10 juin 1999

Les enfants, secret du bonheur conjugal?

Des chercheurs de l'École de psychologie ont scruté les états d'âme des personnes vivant une première union ou un remariage

Les enfants nuisent-ils au bonheur d'un remariage? Non, bien au contraire, ont découvert des chercheurs de l'École de psychologie. En effet, contrairement à l'idée reçue, le fait d'avoir des enfants, qu'ils proviennent d'une union antérieure ou de l'union actuelle, contribuerait au bonheur conjugal des personnes remariées.

Cette surprenante observation ne manque pas de faire de nombreux sceptiques, constate l'une des responsables de l'étude, Jeannine Giguère. "Nous avons nous-mêmes été surpris mais les chiffres sont là. Lorsque je présente nos résultats dans des congrès, je peux dire juste par les regards interrogateurs et par les questions, qui, parmi les participants, vit un remariage. La seule hypothèse que je peux avancer pour expliquer ce que nous avons découvert est que, pour un couple remarié, il peut être plaisant de vivre avec un enfant, ça donne une motivation supplémentaire pour vivre ensemble".

L'étude qui a permis d'arriver à ce constat visait à expliquer un intriguant phénomène de la vie à deux. "Les études antérieures montrent que les gens mariés et remariés ont des degrés de satisfaction conjugale comparables. Pourtant, le taux de rupture est plus élevé chez les personnes en seconde union", observent les trois auteurs de l'étude, Jeannine Giguère, Claudette Fortin et Stéphane Sabourin, dans un récent numéro du Journal international de psychologie.. Aux États-Unis par exemple, la moitié des premières unions se terminent maintenant par un divorce alors que le taux de séparation des deuxièmes unions flirte avec les 60 %. Au Canada, une famille recomposée sur cinq éclate dans les cinq premières années de vie commune; il faut généralement deux ans de plus aux premières unions pour atteindre ce même pourcentage. "Puisque le taux de rupture est plus élevé en seconde union en dépit d'un taux de satisfaction équivalent, il nous est apparu pertinent d'analyser les déterminants de la satisfaction conjugale chez ces deux groupes d'individus puisqu'ils semblent avoir des motivations différentes à vivre ensemble"

Une question de motivation
Pour ce faire, les trois psychologues ont recruté 443 personnes, mariées ou vivant en union de fait; 274 d'entre elles vivaient une première union et 169 une seconde union. Les réponses fournies par les participants à un ensemble de questionnaires ont permis de dégager quelques éléments propres à la satisfaction conjugale dans les deux types d'union. Outre la présence d'enfants, les chercheurs ont constaté que la satisfaction conjugale tirée d'un remariage dépendait fortement des motivations qui poussaient les personnes à vivre en couple. "Les individus en seconde union seraient moins portés à maintenir une relation insatisfaisante alors qu'en première union, les personnes tolèrent mieux certaines normes et obligations établies dans la vie de couple. La différence entre les deux groupes réside dans le sentiment personnel d'obligation."

Par ailleurs, certains traits de personnalité entrent également en jeu. Le fait d'être ouvert et réceptif à de nouvelles idées ou approches, de se montrer discipliné, travaillant, entreprenant, constant et d'avoir le sens de l'obligation sont des facteurs de satisfaction importants dans une première union mais beaucoup moins dans une seconde, notent également les chercheurs.

Dans les deux types d'union, les ingrédients clés du bonheur conjugal comprennent l'altruisme, la générosité, la sociabilité, la confiance et surtout la motivation intrinsèque. Cette motivation signifie tout simplement que la raison de vivre à deux repose sur la satisfaction et la stimulation apportées par la vie de couple, c'est-à-dire que les personnes aiment les moments agréables de vie partagés avec leur conjoint. À l'opposé, le fait d'ignorer pourquoi on vit en couple et le sentiment de ne pas contrôler les événements de la vie commune permettent de prédire que la satisfaction conjugale se dirige allègrement vers la dèche.

JEAN HAMANN