22 avril 1999

LE COURRIER

LETTRE AU RECTEUR FRANÇOIS TAVENAS

Monsieur le Recteur,

Je désire réagir à la lettre que vous avez fait parvenir aux professeures et professeurs, par courrier électronique, le 31 mars dernier, relativement au plan d'assainisse-ment de la situation financière de l'université.

Ce dernier s'inscrit, dites-vous, "dans le prolongement des recommandations de la Commission d'orientation", votée par le Conseil d'administration à l'automne dernier. Recommandations qui, de triste mémoire, ne tenaient pas compte des réserves exprimées par de nombreux collègues, membres du corps professoral, ni des sérieuses mises en garde que vous adressait le président du SPUL, M. Gérald Lemieux.

Et voici que la haute administration récidive! À l'image d'un potentat mal éclairé qui ne saurait conduire les affaires de l'État autrement que par décrets, le Conseil d'administration prescrit une augmentation du nombre d'étudiants aux deuxième et troisième cycles, soit, respectivement, de l'ordre de 375 et 150. Mesure qui "doit générer des revenus additionnels de 3 millions de dollars en 2000-2001".

Bien que je sois familière de l'idéologie sur laquelle s'appuie la mesure du C. A., idéologie fondée sur l'économie du savoir et sur le clientélisme, je m'étonne tout de même du raccourci emprunté. Que diable! On pourrait peut-être songer, lors de la prochaine séance, à abolir la loi de la gravitation: les charges à supporter deve-nant plus légères, la construction de ponts aux structures moins solides serait ainsi corrélée à une économie des matériaux de construction!

Je me souviens d'avoir parcouru, à l'automne, le rapport de la Commission d'orienta-tion, et de m'être étonnée de la façon expéditive dont on s'apprêtait à sabrer dans plusieurs programmes de premier cycle, invoquant comme raison (entre autres) que le taux d'abandon était très élevé. Or, en aucun temps, les auteurs du rapport ne cherchaient à en comprendre les raisons profondes Sur ce plan, les professeures et les professeurs auraient pu proposer quelques pistes à explorer, ayant une meilleure appréhension des causes réelles du taux d'abandon. Mais ils n'ont pas été consultés, ou si peu. De toute façon, cela aurait sans doute obligé la Commission d'orientation et le Conseil d'administration à modifier le mo-dèle même de l'insti-tution universitaire, ce qui entraînerait un bouleversement des schèmes acquis.

Cette fois, le raisonnement est exactement inversé: trop peu d'étudiants fréquentent les programmes de 2e et 3e cycles, par conséquent, il faut soutenir une campagne de recrute-ment intensive, appuyée par une publicité adéquate et un processus de relations publiques mené au premier plan par les professeures et les professeurs. Autrement dit, non pas abolir les programmes (comme on le fait au premier cycle), mais surveiller de très près "l'opération de répartition des charges de travail", conjointement avec les vice-rectorats, les directions de facultés et de départements.

Dans le contexte d'une ouverture prochaine de la convention collective, cela présuppose un certain nombre de mesures coercitives qu'il faut lire entre les lignes. Plus grave encore, le poids que l'on fait porter sur les épaules (déjà très chargées) des professeures et des professeurs. Réduisant les exigences intellectuelles, éthiques et professionnelles de la formation supérieure à la "qualité de la relation entre un professeur et un étudiant", vos propos, Monsieur le Recteur, laisseraient-ils entendre que les professeurs auraient failli à leur tâche jusqu'à ce jour ?

Au fait, puisque l'Université peut défrayer les coûts d'une campagne publicitaire, ne pourrait-elle pas songer à augmenter les sources de financement pour les étudiantes et étu-diants? Pour l'avoir constaté à maintes reprises auprès de mes étudiants de 2e et 3e cycles, je sais pertinemment que la principale cause d'abandon des études réside dans le manque de revenus. Pour comble, on décidait, il y a quelques semaines à peine, d'augmenter les frais de scolarité de façon drastique aux 2e et 3e cycles. L'on peut donc s'attendre, en toute lo-gique, à une diminution et non à une augmentation du nombre d'étudiants à l'automne prochain. Mais comment se fait-il que l'on puisse voter deux résolutions aussi contradictoires en si peu de temps! ?

Pourquoi l'Université Laval n'adopterait-elle pas une politique analogue à celle pré-conisée dans de nombreuses universités anglophones, américaines et étrangères, qui consiste à sélectionner les meilleurs candidats aux cycles supérieurs ET à leur garantir des sources de revenus adéquats tout au long de leur cheminement ? (En ce sens, la comparaison que vous établissez entre "notre ratio étudiants / professeur [et] celui des universités du Groupe des dix" ne tient pas, puisque les éléments comparés s'inscrivent dans des systèmes différents.) Une telle vision de l'enseignement supérieur, fondée sur les performances académiques et le potentiel à long terme des candidats les plus prometteurs, nécessiterait une refonte passablement dérangeante du processus d'évaluation des apprentissages au premier cycle, ce qui est impensable actuellement, puisque l'on préfère mettre l'accent sur l'évaluation de ceux qui éva-luent (les professeurs) et non sur l'évaluation de ceux qui sont évalués (les étudiants).

Dans le contexte de l'idéologie du clientélisme, du pédagogisme , de l'économie du savoir, l'université marchande doit payer le prix de ses choix. Le hic dans tout cela, c'est que la figure du professeur tient souvent lieu de bouc émissaire, dans un système éclaté où règnent l'arbitraire et l'incohé-rence.

Comment sortir de l'impasse du sous-financement des universités? En continuant d'accepter le modèle de l'université marchande prônée par le gouvernement en place, ou bien en partant à la recherche d'un nouveau mo-dèle de fonctionnement plus approprié ? Plutôt que de considérer la figure de l'étudiant comme une valeur assujettie aux lois de l'offre et de la demande, et celle du professeur comme une cote boursière dont les enchères fluctuent au gré des perturbations de l'économie du savoir, n'y aurait-il pas lieu de redé-finir la structure universitaire, ses enjeux, ses desseins, ses véritables valeurs au sein de la socio-culture qui est la nôtre ?

CHRISTIANE KÈGLE
Professeure agrégée au Département des littératures

1 ) Dans son livre L'École à temps partagé et le partage du travail (Presses de l'Université Laval, 1997), Alain Massot dénonce le pédagogisme entendu comme le droit à réussir: "Le pédagogisme pourrait être défini comme la recherche des conditions de la réussite sans effort: ôtons les examens, il n'y aura plus ni décrochage, ni échec scolaire", écrit-il (extrait paru dans Au fil des événements, vol. 33, no 12, 20 novembre 1997, p. 6). Le pédagogisme a pour corollaire le clientélisme prôné dans les institutions d'enseignement du Québec, depuis bon nombre d'années. Cf. aussi : Denys Delâge, "Une université portée sur le clientélisme?" Au fil des événements, vol. 33, no 7, 9 octobre 1997, p. 7 et 16.


L'OTAN EN YOUGOSLAVIE: DROIT OU DEVOIR?

Le 24 mars dernier, le monde entier était réveillé par des sirènes déclenchées par les bombardements de l'OTAN en Yougoslavie. L'affaire est tellement délicate qu'elle a divisé le monde en deux et soulevé de nombreuses questions, tant sur le plan politique que sur le plan juridique. Cette intervention est-elle légale, est-ce que les règles internationales d'utilisation de force ont été respectées? L'intervention en RFY nous semble poser pour la première fois le problème de la combinaison de deux règles de jus cogens: la règle de l'interdiction du recours à la force dans les relations internationales art (2 § 4 de la Charte des Nations Unies) et celle qui interdit les actes de génocide et certains atteintes aux droits de la personne.

Il ne paraît guère contestable que dans les systèmes de sécurité collective mis sur pied après la Deuxième Guerre mondiale, il n'y a que deux hypothèses d'utilisation légale de la force: si elle est autorisée par le Conseil de sécurité de l'ONU et en cas de légitime défense. On ne se trouve ni dans l'une ni dans l'autre de ces hypothèses. Les Conseil de sécurité était bloqué, certes, mais pourquoi ne pas avoir recours à l'Assemblée générale de Nations Unies? La résolution du conseil de sécurité "Union pour le maintien de la paix" aurait ainsi permis d'utiliser une instance représentative de la communauté internationale qui aurait pu prendre ses responsabilités à travers elle. Quand à la question de la légitimité, il ne paraît pas possible de laisser se perpétrer sans réagir les crimes les plus odieux: le nettoyage ethnique, le crime contre l'humanitéSachant ce que l'on sait de ce qui s'est passé en Bosnie, il ne fait guère de doute que la même politique de nettoyage ethnique était en cours au Kosovo. À dire vrai, cette intervention est légitime au regard du droit de gens, c'est à dire conforme à certaines valeurs morales que doit défendre la société internationale, en l'occurrence les droits fondamentaux d'une minorité et les droits de l'homme de la population non-serbe du Kosovo.

Mais les mesures adoptées sont-elles conformes au but poursuivi? Non. Ces mesures ajoutent des morts et des drames humains. Le 13 avril, un F-16 américain a largué une bombe sur un convoi de réfugiés. Bilan: près de 75 morts et plus d'une centaine de blessés alors que le but poursuivi est un but humanitaire. Nous ne pensons pas qu'il fallait retirer les observateurs de l'OSCE et évacuer les ONG. Cette erreur nous entraîne maintenant dans une catastrophe rapide et brutale que l'on cherchait à éviter. L'intervention de l'OTAN en RFY pose donc un problème nouveau au regard du droit international : doit-on reconnaître un véritable "devoir" d'immixtion abusive dans les affaires interne d'un État? Et comment s'articule-t-il avec les dispositions de la Charte des Nations Unies? Cela mériterait de plus amples développements.

AMBROISE LUMBALA-MBUYI
Étudiant à la Faculté de droit

PETIT MATIN À MOSCOU


Huit heures, un lundi matin de février au centre de Moscou. L'air est froid et taquine les narines lorsqu'on l'inhale. Je le prends comme le meilleur succédané à cette tasse de café que je n'ai pas pu boire ce matin. Les rues sont encore tranquilles et je chemine de bonne allure vers l'université, qui se trouve rue Nikolskaia, à quelques pas seulement de la très célèbre Place Rouge, du Kremlin. Il y a quelque chose de surréel dans l'air encore glacé de cette fin d'hiver, dans ces rues qui commencent à peine à s'animer et à prendre un rythme affairé. À peine voit-on quelques chiens errants par-ci, par-là, un ou deux marchands s'affairent à installer leurs petits kiosques à journaux, à mettre sur pied leurs stands à hot-dogs. Sur les toits de tôle des superbes immeubles de la fin du XVIIIe siècle qui forment les façades de la rue, quelques cols bleus déblaient à grands coups de pelle les restes blancs de l'hiver.

Il y a plus d'un an, un accord d'échange a été conclu entre l'Université Laval et l'Université d'État des Sciences Humaines de Russie (RGGU). Cette université existe maintenant depuis huit ans, en fait depuis le démembrement de l'Union Soviétique. À l'origine l'idée de son fondateur et recteur actuel, Youri Afanassiev, était de rassembler dans une même institution les meilleurs spécialistes en sciences sociales et de faire renaître ce champ d'étude qui avait été réduit à l'anémie par soixante-dix ans de régime soviétique. Mais l'accord d'échange a surtout été accompagné par la création du Centre Moscou-Québec, centre d'études québécoises à Moscou. On y donne des séminaires sur la culture québécoise et on y enseigne la langue française. Présentement, près de sept étudiants de l'Université Laval y enseignent le français et sont responsables d'y organiser différentes activités culturelles.

L'Université d'État des Sciences humaines de Russie a deux "pavillons" principaux. Le premier, rue Nikolskaia, au centre de la ville, est planté dans un ensemble architectural magnifique, mais le bâtiment est peut-être en soi plus exceptionnel. Occupant le bâtiment du premier établissement d'études supérieures de Moscou ("l'Académie slavo-gréco-latine"), fondé au XVIIe siècle, la première impression qui vient à l'esprit du visiteur lorsqu'il entre dans les lieux, c'est qu'ici absolument rien n'a changé depuis qu'on a posé la dernière brique il y a troix cents ans. L'immeuble est très solennel. La façade opale et turquoise est couverte d'arabesques et a quelque chose qui me rappelle vaguement l'architecture arabo-espagnole. Visiter l'université equivaut en soi à franchir le seuil d'un musée, tant on peut faire de découvertes à chaque pas. Ici tel personnage célèbre a enseigné, là c'est simplement l'apparence de la salle qui, malgré des rénovations très sobres, garde une élégance incontestable. À propos de decouverte hors de l'ordinaire, il n'est pas rare de croiser un matou ou encore un gros berger allemand dans un escalier, au fond d'un corridor... C'est une chose très courante en fait en Russie de voir les chiens errants coucher dans le métro, dans certaines bâtisses publiques, particulièrement l'hiver. L'amour des Russes pour les animaux ne tient pas de la légende et plus d'un fera l'effort pour récolter les restes de la table et en nourrir les animaux errants et faméliques. Ces animaux ne sont qu'un exemple un peu cocasse parmi d'autres surprises qui peuvent vous attendre lorsque vous traversez les passages de l'université...

Le pavillon principal de RGGU se trouve un peu plus au nord, à dix minutes du centre par métro. C'est un édifice moins ancien et en très bon état. On y trouve une médiathèque très moderne, une salle de bibliothèque luxueuse et confortable. En fait, en peu d'années, et souvent avec des moyens dérisoires, les autorités ont reussi à mettre sur pied une institution dotée des meilleures commodités: un centre informatique, une excellente bibliothèque, des centres de recherche internationaux (en plus du Centre Moscou-Québec, les centres Suédois, Français, Américain, etc. font de RGGU un lieu de rassemblement de plusieurs communautés étudiantes internationales).

L'université offre aux étudiants étrangers une vaste gamme de cours spécialisés. Des cours de pratique ou d'autres sur la littérature et la culture russes sont donnés par des professeurs que personnellement j'ai trouvé très compétents et sympathiques. Il n'est pas rare qu'après un cours, un prof invite ses étudiants à prendre un café ou encore à aller au théâtre. Les groupes sont petits, les professeurs disponibles et les coûts généralement très abordables.

J'ai pu, après une première session intensive où m'était offert un programme très diversifié (grammaire, langue dans les mass-médias, littérature, etc.), déjà participer à des cours avec les étudiants russes, ce qui a été pour moi l'expérience la plus intéressante. Étudier les sciences politiques ici à Moscou, dans un pays, une région du monde qui signifie tant pour cette discipline, a été (et est encore puisque je termine ma session en juin) un atout d'une richesse inqualifiable. Échapper à un cadre nord-américain pour jeter un coup d'oeil par l'autre bout de la lorgnette; échanger avec les étudiants russes qui, bien que timides les premiers temps, démontrent un intérêt et une curiosité insatiables; voir comment on observe, on analyse les mêmes questions mais a travers une histoire qui très souvent est autrement plus vivante et proche qu'elle ne peut l'être chez nous, a été pour moi certainement la partie la plus profitable de mon séjour à Moscou.

Mais bien sûr, comment passer sous silence tout le reste, ce qui dépasse un peu la simple vie étudiante: la beauté de la ville, sa vie culturelle, l'accueil, la générosité des gens. Moscou reste pour moi, même apres y être demeuré un an, une ville qui ne cesse de me fasciner, une ville parmi les plus curieuses et les plus riches de l'Europe.

VINCENT BÉGIN
Étudiant,
Programme études russes, Centre Moscou-Québec


HOMMAGE À ROSAIRE MORIN

1922 fut ce grand cru qui a vu naître sur nos terres les René Lévesque, les Camille Laurin, les Rosaire Morin. Au Québec, les authentiques guerriers ont le cheveu blanc. Voilà bien notre drame.

Fatalité de l'étant comme être-disparaissant. Rien à faire. Ça fait mal tout de même. Et beaucoup. L'Absent empoigne le réel. Il orpheline les tit-culs baroudeurs dont je suis.

Par lui qui décède, c'est un autre pan de société qui cède.
Ne tenons-nous plus qu'à un fil dans notre Inaction Nationale?

La tragédie par-delà l'homme dans son individualité, c'est que la vraie jeunesse québécoise - de Camille à Pauline, de Félix à Vallières, de Miron à Dumont, de René à Raymond par Lévesque réunis, de Vigneault à Parizeau, de Vadeboncoeur à Léveillée, de Georges Dor à bientôt Claude Gauthier, de Bourgault enfin à Rosaire, et certainement quelques oublié/es qui me pardonneront - habite le pays de la Septuagénie. Ou sinon chemine à son portique pour bientôt s'y engouffrer pour ne plus en sortir. Hormis par la discrète petite porte arrière.

Nous aimons mourir. C'est moins pénible ainsi. Sans doute. Restent les vieillards de vingt et trente ans. Occupés d'eux-mêmes et à se croire superbement de nulle part - pour mieux s'éviter la tâche de planter son pieu dans une terre intransigeante, et qui toujours réclame effort, humilité, labeur. Sans relâche. La terre de la Liberté. Aux antipodes, aux antipôles, du n'importe quoi et de l'indifférence: indifférence à un ici ou un ailleurs, au mieux ou au pire, à l'asservissement tranquille et indolore ou à la dignité, à un choix véritable enfin. Aussi. Néant de l'universel. Illusion de la suprême légèreté de l'être dans le poids infini des choses.

Rosaire Morin a été de ce monde bien avant moi (il eût pu être mon père, presque mon père-grand). Il tombait pourtant sous le sens, le mien, qu'il y serait et en serait bien après mon évanescente égoïté. Il nous condamne à la responsabilité, cet homme de toujours et de tous les fronts du pays - icelui tête habitée peut-être encore un peu par quelque spectral esprit de la Résistance. Il nous condamne ce Pandore. Que l'on voulait croire indestructible, éternel, afin qu'il puisse continuer à s'occuper de son petit coffret de combats. Et nous surtout de notre bonne conscience. Nous, insouciants enfants immobiles férus d'automobiles, de soieries, de soirées. Ne fût-ce qu'en pensées. Et de promotion sociale particulière faute d'être pour tous et citoyenne. Nous, superbes albatros aux ailes châtrées.

Il a labouré. Il nous faudra désormais, nous citadins proprets et délicats, bêcher derechef. Mais comment ferons-nous, nous qui naissons vieux et mourons chêne? Nous qui opiniâtrement, perpétuellement, choisissons d'être jeunes sur le tard?

Ombres à venir. Sombre avenir.

Merci Monsieur.
Infiniment.

JEAN-LUC GOUIN
Lac-Beauport



LA DIASPORA DES KOSOVARS

Que va devenir le Kosovo, cette région du monde que l'on qualifie à présent de poudrière et qui, pourtant, l'était déjà avant que la communauté internationale ne décide d'intervenir? Comment en est-on arrivé là? Pourquoi avoir attendu si longtemps? "L'indifférence et le silence, disait Élie Wiesel, prix Nobel de la paix, sont les plus grandes hypocrisies." Effusion de sang, exode de réfugiés, bombardements: des mots qui se font écho, des mots que l'opinion mondiale avait tendance à oublier depuis 1991. Une haine ancestrale entre deux peuples; un drame que l'on pouvait voir venir. Mais on a préféré se taire. Racak - 45 personnes exécutées - est la goutte qui a fait déborder le vase. Et pourtant les Alliés n'arrivent pas à faire revivre les douloureuses réminiscences de toutes ces folies meurtrières pour justifier leur intervention dans la région.

La Bosnie et la théorie de l'épuration, Srebrenica et ses déportations massives programmées par Miosevic, les milices serbes, les trois millions de personnes déplacées dont au moins 200 000 morts, il y a juste un an avant le début de la crise. Ironie d'un sort tragique: les bombardements de l'OTAN ne font qu'accélérer le départ des Kosovars. Ceux-là même qu'on a tenté, par mesures de sécurité, d'éloigner des Balkans, les transposer dans un ailleurs plus stable mais angoissant parce que inconnu.

L'autre terre: le Canada ou les États-Unis. Jusqu'à ce que le Haut Commissariat aux réfugiés de l'ONU décide du contraire. Déraciner ces centaines de milliers de réfugiés -ne serait-ce qu'à court terme, bien que les visées de Milosevic soient plus étendues - revient à effacer toute une mémoire collective, un passé, une culture. Le vu des réfugiés est de rester chez eux, de bâtir un nouvel espoir même sur les cendres. Ils ont raison.

On est pourtant loin de l'holocauste, loin du drame au Proche-Orient. Si les méthodes diffèrent, les buts, eux, se ressemblent. Une variation sur le même thème: la diaspora. La diaspora des Kosovars contre la Jérusalem des Serbes. La "piovra" a déployé ses tentacules. Le Mal politique est déjà installé. Qu'arrivera-t-il après? Milosevic a dit non à toutes les voies diplomatiques. Il a dit non à la démocratie qui n'a pas de substitut. Deux choix: amputer les parties malades de cette gangrène. Ou chercher à éduquer le peuple; lui apprendre que son destin se fait sous le signe de la liberté, dirait Élie Wiesel. "Quel est le choix de l'Homme entre un pessimiste qui sourit et un optimiste qui pleure?", disait Albert Camus.

LAMIA GRITLI
Sainte-Foy


UN EFFET PERVERS DE "L'APPROCHE CLIENT"

Dans l'édition du 8 avril du Fil, une publicité (en page 13) faisait la promotion du cours ComViz offert par le Département d'information et de communication. Ce cours, projet du professeur Claude Cossette, a pour objectif de familiariser les étudiants aux formes que peut prendre la communication par l'image. ComViz a de plus été reconnu dans le cadre des "Prix de la Ministre" pour sa qualité et son caractère original. En effet, M. Cossette a créé une approche pédagogique reposant entièrement sur Internet. Avec ce projet, l'Université Laval se servait enfin des nouvelles technologies de l'information pour développer sa mission d'enseignement; une initiative audacieuse en soi. Malgré tout, la publicité publiée dans le Fil nous force à remettre en question la crédibilité du cours.

ComViz est un cours obligatoire dans les programmes de communication publique qui comptent déjà plus de 800 "clients-étudiants". Il semble que l'on veuille quand même étendre son marché par une publicité qui le vend comme cours au choix dont la qualité première est d'être FACILE. C'est justement sur ce point que la promotion de ComViz nous choque.

Dire que ComViz est un cours facile détruit tout ce qu'on souhaite de la norme universitaire. En effet, tout étudiant est en droit de se questionner sur la valeur que peuvent représenter ces trois crédits "faciles". Ont-ils la même valeur que les crédits de leurs cours de discipline? Il ne nous semble pas normal que ComViz tente d'attirer une nouvelle clientèle en misant sur sa facilité. En agissant de la sorte, l'Université nous pousse à nous questionner sur la qualité même de nos diplômes.

Une publicité comme celle dont nous parlons aujourd'hui pose également le problème de
"l'approche client". Cette approche a normalement le mérite de se centrer sur les besoins des
"consommateurs"; il semble pourtant que l'exemple de ComViz pointe plutôt dans la direction d'une recherche de clientèle au péril de la qualité de la formation. Le meilleur gage de la qualité de la formation demeure son exigence. L'Université Laval l'a d'ailleurs compris et a fait de la culture de l'exigence une partie intégrante de son énoncé de mission. La publicité de ComViz dans le Fil nous porte pourtant à croire exactement le contraire. On entre ici dans une logique commerciale où les impératifs de la rentabilité éclipsent ceux de la réussite académique. Il nous apparaît donc impossible de passer sous silence cet

À la lumière de cette publicité, nous pensons qu'il faudra sous peu répondre à deux questions fondamentales. Premièrement, que doit-on attendre de trois crédits universitaire? Et, deuxièmement, peut-on uniquement nous considérer comme des clients?

PATRICK CAUX
Étudiant en science politique
et
SIMON-PIERRE POULIOT
Etudiant en histoire