15 avril 1999

2020 l' Odyssée de l'espace

Avant d'aller marcher sur Mars, dans 20 ans, l'homme aura à faire de toute urgence le ménage dans son propre environnement

Si, malgré tout ce qui se passe présentement dans les Balkans, le scénario d'une guerre nucléaire déclarée entre les grandes puissances de ce monde demeure moins envisageable à l'aube du nouveau millénaire, une menace tout aussi alarmante plane cependant sur la planète Terre: celle d'une détérioration irrémédiable de ses ressources et par là, d'une dégradation inévitable de la qualité de vie de ses habitants.

C'est ce qu'a affirmé Hubert Reeves, lors d'une conférence organisée par la Chaire publique de l'ALIÉS (Association des étudiantes et des étudiants de Laval inscrits aux études supérieures), le 8 avril, à la salle multimédia du pavillon Alphonse-Desjardins, sur le thème de la colonisation de l'espace. Astrophysicien de renommée internationale, Hubert Reeves estime que la survie de la terre va se décider d'ici un siècle. "La planète est en danger, a t-il insisté. En l'an 2050, le globe comptera autour de 10 milliards d'habitants. Le problème majeur auquel l'humanité fait face aujourd'hui est justement de trouver comment arriver à faire vivre cette population, et ce, dans le contexte actuel d'épuisement des ressources naturelles. À mon avis, la mauvaise distribution des richesses est toutefois pire que l'épuisement des ressources."

On va marcher sur Mars
Directeur du développement stratégique à l'Agence spatiale canadienne, Hugues Gilbert a indiqué pour sa part que le temps où les programmes spatiaux constituaient des outils de propagande politique provenant de grandes puissances en mal de prouver leur supériorité dans le domaine de l'espace - comme au temps de la Guerre froide entre les États-Unis et l'URSS, par exemple - est bel et bien fini. À cet égard, a souligné ce diplômé de l'Université Laval, de plus en plus d'agences spatiales possédant des objectifs scientifiques similaires collaborent entre elles. "Techniquement parlant, il est actuellement faisable d'établir des colonies dans l'espace. Mais d'un point de vue économique, c'est pratiquement impossible, les outils techniques nécessaires engendrent des coûts astronomiques que les gouvernements ne peuvent tout simplement pas assumer."

Selon Hugues Gilbert, les probabilités que des êtres humains débarquent sur Mars d'ici une vingtaine d'années - soit vers l'an 2020 - s'avèrent très bonnes. Dans les agences spatiales, les travaux sont actuellement axés sur l'amélioration des technologies existantes et sur le développement de l'apareillage nécessaire à la survie de l'homme dans l'espace. Pour contrer la microgravité et permettre à l'homme de se mouvoir dans l'espace comme un poisson dans l'eau, les chercheurs devront toutefois arriver à créer artificiellement un environnement de gravité normale s'apparentant en quelque sorte au vaisseau immense qui traverse le film de Stanley Kubrick, 2001 Odyssée de l'espace. "En l'absence de gravité, le corps humain s'adapte très rapidement. La masse osseuse et la masse musculaire diminuent et le coeur s'atrophie. En revanche, sur terre, le système cardio-vasculaire lutte constamment contre la gravité, ce qui assure en quelque sorte son entretien et sa vitalité."

Planète en danger
Définissant l'environnement terrestre comme un environnement des plus douillets pour l'homme, Serge Pinault, professeur au Département de physique de l'Université Laval, a souligné à la blague que l'être humain serait bien fou de quitter la Terre pour aller coloniser l'espace, un environnement qui lui est tout à fait hostile. Mais bien entendu - et heureusement - cela va vraisemblablement se faire avec les progrès de la science, a-t-il assuré. Toutefois, l'homme devra régler ses comptes avec son propre environnement avant de s'envoler à la conquête d'autres cieux. À ce sujet, Hubert Reeves estime que "c'est une mauvaise idée que de se dire: "La planète est en danger, allons ailleurs"." "Car si nous ne gardons pas notre planète en ordre, nous ferons la même chose ailleurs."

Selon le célèbre astrophysicien, les projets mis sur pied par les agences spatiales doivent avant tout être considérés comme des moteurs économiques positifs: "Certaines régions défavorisées des États-Unis sont devenus prospères lorsque la NASA y a implanté des projets. En comparaison, la guerre, elle, constitue un moteur économique négatif."

RENÉE LAROCHELLE