22 avril 1999


Iran: le vent dans les voiles


La République islamique navigue tant bien que mal sur l'océan houleux des droits et libertés. Et ce sont les Iraniennes qui montent au front.


Les femmes iraniennes sont les grandes victimes de la Révolution islamique de 1979. En effet, vingt ans après l'instauration de la République islamique par l'ayatollah Khomeyni, les femmes ne peuvent toujours pas sortir dans la rue sans porter le foulard. En signe de contestation, certaines laissent cependant dépasser quelques mèches de cheveux, tandis que d'autres osent braver l'interdit du maquillage, encourant ainsi les foudres des pasdaran, ou gardiens de la Révolution, qui n'hésitent pas à procéder à l'arrestation de ces "mauvaises musulmanes" pour une durée plus ou moins longue, et ce, sans autre forme de procès.

Tel est le portrait peu reluisant de la condition des femmes en Iran qu'a dressé Ginette Lamarche, journaliste et animatrice de l'émission Dimanche Magazine à Radio-Canada, lors d'une conférence ayant pour thème "L'Iran et les droits de la personne: 20 après la Révolution islamique". Organisée par Alternatives et la Ligue des droits et libertés (section Québec), la conférence avait eu lieu au pavillon Charles-de-Koninck, le 13 avril.

"Dans ce pays pourtant en pleine expansion, c'est encore l'homme - père ou mari - qui décide si la femme peut voyager ou encore prendre un appartement", a souligné Ginette Lamarche, qui a visité tout récemment l'Iran, dans le cadre des fêtes entourant le vingtième anniversaire de la révolution. "En cas de divorce, les femme perdent automatiquement la garde de leurs enfants, si bien que beaucoup de jeunes filles rejettent ou remettent à plus tard l'idée de se marier. À titre d'exemple, le taux de mariage était si peu élevé l'an dernier que le gouvernement iranien a lancé une campagne publicitaire en faveur de la famille et de ses vertus."

Les femmes s'instruisent
Manifestement, les Iraniennes ont compris que l'éducation représentait la voie royale vers la liberté et l'autonomie, a rappelé la journaliste, Ainsi, elles envahissent de plus en plus les facultés universitaire; l'enseignement à des groupes mixtes reste cependant interdit. Dans le domaine cinématographique, trois des cinq cinéastes les plus célèbres sont des femmes. Même chose en littérature où la prose féminine est extrêmement populaire. Autre signe de renouveau: de plus en plus de femmes conduisent une voiture, ce qui n'est pas rien dans un pays où leurs droits et libertés sont quotidiennement entravés.

Dans ce coin du globe où 70 % de la population est âgée de moins de 30 ans et où le taux de chômage chez les jeunes (en majorité très scolarisés) se chiffre à 50 %, Ginette Lamarche n'a pas eu à forcer la main afin de recueillir leur opinion sur différents sujets. "Où qu'on pose son regard, on voit des jeunes hommes et des jeunes femmes qui ont envie de vivre et de discuter. Lorsque je tendais mon micro vers eux, non seulement les jeunes répondaient spontanément à mes questions, mais ils me sollicitaient pour le faire. En définitive, leurs désirs ne diffèrent pas de ceux des autres jeunes à travers le le monde: ils veulent mener leur vie en toute liberté et vivre en paix."

Le mot d'ordre
Et de citer le fait qu'en Iran, garçons et filles n'ont pas le droit de se courtiser, encore moins de se promener main dans la main dans la rue. "Le vendredi, jour de congé en Iran, les jeunes montent très haut dans les montagnes pour discuter et chanter. Pour eux, cette escapade représente une façon de respirer un peu et de refaire le monde. Les jeunes de 20 ans n'ont évidemment pas connu la didacture du Chah - qui affirmait entre autres que les lois étaient faites pour être violées - mais plusieurs considèrent la Révolution islamique comme un synonyme de répression."

Dans ce pays où la musique occidentale est interdite de cité et où toutes les émissions et les films provenant de l'extérieur sont inévitablement censurés, pointe cependant une lueur d'espoir: l'élection de Khatami à la présidence de l'Iran, il y a moins de deux ans, porté majoritairement au pouvoir par les femmes et les jeunes. "Cette élection leur a fait prendre conscience qu'ils avaient du pouvoir en tant que groupes sociaux et que le changement pouvait venir par les urnes, a soutenu Ginette Lamarche. Il faut également souligner la vivacité incroyable d'une certaine presse iranienne qui s'est donné pour mot d'ordre de dénoncer la corruption et de promouvoir la transparence chez les politiciens."


RENÉE LAROCHELLE