29 avril 1999

LE COURRIER


PAUVRETÉ MAUDITE!

Depuis des temps immémoriaux et sur tous les continents, des femmes et des hommes ont dû se prostituer pour échapper à la pauvreté. Nous avons apparemment décidé d'emprunter cette voie pour les mêmes motifs.

Nous savons les coupures auxquelles l'État a procédé dans les budgets des universités. Pas étonnant dès lors que la direction de notre institution se sente dans l'obligation de recourir aux vendeurs de publicité pour arrondir les fins de mois, comme on dit. Quelqu'un a donc eu l'idée, ô combien géniale, de proposer l'installation de panneaux-réclame dernier cri un peu partout sur le campus. Et peut-être n'est-ce qu'un début.

N'est-ce pas que ces pubs apportent un supplément de couleurs vives aux teintes souvent fort ternes des pavillons de notre "cité" universitaire? Qui plus est, cette pub n'existe-t-elle pas déjà sur les abris-bus, au terrain de football, dans les toilettes et à bien d'autres endroits? Alors pourquoi s'offusquer? Pour rester dans le ton, je proposerais d'ailleurs qu'on ajoute, aux entrées des pavillons, des fluorescents du rouge caractéristique de certains quartiers ou "cités", question de mieux afficher nos couleurs: faire scintiller le rouge dans l'espoir d'attirer l'or.

Maudite pauvreté!
À la suite du texte de Claude Cossette paru dans la livraison du journal Au fil des événements du 22 avril dernier, l'idée m'est venue de reproduire une lettre que j'ai publiée dans le même journal, il y a un peu moins de deux ans maintenant. Non pas que je veuille ainsi me présenter comme un quelconque précurseur. Plutôt réitérer le message, dirait-on peut-être en publicité!

L'implantation de la publicité à l'extérieur sur le campus avait manifestement suscité peu d'intérêt, à ce moment. Si ce n'est la réaction d'un étudiant de doctorat en sociologie qui considérait qu'il n'y avait pas de quoi s'inquiéter, que c'était pratiquement une façon de montrer qu'on était enfin arrivé en ville, comme on dit!

Mon texte a fait peu de vagues à l'époque. Je souhaite que celui de mon collègue Cossette, et tous les autres qui paraissent de plus en plus nombreux un peu partout sur cette question, finissent par faire des houles assez fortes pour que la direction de l'université agisse.

"Qu'est-ce que 24 000 $ pour laisser poser des panneaux réclame sur un campus va changer de fondamental au budget déficitaire de dizaine de millions d'une université?", demande Cossette. J'avais obtenu le même chiffre, il y a deux ans, de la part d'un représentant de l'Université. Pourtant, même dans l'industrie du sexe, les prix changent aussi!

En fait, nous savons que ce qui est déjà transformé, c'est ce qui se passe dans la tête de nombre de personnes, y compris dans celle des administrations universitaires: la publicité est présente partout, plus de messages ne changeront rien; il faut être de son temps; c'est une bonne façon de se mettre en lien avec le secteur privé pour aller chercher d'autres revenus. En fait, quel argument n'utilisera-t-on pas pour expliquer, justifier, nier le problème?

C'est dans la tête que le changement est fait. Tout comme dans la tête de l'homme ou de la femme qui se prostitue et qui en vient à penser qu'il ou qu'elle ne vaut rien comme personne. Et il faut ensuite beaucoup de courage et de force de caractère pour se donner de soi une image plus positive. Plusieurs y parviennent. Il est plus difficile de faire admettre aux personnes qui occupent des fonctions dans les administrations qu'elles sont dans la même situation que celles qui se prostituent. Et qu'elles ont la même pente à remonter.

SERGE GENEST
Professeur au Département d'anthropologie


LE TEMPS DE DUPLESSIS EST RÉVOLU

Depuis quelque temps, le Bloc québécois révise ses positions. Pourtant il s'était reconnu temporaire... en attendant. Il qualifie de québécois tous ceux qui demeurent au Québec. Ça fait longtemps qu'on savait cela. Du moins les fédéralistes. C'est un revirement complet.

On nous a rabâché les oreilles avec l'expression "Québécois de souche". Il était même question que le droit de vote soit accordé uniquement à ceux qui écrivent bien leur français. Plusieurs Québécois de souche auraient été éliminés. Du côté du P.Q., l'obsession ethnique fait toujours partie de la marotte quotidienne, même s'ils essayent de s'en cacher. Monsieur Parizeau a eu une déclaration malheureuse, qui restera à jamais gravée dans l'esprit des allophones.

Un groupe d'indépendantistes, dont monsieur Guy Bouthillier, de la SSJM, a écrit à Monsieur Lucien Bouchard. Il veut diluer l'option séparatiste dans la mondialisation, dans le "gradualisme" sorte de mot dont lui seul comprend la vraie signification. Dans tous ces palabres, discussions, réunions, congrès, je reconnais un affolement, un désarroi. Les deux partis séparatistes (Bloc et P.Q.) voient diminuer leurs membres, et l'emprise qu'ils avaient sur eux.

Les arguments d'hier ne "poignent" plus. Justement, à l'heure de la mondialisation, les gens sont ouverts aux AUTRES... races, nations, religions. On ne peut pas vivre entouré d'une muraille, d'une clôture, afin d'empêcher les citoyens de voir ailleurs. Les échecs répétés (Meech, Charlottetown, Déclaration de Calgary) n'ont jamais empêché la planète de tourner, et les Québécois de vivre... Ça ne paraît pas du tout. Ça ne cause aucun problème dans la "vraie vie".

De toutes façons, les Québécois s'en balancent de tous ces affrontements voulus par les partisans de la séparation. L'objectif premier du Bloc et du P.Q., c'est l'échec des tentatives de renouvellement du fédéralisme canadien. Ils investissent tout leur coeur, toute leur énergie à déblatérer contre les Québécois, pourtant élus, et qui sont au Parlement d'Ottawa: Messieurs Stéphane Dion (qu'on traite le rat) Pierre Pettigrew, Marcel Massé, Lucienne Robillard (immigration qu'on dit sans coeur) Jean Chrétien qui fait l'objet de moqueries quotidiennes et de mépris systématique. On cogne sur la tête des représentants à Ottawa afin de détruire leur crédibilité. Le ridicule, l'aversion, le mépris, font partie des stratégies des séparatistes. Ils attaquent souvent les personnes, et beaucoup moins souvent leurs idées... Ils sont plus talentueux dans les attaques personnelles.

Malgré toutes leurs astuces, on sent bien qu'ils sont en perte de vitesse et de crédibilité. Comme dirait l'autre, poir "virer son capot de bord" de façon aussi radicale, il faut qu'il se passe quelque chose de sérieux... Ils sont prêts à tout, pour arriver à leurs fins, quels que soient les moyens. Ils ne lésinent pas sur la qualité des moyens. Ça leur importe peu. Même si le P.Q. a été réélu, cela ne veut pas dire que tous les Québécois sont d'accord avec l'option séparatiste. Ils ne veulent pas de référendum. Ils ont voté P.Q. car l'alternative proposée ne présentait pas de candidats à la hauteur de leurs attentes.

Le temps de Duplessis est révolu. Qu'on se le dise! Maintenant les Québécois sont plus perspicaces, plus exigeants et ils ne sont pas des valises. La perte de popularité de l'option séparatiste en est une preuve. Le vieux disque est usé. Le radotage des frustrations imaginaires est dépassé, et le nouveau disque est de piètre qualité... On veut de l'oxygène, de l'espace, de l'ouverture sur le monde de l'an 2000.

MARIE-FRANCE LEGAULT
Québec