22 avril 1999

Cancer de la prostate


La mortalité chute


Des chercheurs de la Faculté de médecine constatent une baisse constante, de l'ordre de 23 %, depuis 1991, au Québec et au Canada

La mortalité due au cancer de la prostate est en baisse constante depuis 1991 au Québec et au Canada, révèle une étude publiée par des chercheurs de la Faculté de médecine dans le dernier numéro de la revue scientifique Journal of Urology. Au Québec, la mortalité attribuable au cancer de la prostate est 23 % moins élevée aujourd'hui qu'en 1991 et la baisse s'accentue depuis 1995.

Les chercheurs François Meyer, Lynne Moore, Isabelle Bairati et Yves Fradet arrivent à ces conclusions après avoir analysé les statistiques québécoises et canadiennes de décès attribuables au cancer de la prostate au cours des dernières décennies. Entre 1976 et 1991, le taux de mortalité a augmenté annuellement de 1,8 % au Québec et de 1,5 % au Canada. Pendant cette période, les taux de mortalité par 100 000 habitants sont passés d'environ 26 à 33 au Québec et d'environ 25 à 31 au Canada.

Les statistiques indiquent une baisse rapide de la mortalité au cours des années 1990. Au Québec, entre 1991 et 1997, la mortalité a diminué de 23 % (7,7 décès de moins par 100 000 habitants); au Canada, cette baisse a atteint 10 % (3 décès de moins par 100 000 habitants) pour la période allant de 1991 à 1996. Au Québec, la réduction a été plus accentuée dans le groupe des hommes de moins de 75 ans (29 %) que chez les plus âgés (20 %). Les chercheurs croient que cette réduction n'est pas un artefact statistique puisqu'il n'y a pas eu de modifications dans la façon d'enregistrer les décès au cours de la dernière décennie. D'ailleurs, les données américaines révèlent également une tendance à la baisse de la mortalité causée par le cancer de la prostate (réduction de 6,6 % entre 1990 et 1995).

Les cas sont à la hausse
Le cancer de la prostate n'est pourtant pas en régression, notent les chercheurs. Au contraire, le nombre de cas de cancer enregistrés n'a jamais été aussi élevé suite au dépistage du cancer de la prostate par un test sanguin. Ce test repose sur la détection d'une protéine, l'APS (antigène prostatique spécifique), associée aux cellules cancéreuses. Il permettrait de dépister, à partir d'une simple prise de sang, 95 % des tumeurs de la prostate alors qu'elles sont encore à un stade précoce de développement.

"Il est peu probable que le dépistage précoce ait contribué de façon importante au déclin observé parce que le taux de mortalité a diminué relativement rapidement après l'introduction du test de l'APS au Canada, signale François Meyer. Les experts jugent qu'il faut entre 10 et 15 ans pour que le dépistage ait un effet sur le taux de mortalité." Au Québec, le test de l'APS est en usage depuis 1989 et une minorité d'hommes y a recours. Pour le moment, les organisations médicales canadiennes ne le recommandent pas pour le dépistage des cancers de la prostate puisque "aucune étude scientifique n'a encore démontré que ça réduisait le taux de mortalité, explique le chercheur. Quand on fait du dépistage dans la population, il faut être convaincu que l'intervention sera bénéfique."

Selon François Meyer, il est davantage plausible que la réduction de mortalité soit causée par un meilleur traitement de la maladie. "Depuis que la maladie est mieux suivie grâce au test de l'APS, le traitement hormonal palliatif est prescrit plus tôt, ce qui a sans doute entraîné une diminution de la mortalité." Le test de l'APS est un outil très sensible qui permet de suivre l'évolution et les récidives du cancer de la prostate. C'est d'ailleurs à cette fin, plutôt qu'à des fins de dépistage, qu'il a été conçu. "Il demeure cependant important d'identifier clairement les causes du déclin de la mortalité du cancer de la prostate", insiste François Meyer.

Le cancer de la prostate frappe un homme sur onze au cours de sa vie. Environ 4 000 Canadiens décèdent chaque année des suites de cette maladie.

JEAN HAMANN