27 mai 1999

Erreur sur la coqueluche


Réapparue en force au début des années 1990, la "toux des cent jours" serait mal diagnostiquée par les médecins

Plus de 85 % des cas de coqueluche ne seraient pas diagnostiqués par les médecins, rapportent des chercheurs de la Faculté de médecine dans le numéro d'avril de la revue Clinical Infectious Diseases. Il semble que les médecins reconnaissent mal les principaux symptômes de cette maladie ou qu'ils hésitent à poser un diagnostic de coqueluche, estiment les auteurs de l'étude.

Gaston De Serres, Nicole Boulianne, Bernard Duval, Louis Rochette et Pierre Déry, de la Faculté de médecine, et leurs collègues d'Ottawa et de Halifax, Shelley Deeks et Scott Halperin, arrivent à cette conclusion après avoir interrogé les parents de 8 200 enfants de la région de Québec. Les parents devaient compléter un questionnaire portant sur les épisodes de toux traversés par leur marmaille au cours des mois précédant l'enquête. En recoupant leurs réponses avec les symptômes reconnus de la coqueluche (toux persistante pendant deux semaines ou plus, accompagnée de quintes soudaines, intenses et sporadiques, d'un "chant du coq" bruyant au moment de l'inspiration, de vomissements en fin de toux ou d'apnée en fin de toux), ils ont établi qu'entre 400 et 600 enfants de leur échantillon avaient eu la coqueluche. Cependant, la consultation des dossiers médicaux a révélé que le diagnostic de coqueluche n'avait été posé que chez 13 % des enfants examinés par les médecins.

Vaccin moins efficace?
"Le diagnostic de coqueluche était rare en dépit du fait que l'étude survenait pendant une période de résurgence de la maladie, en 1993, et que trois avis avaient été expédiés aux médecins pour qu'ils demeurent aux aguets, signale Gaston De Serres. La rareté de la coqueluche pendant les 15 années précédentes a sans doute fait en sorte que les médecins avaient peu d'expérience pour en reconnaître les symptômes. Aussi, le haut taux de vaccination contre la coqueluche amène peut-être les médecins à écarter trop rapidement un diagnostic de cette maladie." Environ 98 % des enfants d'âge scolaire qui ont participé à l'étude avaient reçu le vaccin contre la coqueluche.

L'épidémie de coqueluche, qui dure depuis le début des années 1990, serait attribuable à une baisse d'efficacité des vaccins. "L'efficacité normale est de 85 % mais elle a chuté à 60 %, explique Gaston De Serres. Depuis 1998, nous avons un bon vaccin mais il est donné aux nouveau-nés seulement. Il risque donc d'y avoir encore de nombreux cas chez les enfants qui ont été vaccinés avant 1998."

La principale séquelle d'une coqueluche est que les personnes atteintes sont malades longtemps, parfois jusqu'à dix semaines. D'ailleurs, la traduction littérale du nom chinois de cette maladie est "la toux des cents jours". La maladie frappe plus durement les enfants de moins de six mois, causant même des décès à l'occasion. Il existe des antibiotiques efficaces contre la coqueluche, mais encore faut-il que la maladie soit diagnostiquée.

Des symptômes à identifier
Diagnostiquer la coqueluche n'est pas un jeu d'enfants. Le principal symptôme, les quintes de toux, ne surviennent pas toujours au moment de l'examen médical. Par ailleurs, les tests de laboratoire utilisés pour identifier la bactérie responsable de cette maladie, Bordetella pertussis, sont peu sensibles. Entre 35 % et 40 % des cas de coqueluche échapperaient au test: les symptômes classiques sont présents mais la bactérie est disparue ou le test de laboratoire n'est pas suffisamment sensible pour en déceler la présence. "Ceci démontre bien l'importance d'apprendre à identifier correctement les symptômes de cette maladie, insiste Gaston De Serres. Je pense que les médecins seraient meilleurs aujourd'hui qu'il y a six ans pour diagnostiquer la coqueluche."

Les symptômes classiques de la coqueluche sont tellement caractéristiques que les médecins devraient être en mesure de reconnaître la maladie simplement en interrogeant le patient, surtout pendant une épidémie, estiment les auteurs de l'étude. "Malheureusement, nos résultats montrent qu'il faudra considérablement améliorer notre habileté à diagnostiquer correctement la coqueluche", concluent-ils.

JEAN HAMANN