10 juin 1999

Telle mère, tel fils

Michèle Brousseau et son fils Sébastien Gingras ont soutenu leur thèse de doctorat le même jour

Dans l'agenda de leur vie étudiante, Michèle Brousseau et son fils Sébastien Gingras ont coché la même date: celle du 22 mai, jour où ils ont tous les deux soutenu avec succès leur thèse de doctorat au pavillon CHUL (Centre hospitalier de l'Université Laval), et ce, à quelques heures d'intervalle. Interrogés sur ce fameux hasard, la mère et le fils avouent candidement avoir un peu forcé la note, côté démarche, afin de vivre ce moment unique en commun. "Nos domaines de recherche sont totalement différents, mais la démarche scientifique reste du même type, affirme Michèle Brousseau. Ces dernières semaines, nous parlions beaucoup ensemble pour nous soutenir mutuellement; il y avait une saine émulation. Dans les deux cas finalement, le défi consistait à pouvoir livrer la marchandise."

Travailleuse sociale à la Direction de la protection de la jeunesse depuis 1979, mère de deux enfants, Michèle Brousseau est titulaire d'un baccalauréat en service social (1971) et d'une maîtrise dans le même domaine (1989). L'année 1992 marque le début de ses études de doctorat à l'Université Laval, où elle a d'ailleurs effectué toutes ses études universitaires. Sébastien, lui, a terminé son baccalauréat en biochimie en 1994, avant d'entreprendre une maîtrise en physiologie-endocrinologie et de passer au doctorat, un an plus tard. Son sujet de recherche: l'effet des cytokines sur la formation des stéroïdes sexuels dans les cellules de cancers du sein. Dès le lendemain de sa soutenance, le jeune homme de 27 ans repartait vers les États-Unis, au St Jude Children Research Hospital de Memphis, où il oeuvre depuis un mois au sein d'une équipe de recherche, dans le cadre d'études postdoctorales.

Une affaire de famille
"L'important est de fixer des objectifs dans la vie, en un mot, d'être discipliné, souligne le nouveau docteur en endocrinologie moléculaire. Même si j'ai toujours eu de bonnes notes à l'école, j'ai commencé à être vraiment performant à l'Université. Je sentais que j'avais enfin trouvé ma voie." Grand sportif devant l'Éternel, Sébastien Gingras s'est levé à 5 h du matin, trois fois par semaine, tout au long de ses études universitaires, pour s'entraîner en natation, sous la bannière du club Rouge et Or. En fait, la natation représente une affaire de famille puisque la mère, une nageuse accomplie, s'est également longtemps levée de bonne heure pour accompagner ses fils à la piscine (Antoine, le cadet, est ingénieur électrique), en tant qu'"officielle de matin".

"Nous n'avons jamais eu de longues discussions sur les heures de sortie et de rentrée, raconte Michèle Brousseau. Le soir, les enfants étaient tellement fatigués qu'ils se couchaient tôt afin de pouvoir entreprendre une autre journée du bon pied. L'essentiel est d'avoir de la mesure en tout et de respecter le rythme de chacun. Chose certaine, les enfants réussiront dans un domaine qui les intéresse." Fait à noter, cette travailleuse sociale s'occupe d'enfants victimes de négligence, dans le cadre de son travail à la DPJ. "Que mon fils et moi ayions mené nos études à terme avec succès me fait dire que le soutien dans une famille permet d'atteindre ses objectifs", soutient-elle. Pour sa part, Sébastien soutient que sens des responsabilité et confiance mutuelle vont de pair dans une éducation réussie: "Une personne a toujours besoin d'encouragement et d'accompagnement, et ce, tout au long de sa vie."


RENÉE LAROCHELLE