29 avril 1999

La vie, deux ans après la retraite

Deux étudiants de sociologie de l'Université Laval retournent voir les nouveaux retraités de l'État

Deux ans après avoir quitté leur emploi à la suite de l'offre de départ volontaire qui leur avait été faite par le gouvernement du Québec en 1997, 91,6 % des retraités de l'État affirment que si c'était à refaire, ils accepteraient à nouveau la même proposition gouvernementale.

C'est ce qu'indique une enquête sur les retraités de l'État québécois, menée dans sa deuxième phase par deux étudiants du Département de sociologie de l'Université Laval, Sylvain Fillion et Claude Fortier, sous la direction du professeur Simon Langlois. Rappelons qu'une première investigation avait été effectuée en 1997-1998 par des équipes d'étudiants dans le cadre du Laboratoire de recherche de sociologie de l'Université. À l'époque, le taux d'acquiescement des ex-employés et ex-employées des secteurs public et parapublic au programme de retraite prématurée du gouvernement dépassait les 95 %.

Les femmes davantage satisfaites
La phase deux de la recherche de 1998-1999 a d'abord porté sur la satisfaction des retraités vis-à-vis de leur retraite et sur leurs activités, par exemple, le travail, le bénévolat, les loisirs et les voyages. Les résultats ont été comparés à ceux obtenus l'an dernier. Les chercheurs ont également analysé l'évolution des relations sociales des retraités et l'adaptation à leur nouvelle vie, puis ils ont procédé à une évaluation subjective des conditions de vie.

Si les retraités de l'État semblent, en général, pleinement satisfaits de leur situation actuelle, les femmes démontrent plus de satisfaction vis-à-vis de la retraite que les hommes, ont remarqué les auteurs de l'étude. "Nous avons constaté un sentiment de privation parmi les retraités: environ 30 % d'entre eux affirment être obligés de se priver ou avoir plus de difficulté à arriver dans leur budget", notent-ils par ailleurs.

Lorsqu'il est question de leurs activités, 70,7 % des retraités se disent pleinement retirés du marché du travail (ne travaillent pas et ne cherchent pas à travailler), comparativement à 67 % l'année précédente. "Les hommes sont restés plus souvent actifs que les femmes (travaillent ou cherchent un emploi, dans une proportion de 39 % contre 22 %, mais l'écart s'est quelque peu réduit cette année", commentent Sylvain Fillion et Claude Fortier.

Les loisirs occupent une place importante dans la vie des retraités, confirment les deux étudiants de sociologie. "Les loisirs les plus populaires prennent place à la maison et nécessitent peu de dépenses. Au total, 28 % des retraités ne voyagent pas, et 35 % d'entre eux ont fait trois voyages ou plus dans l'année. Leur destination privilégiée demeure le Québec", révèlent-ils.

Un réorganisation qui rapproche
Qui dit retraite, dit réorganisation de la vie sociale. Sur ce plan, les auteurs avaient formulé l'hypothèse que la retraite rapproche les conjoints, surtout si les deux ont quitté définitivement le marché du travail. Les témoignages recueillis leur ont ainsi appris que les activités extérieures pratiquées avec le conjoint ont augmenté encore plus lorsque ce dernier était aussi à la retraite. Moins d'un retraité sur cinq leur a avoué connaître des conflits, peu importe si ce dernier était déjà à la retraite.

"Les retraités sont globalement fort bien adaptés à la retraitE. Peu d'entre eux ont un sentiment de deuil face au travail perdu, leur travail ne leur manque pas et ils se sentent en vacances", de résumer Sylvain Fillion et Claude Fortier.


GABRIEL CÔTÉ