15 avril 1999

LE COURRIER

LA FACULTÉ DES LETTRES ET LE PATRIMOINE

Mon collègue Philippe Dubé a fait paraître dans le Fil, la semaine dernière, une lettre qui me prend à parti. Les lecteurs auront certainement noté que cette lettre s'inscrit dans le contexte d'une campagne électorale, alors que le poste de doyen de la Faculté des lettres est ouvert et que j'ai accepté de briguer un second mandat. Monsieur Dubé y exprime un ensemble d'opinions qui mériteront certainement d'être débattues; je ne crois cependant pas que les pages du Fil soient pour le moment le lieu où je doive engager la discussion avec ce spécialiste du patrimoine. Il y aura d'autres tribunes pour ce faire. Il y a toutefois dans la lettre de monsieur Dubé quelques faits que j'aimerais rectifier.

Dans sa missive, mon collègue donne la liste assez exacte de toutes les unités où oeuvrent en ce domaine des professeurs et des étudiants, et il note avec raison le potentiel remarquable de l'Université Laval en matière de patrimoine. Il ne mentionne pas toutefois les embûches que crée une telle situation.

Il en est en effet du patrimoine comme de l'environnement: c'est au départ la chose de tout le monde et de personne! On en fait partout dans l'Université, mais personne, aucun département, aucun collègue ne pourrait revendiquer seul l'autorité en ce domaine. Et il serait insensé de minimiser la complexité de la question. Est-il besoin de le rappeler? il est essentiel que nul ne cède à la tendance de s'identifier seul à un tel domaine, ou de se donner comme le seul vrai spécialiste du domaine. C'est dans la concertation et le débat ouvert, dans le travail d'équipe et la collégialité qu'on apprendra à oublier nos différences et qu'on viendra à bout de se donner des objectifs communs. Ce n'est pas chose toujours facile, les lecteurs l'auront compris.

Cela étant dit, l'Université Laval est de loin l'institution la mieux placée pour implanter une chaire sur le patrimoine - et l'accord de l'UNESCO nous est déjà assuré à cette fin -, pour y développer des programmes d'enseignement et de recherche et contribuer de manière importante à consacrer Québec, ville du patrimoine mondial, comme l'un des hauts-lieux de la réflexion internationale sur les questions de patrimoine.

Il est n'est pas exact de laisser entendre que tout ce qui a trait au patrimoine ne m'a pas intéressé comme doyen, et que rien n'a été fait ces dernières années en cette matière. Je ne rappellerai que trois faits pour le démontrer.

Si le IIe Forum UNESCO-Université a pu avoir lieu en octobre 1997, c'est parce qu'un certain matin de mai, le doyen de la Faculté des lettres a sauvé l'entreprise, avec l'accord du directeur du Département d'histoire.

Si la chaire du patrimoine a tardé à voir le jour, c'est parce que la conception du patrimoine qu'ont défendue les responsables du Forum-UNESCO a soulevé en peu de temps un concert de protestations de la part de tous les partenaires éventuels, à l'intérieur de l'Université tout autant qu'en dehors. Avec la vice-rectrice à la recherche, les doyens des facultés intéressées au patrimoine s'attachent mois après mois depuis lors à rendre effective la création de la chaire.

Il en va de même du programme de maîtrise projeté. Depuis ces accidents de parcours, c'est le doyen de la Faculté des lettres qui a mené les actions pour établir la nécessaire concertation qui mènera bientôt, espère-t-on, à la création de la chaire et à ce qui l'accompagne, en particulier des programmes.

Mais il arrive, et ceci est également un fait que je regrette, que mon collègue Dubé a décidé depuis deux ans de ne plus collaborer à la réflexion sur le patrimoine qui se poursuit dans notre institution, et qu'il s'est retiré dans sa tente..., préférant ne pas être tenu au courant de ce qui continuait à se faire, sans lui.

Philippe Dubé a beaucoup à donner pour la consolidation du patrimoine à l'Université Laval; la porte reste grande ouverte à sa collaboration "vers une orientation commune d'avenir", comme il le souhaite.

JACQUES DESAUTELS
Doyen de la Faculté des lettres

FRAIS DE SCOLARITÉ: DONNONS LA CHANCE AUX COUREURS

En tant que directeur des études supérieures en administration et politique scolaires, j'ai appuyé les étudiants qui ont manifesté leur opposition à la hausse des frais de scolarité pour les étudiants qui n'ont pas terminé leurs études supérieures dans les délais prévus par l'Université. Ma prise de position n'en est pas une de principe. Dans la mesure où le gel des frais de scolarité à un niveau très bas constitue une mesure régressive de redistribution des revenus, comme l'économiste Clément Lemelin a tenté de le démontrer dans les années 1980 (L'impact redistributif du financement public de l'enseignement supérieur au Québec en 1984, CERPE, UQAM, août 1990), je suis évidemment opposé à ce que les impôts des classes moyennes financent l'éducation des classes aisées. C'est sur le terrain de l'équité que devrait se faire le débat sur le gel des frais de scolarité, terrain sur lequel ni les administrations universitaires ni les formations politiques ne veulent s'engager.

Les étudiants gradués "hors normes" sont une proie facile pour les administrations universitaires. Celles-ci partent du postulat que les étudiants sont les seuls responsables de leur retard et doivent donc en payer le prix. Aux yeux du public, l'opération semble bien légitime. Mais l'attribution des responsabilités dans leur retard à terminer leur recherche de maitrise ou de doctorat n'est pas aussi simple que l'université le laisse croire.

Pour éviter de référer à des cas concrets, je vais me limiter à soulever des questions générales sur la responsabilité de l'Université dans ces retards. Admettons d'entrée de jeu qu'il y a des étudiants qui "se trainent les pieds". Mais...l'Université admet de son côté qu'il y a un manque de ressources professorales pour encadrer les étudiants. Combien d'étudiants vont devoir prolonger leurs études à cause de la surcharge d'encadrement d'un corps professoral aux disponibilités restreintes? Combien d'étudiants, à la suite du départ massif et soudain de professeurs à la retraite, ont dû changer de directeur ou directrice de recherche? L'université invoque l'utilisation de services pour justifier une hausse des frais de scolarité. Mais combien d'étudiants pendant leurs études "normales" ont-ils payé les pleins frais de scolarité sans recevoir en retour les "pleins" services? Quel directeur ou directrice de programme n'a pas reçu de plaintes d'étudiants qui se sentaient à tort ou à raison retarder dans la progression de leurs travaux par leur directeur ou directrice de recherche?

Que dire des étudiants étrangers qui doivent retarder ou tout simplement annuler la cueillette de leurs données et changer de projet de recherche à cause de "conflits" dans leur pays d'origine (Rwanda...).

Le partage des responsabilités dans les retards des étudiants à terminer leurs études n'est pas facile à trancher. Dans les cas de doute, je suis enclin à donner une chance aux "coureurs", les étudiants.

PIERRE W. BELANGER
Directeur,
Études supérieures en administration
et politique scolaires


"L'ERREUR BORÉALE ", AU DELÀ DE L'ÉMOTION

Nous avons eu l'opportunité, en tant que finissants en foresterie à l'Université Laval, d'assister, lundi le 22 mars dernier, au débat organisé par notre comité colloque concernant la sortie du documentaire choc de Richard Desjardins, L'Erreur Boréale et visant à nous faire une idée commune sur le sujet. Nous trouvions là une chance en or de pouvoir visionner le film avant la première télédiffusion et même profiter du fait que six intervenants étaient mis à notre disposition pour nous aider à analyser le document.

Pour notre part, nous avons été agréablement surpris par la qualité du film et surtout par le professionnalisme dont Desjardins à fait preuve malgré qu'il ait mis l'emphase sur l'émotivité plutôt que sur le réalisme. Bien sûr, ses quatre années de tournage lui ont permis de trouver des images frappantes et le fait de nous montrer les interventions forestières du haut des airs lui a permis de nous faire voir ce qu'il voulait bien que l'on voie, tout en cachant des choses importantes comme la régénération après coupe qui, on le sait bien, n'est pas visible d'un hélicoptère. Ensuite, il nous a pris droit au coeur en nous présentant un fort sympatique personnage, représentant les amis de la nature québécoise, les autochtones. Cependant, et sans toutefois vouloir mettre en doute la bonne fois de ce citoyen canadien, nous aurions aimé qu'il nous explique la vraie problématique autochtone, soit le fait de vouloir préserver leurs traditions, mais en utilisants des outils technologiques qui n'en font pas partie.

Mais, pour que notre analyse du film soit vraiment fondée sur quelque chose de solide, il faut que nous allions au delà de ces détails. Lorsque le film sera vu par le grand public et encore pire lorsqu'il sera vu par nos voisins, ce sont ces images et surtout cet interview qu'ils vont retenir et ceux-ci, on ne peut pas le cacher, ont été réalisés chez nous! Sans compter que les coupes qu'il nous présente ont été approuvées par notre Ministère des Ressources naturelles. Ainsi, il sera impossible de nier, il faudra donc se munir d'arguments solides mais surtout, il faudra bien comprendre le problème en oubliant le côté émotif du reportage.

Ce que nous tirons comme conclusion de ce métrage, c'est que la foresterie au Québec est malade et, contrairement à ce que M. Péladeau pouvait en penser, pas besoin d'un médecin pour nous le dire. Le gouvernement n'ayant jamais mis ses culottes pour faire valoir les droits du public à sa forêt devant les industriels, il en résulte que ceux-ci ont maintenant le gros bout du bâton - pour ne pas dire qu'ils ont tout le bâton - lors des négociations. Ainsi, l'industrie a le pouvoir d'aller en forêt publique, de choisir le plus beau et le plus gros bois, de le couper selon des méthodes parfois légalement et écologiquement discutables, de l'amener à l'usine, de le transformer, dans bien des cas seulement primairement, et de le vendre aux étrangers. Beau conflit d'intérêt n'est-ce pas? Mais qui, au gouvernement, veut et peut rétablir la situation au détriment de son poste et de son pouvoir? Il ne faut pas se le cacher, il y a beaucoup trop de bois accordé aux usines au Québec et si le gouvernement décidait de couper dans le gras, certaines d'entre elles ne pourraient survivre. Celui-ci sait très bien, par expérience, que quand tu mets des Québécois sur le chômage ils n'ont pas tendance à vouloir te réélir aux élections suivantes!

Nous voudrions maintenant vous dire ce que nous pensons du débat qui à suivi le visionnement du reportage. Pour notre part, nous sommes passablement déçus du sens qu'a pris le débat. Nous trouvons que nous avions là une chance incroyable, puisque nous étions entre forestiers, de creuser à fond le problème et de se munir d'arguments solides pour affronter le public qui, lui, voudra des réponses claires et fondées dans très peu de temps. Au lieu de cela, à part quelques questions pertinentes, le débat en a été un de sécurisation collective sur la qualité de notre enseignement. Maudit qu'on est passé à côté! Bien sûr, Desjardins nous accroche un peu en disant que nous sortons du Bacc sans avoir mis les pieds en forêt. Pour rétablir les faits, un finissant en génie forestier qui est accrédité par l'Ordre des ingénieurs forestier du Québec à accumulé au minimum 38 semaines de travail en forêt. Quant à nous, ses propos à ce sujet sont aussi pertinents et fondés que ceux où il comparait les plantations suédoises à notre foresterie, alors que l'on sait très bien que notre climat et surtout nos conditions de croissances ne sont pas du tout comparables. De plus, il devient évident à l'écoute du film, que pour lui, la forêt québécoise se limite à la pessière abitibienne.

Pour ce qui est du panel, il était composé tout d'abord de deux professeurs de la Faculté, MM. Louis Bélanger et Luc Lebel, de notre doyen M. Michel Dessureault, de la pdg de l'OIFQ, Mme Johanne Gauthier, de M. Pierre Dulude qui travail pour l'ancien MEF et de M. Jacques Gauvin, de l'AMBSQ. Bien que ceux-ci auraient pu nous être d'une aide précieuse, ils n'ont pas su, en général, entrer vraiment dans le vif du sujet, se contentant de justifier leurs postes ou de défendre leurs organismes. Nous désirons cependant apporter un bémol au sujet de M. Louis Bélanger qui selon nous à été le seul à saisir vraiment la raison de ce rassemblement.

Nous tenons tout particulièrement à souligner la prestation de notre fier représentant, le doyen de la faculté, M. Michel Dessurault qui a tant bien que mal réussi à convaincre ses insécures étudiants et étudiantes de la grande qualité de leur programme de formation. Il a su briller par la grande qualité de ses interventions comme par exemple celle où il a dit que nous avions le gouvernement que nous méritons. Nous aurions grandement apprécié de plus amples explications à ce sujet et surtout savoir si ce concept est applicable aux étudiants face à leur direction de programme. De plus, malgré que nous ne soyions pas réputés pour nos bonnes manières, nous trouvons inacceptable que notre représentant se permettre de mastiquer sa gomme sans aucune retenue même lorsqu'il s'adressait à nous au micro.

Nous trouvons également répréhensible le fait que les représentants de notre Faculté n'aient encore pris aucune position face à un événement d'une telle envergure et qui risque de bouleverser notre future profession. Probablement qu'ils attendent les positions officielles du gouvernement et de l'Ordre pour se fondre dans le paysage. En parlant de l'Ordre, Mme Gauthier s'en est tenue à des propos irréprochables lui permettant de défendre son organisation tout en évitant soigneusement de faire des vagues. Pour combler le tout, elle a fait preuve d'un grand intérêt pour la soirée en nous suggérant à tous, après seulement deux heures de débat, d'aller rejoindre notre lit qui nous manquait sûrement beaucoup!

Pour ce qui est de M. Lebel, il a sûrement réussi à nous convaincre de la qualité croissante de nos pratiques forestières, mais entre forestiers était-ce vraiment nécessaire? Quant à MM. Dulude et Gauvin, ils ont su mettre un peu de piquant dans les discutions grâce à leurs propos colorés, mais sans toutefois admettre qu'il y a un gros problème dans le milieu. M. Gauvin nous suggère d'arroser en surface le feu de tourbe, mais nous savons très bien que le problème est beaucoup plus important.

En somme, il devient évident à la suite de cette soirée que nous ne pouvons compter ni sur l'Ordre, ni sur la Faculté, ni sur le gouvernement pour répondre aux éminents assauts du public. C'est donc à nous futurs ingénieurs et ingénieurs forestiers de faire valoir notre profession au yeux du public et de faire en sorte que les changements qui s'imposent et qui s'imposeront dans un proche avenir répondent vraiment aux attentes de la société. C'est nous qui formerons sous peu l'AMBSQ, l'AIFQ, l'OIFQ, le MRN et les autres intervenants en milieu forestier!

SÉBASTIEN BÉRUBÉ et YVES PAQUETTE
Finissants en génie forestier


LA CHASSE AUX SORCIÈRES

Réplique à Marie-France Legault

Cela fait déjà longtemps que j'endure. Plume: "Quand la connerie éclaire le monde" Bon sang qu'il avait raison. Ainsi, Mme Legault voit des séparatistes partout. Je trouve très inquiétant de constater qu'il existe encore des gens aussi paranoïaques dans notre société.

Avez-vous déjà voyagé au Canada, chère Madame? Je n'en sais trop rien. Cependant, il m'apparaît assez évident que vous faites partie de ceux qui sont incapables de "vendre" le Canada en tant qu'entité unifiée. Que puis-je répondre à quelqu'un qui n'est capable que de vanter sa rentabilité du point de vue financier. Que somme toute, ça va bien? Je m'excuse mais jamais, ô grand jamais, je ne m'attarderai à quelque chose d'aussi superficiel. Qu'y a-t-il de mal à vouloir être soi-même? Car, voyez-vous, lorsque je me lève le matin, je ne me pose pas des millions de questions existentielles pour savoir qui je suis.

D'après ce que je peux déduire de vos lettres, vous ressemblez drôlement à une colonisée, incapable d'admettre que l'indépendance n'est pas seulement une idéologie de péquistes. Personnellement, je ne suis pas un péquiste, ni d'appartenance, ni d'engagement. Je suis moi-même et j'essaie de l'être le plus authentiquement possible.

Parfois, votre désarroi me fait pitié. Allons donc! Il ne s'agit pas de dépoussiérer le spectre de la Conquête. Comme dit le proverbe: "Qui n'avance pas recule". Si la majorité des Québécois pensait comme vous, le Québec n'irait pas loin. Sachez que je ne fais pas la chasse aux fédéralistes. Je ne suis qu'une personne parmi tant d'autres, avec ses convictions et son identité et je respecte les opinions de tous et chacun. Cependant, je ne peux pas supporter ceux qui ne respectent pas celles des autres. Que vous soyez fédéraliste, je m'en contrefiche et je n'ai aucun problème avec ça. Mais, de grâce, cessez donc de voir des complots séparatistes à chaque fois que quelque chose ne va pas.

Ceci étant dit, je ne me considère nullement comme un séparatiste, terme à forte connaissance péjorative employé à toutes les sauces et à tort et à travers. Je suis simplement MOI. J'ai le goût de vivre et de bien vivre. S'il y a une chose que je ne souhaite pas, c'est que la génération qui pousse s'interroge sur son identité, comme toutes celles qui ont précédé la nôtre au fil des décennies. En passant, je vais vous révéler un petit secret. En 1995, savez-vous ce que j'ai demandé comme cadeau d'anniversaire à mes parents? Un OUI, un simple OUI, un OUI gros comme ça. Un OUI, à la vie, un OUI collectif. C'est le plus beau cadeau que j'ai reçu, je crois, mis à part celui de m'avoir donné la vie et le privilège de grandir dans une bonne famille. Voilà pourquoi je me désole lorsque je lis vos lettres, chère Madame. Je ne suis pas un raciste ou un terroriste. J'aime simplement la vie et ma patrie.

MARC TARDIF
Québec