23 juin 1999

Dans le sillage d'Apollon

Des étudiants et des professeurs de la Faculté des sciences et de génie ont conçu un bateau propulsé entièrement à l'énergie solaire.

La croisade du professeur Michel Duguay en faveur de l'énergie solaire s'engage dans de nouvelles eaux: les bateaux solaires. En effet, ce professeur du Département de génie électrique et de génie informatique croit dur comme fer qu'un bateau propulsé à l'énergie solaire pourrait faire des vagues dans le monde de l'écotourisme québécois. "Nous avons tout ce qu'il faut au Québec pour que ça fonctionne. Quinze pour cent du territoire québécois est recouvert d'eau et notre niveau d'ensoleillement équivaut à 80 % de celui de la Floride. Contrairement aux embarcations avec moteur à essence qui font un bruit d'enfer et qui polluent l'air et l'eau, les bateaux propulsés à l'énergie solaire font à peine le bruit d'un moteur de réfrigérateur, ils sont tout à fait propres et ils pourraient faire le tour du monde sans qu'il en coûte un sou en carburant."

Le bateau "Apollon" a été construit grâce aux efforts conjugués de six étudiants en génie mécanique, de 22 étudiants en génie électrique et en génie informatique et des professeurs Michel Duguay, Daniel Rousse, Philippe Viarouge et Jérôme Cros. Le bateau à fond plat fait 5 mètres de longueur par deux mètres de largeur. Il n'est pas esthétique mais il est cependant très utilitaire, juge Michel Duguay. Deux personnes peuvent prendre place à son bord. Lorsque les panneaux solaires et la batterie sont activés, l'embarcation atteint une vitesse de 5 km/h mais, éventuellement, cette vitesse pourrait être portée à 30 km/h, croit Michel Duguay. L'équipe de la Faculté des sciences et de génie avait choisi de dessiner elle-même le moteur de ce premier prototype, ce qui a entraîné un retard empêchant sa participation à la compétition Solar Splash de Milwaukee où se confrontent les meilleurs projets universitaires américains et canadiens. Les derniers ajustements au moteur devraient être complétés d'ici la fin de juillet.

À l'eau pour l'été 2000
Déjà convaincu de l'existence d'un marché pour les bateaux solaires du côté de la navigation de plaisance, Michel Duguay est rentré gonflé à bloc de Montréal la fin de semaine dernière, à la suite de la réaction enthousiaste des 65 000 visiteurs qui ont vu le bateau Apollon dans le cadre d'Expo-Tech, un événement rassemblant des étudiants en génie de tout le Québec. "Je suis persuadé, dit-il, qu'il existe un besoin réel pour ce type d'embarcations parmi la population."

Il y a deux ans, le professeur Duguay a réussi à convaincre le ministère des Ressources Naturelles d'investir 5 000 $ dans la filière "bateau solaire". Verreault Navigation a également donné un bon coup de pouce au projet. "Leur but est d'équiper les navires qu'ils construisent de canots de secours munis de capteurs solaires. L'énergie produite par les panneaux servirait à alimenter les systèmes de télécommunications ainsi que des réchauds pour préparer des aliments ou des breuvages chauds en cas de naufrage." Les compagnies Batteries R.M. et NTN Bearing Corporation, le Département de génie électrique et de génie informatique, le Département de génie mécanique, la Faculté des sciences et de génie, l'AESGUL, la CADEUL et l'Université ont également investi des sous dans ce projet.

Le grand absent du projet jusqu'à présent est Hydro-Québec, déplore Michel Duguay: "On dirait qu'il faut un événement extérieur comme une tempête de verglas pour obliger la Société d'État à bouger et à considérer sérieusement de nouvelles filières énergétiques." Les panneaux solaires fixés à la coque du bateau peuvent être enlevés et utilisés pour produire de l'énergie à d'autres fins, soulageant d'autant la demande énergétique du réseau hydro-électrique. "Dans plusieurs États américains et en Allemagne, les panneaux solaires peuvent être reliés au réseau électrique et l'énergie qu'ils produisent est soustraite de la facture mensuelle d'électricité d'un foyer", fait valoir Michel Duguay.

Michel Duguay ne baisse pas les bras pour autant. Aussitôt le moteur au point, il emploiera son énergie à trouver des commanditaires et des partenaires prêts à relever le défi qu'il s'est fixé. "Je compte bien arriver à ce que les premiers bateaux solaires arrivent sur le marché à temps pour l'été de l'an 2000."

JEAN HAMANN