27 mai 1999

Retour vers le futur


Dans une course folle autour du monde, l'archéologue Richard Lapointe et à la cinéaste Martine Asselin tournent un documentaire vidéo explorant l'impact des nouvelles technologies de l'information sur la pratique de l'archéologie

C'est en cherchant un moyen de voyager tout en faisant profiter leurs connaissances respectives en archéologie et en cinéma, de même que leur passion dévorante pour les nouvelles technologies, qu'est venue à Richard Lapointe, aujourd'hui étudiant à la maîtrise en archéologie, et à la finissante en cinéma Martine Asselin, l'idée de tourner un documentaire vidéo visant à démontrer l'impact des outils de haute technologie dans le domaine de l'archéologie. "Nous finissions tous les deux notre baccalauréat et nous voulions voir du pays, mais sans "perdre de temps", si on peut dire. Nous avions envie de monter un projet qui, tout en alliant nos champs d'intérêt, nous permettrait d'acquérir une expérience de travail tangible. Essentiellement, c'est le "pas d'emploi sans expérience" qui prévaut aujourd'hui sur le marché du travail et l'idée de voir se qui se faisait ailleurs qui nous ont poussés à monter ce document ", expliquent ces deux jeunes de 24 ans qui se sont transformés, le temps d'un voyage de cinq mois à travers le monde, en réalisatrice et en archéologue-interviewer.

L'informatique sur les traces du passé
"On pense souvent que l'étude du passé ne peut se marier aux technologies modernes. Quand on prononce le mot archéologie, beaucoup de gens font instantanément référence aux périples d'Indiana Jones ou imaginent des gens accroupis fouillant la terre sans relâche avec pelles, pioches et balais", précisent Richard et Martine. "Tout cela est encore vrai. Mais les technologies de l'information ont complètement changé la façon dont on pratique l'archéologie, la façon d'interpréter les données recueillies sur les sites de fouilles, de sauvegarder les vestiges et même de diffuser et de vulgariser les connaissances acquises. Et c'est cela que nous voulions démontrer dans notre film."

Dans leur documentaire intitulé Archéomatique, le passé futuriste - qui s'adresse plus particulièrement aux jeunes de 12 ans et plus, mais aussi à tous ceux qui s'intéressent à l'archéologie et à l'histoire -, Richard et Martine incarnent eux-mêmes deux "agents", une cinéaste et un archéologue, qui se voient confier une mission, par le truchement d'un document multimédia : démontrer comment les outils informatiques et les nouvelles technologies influencent notre compréhension de l'histoire de l'humanité. Pour ce faire, ils devront effecteur une véritable "course à l'information" et fournir une série de rapports (dix au total) faisant état de ce phénomène.

Un tournage de 133 jours
Sac au dos, armé d'une caméra et d'une tente, et avec en poche une subvention du ministère de la Culture et des Communications, dans le cadre du programme "Étalez votre science", d'une subvention du Rectorat de l'Université Laval et d'un solide appui de la part de la compagnie de production Vidéo Femmes, entre autres, le couple - uni dans la vie comme au travail - quittait donc le Québec en février 1998 pour sillonner pas moins de 11 pays, étalés sur cinq continents. Au cours des 133 jours de tournage, ils ont rencontré des archéologues d'un peu partout dans le monde qui ont développé différentes applications technologiques et informatiques pour des sites de fouilles en Nouvelle-Zélande, en Australie, au Japon, en France, en Égypte, en Syrie, en Italie, en Espagne, en Autriche, et ici, dans la ville de Québec.

En Nouvelle-Zélande, par exemple, nos deux globe-trotters ont rencontré un archéologue qui utilise une technique de fouilles non destructive. Au moyen de la conductivité, il étudie le site de Point Résolution, un fort datant de 1891. Au moyen d'un courant électrique émis dans une portion de terrain donné, et en analysant grâce à un ordinateur et à un appareil de mesure le temps que l'électricité met à se rendre d'un bout à l'autre, le chercheur peut connaître la teneur des vestiges enfouis dans cette portion précise du sol. En comparant les données ainsi recueillies avec les cartes anciennes, il peut donc identifier l'emplacement exact des bâtiments qui s'y trouvaient sans avoir à creuser le sol et à détruire l'environnement.

Martine et Richard ont également visité la ville de Bologne, en Italie, pour prendre connaissance du projet virtuel "Nume". Grâce à différentes données historiques, architecturales et archéologiques et à la technique de la modélisation, archéologues et informaticiens ont réussi à reconstituer une partie de la ville. Grâce à la réalité virtuelle, le spectateur peut s'y balader, à la fois dans l'espace et dans le temps. Il a ainsi la chance de voir quels bâtiments existaient par exemple en l'an 1200, puis en 1750, et ainsi de suite. En France, les cinéastes se sont rendus sur le site d'une épave romaine enfouie sous 660 mètres d'eau, en Méditerranée. L'épave, nommée "Arles IV", est malheureusement inaccessible aux plongeurs en raison de la pression insoutenable. À bord d'un sous-marin, les chercheurs se sont rendus jusqu'aux vestiges et ont utilisé la technique de la stéréoscopie (photographies prises de plusieurs angles différents), afin d'imiter la vision humaine en trois dimensions. Ils ont par la suite numérisé les images qu'ils ont captées et reconstitué virtuellement le site sans devoir remonter les vestiges à la surface.

Plusieurs publics visés
"Il faut comprendre que ce projet a été conçu dans le cadre d'un programme qui vise à faire connaître les sciences et les nouvelles technologies au grand public et, notamment, aux jeunes", explique Réginald Auger, professeur au Département d'histoire, qui a agi dans ce projet à titre de conseiller scientifique. "Le traitement, sur le plan formel, est donc très actuel et très vivant. Mais, en plus d'être un outil didactique et de vulgarisation qui sert à faire connaître aux jeunes la discipline de l'archéologie, c'est un film qui peut également s'adresser à un public plus large. Plusieurs archéologues et chercheurs chevronnés qui l'ont visionné lors d'une conférence où il a été présenté ont même découvert des applications informatiques dont ils n'avaient encore jamais entendu parler ", fait-il remarquer tout en saluant la qualité du travail des deux réalisateurs.

Archéomatique, le passé futuriste a été produit conjointement par Vidéo Femmes et Sens Scrupules, la compagnie de production de la cinéaste Martine Asselin. On peut se procurer le documentaire chez Vidéo Femmes en composant le (418) 529-9188. Pour plus de détails sur leur périple et sur leur film, visitez le site Web http://www.microtec.net/~richar/

JULIE MARCOUX