeur à la compréhension du monde de "l'intellectuel qui a osé et qui ose devancer son temps" que l'historien Bogumil Jacek Koss, de la Faculté des lettres, a fait l'éloge de Pierre Nora. "Le Québec est un pays de rêve pour un historien de la mémoire, a confié le nouveau docteur honorifique. Il retrouve là, dans cette province dont la devise même est fondée sur le culte du souvenir, toute la panoplie des déterminations historiques qui condamnent une communauté menacée à ce que le poète Paul Éluard appelait le "dur désir de durer". Il y retrouve une priorité donnée obligatoirement à l'histoire comme volonté d'enracinement, comme continuité du même, comme fidélité au passé."

Pierre Nora a également braqué son miroir sur la profonde différence de sens et d'orientation qui subsiste entre le Québec "pays mémoire" et la France "nation mémoire" : "L'obsession de la mémoire correspond en France à une identité traditionnelle qui se défait, à la mutation d'un type de nation très affirmé à un autre beaucoup plus incertain. Ici, au contraire, l'obsession de mémoire correspond à une affirmation historique d'identité de plus en plus prononcée. Chez nous, la mémoire est l'expression d'une perte et chez vous, d'une conquête", a-t-il raconté.

Cent fois sur le métier
La note ultime des honneurs de circonstance s'est fait entendre dans les propos fort louangeurs qu'a tenus le doyen de la Faculté de musique, Raymond Ringuet, à l'endroit du fondateur des Jeunesses musicales du Canada, "un homme à la carrière menée avec dynamisme et détermination, dont l'action exemplaire a marqué de façon déterminante la vie musicale canadienne".

"Est-il un plus beau moment que celui où l'on vous apporte un signe tangible de reconnaissance qui, en une seconde, vous fait revivre la route parcourue ?", s'est exclamé Gilles Lefebvre, en poursuivant dans le même élan : "Cinquante années de vie active, au centre de mille projets cent fois renouvelés, réadaptés et même réinventés, avec une toile de fond : les arts et la musique. Voilà la vie de tous mes jours", de résumer le docteur honoris causa.

GABRIEL CÔTÉ