15 avril 1999

Black Label

Plus que jamais, il appartient aux jeunes africains d'être les acteurs du développement de leur continent

En Afrique, le développement doit correspondre à la réalité et aux besoins du continent et non pas à des schèmes venus d'ailleurs. Affaire de besoins avant tout, le développement de cette partie du monde passe par une prise de conscience de la jeunesse africaine qui doit comprendre que l'avenir lui appartient et qu'il n'en tient qu'à elle de faire avancer les choses de façon sensée et intelligente.

Telle est l'opinion qu'a émise Moussa Sarr, conférencier lors de la Journée réflexion-carrière organisée par la NAÉDA (Nouvelle Alliance pour l'Épanouissement et le Développement de l'Afrique), le 10 avril, au pavillon Paul-Comtois. Étudiant au doctorat en anthropologie et en sociologie de la santé, Moussa Sarr a invité l'auditoire - composé majoritairement d'étudiantes et d'étudiants africains - à observer une distance critique face aux structures inposées par les autres, en l'occurrence les Occidentaux: "Que veut-dire Internet pour un paysan africain, je vous le demande", a-t-il affirmé, avant d'ajouter que "le Soudan a même déjà reçu des tracteurs qui ne pouvaient rouler sur le sable".

"Arrêtons d'être des assistés, d'où que l'assistance vienne. À ce titre, je vous invite à couper le cordon ombilical et à être indépendants financièrement de vos parents. Le peu d'argent qu'il y a en Afrique, laissons-le donc en Afrique", a conclu Moussa Sarr, avant de lancer un vibrant appel à l'unité africaine, quelque soit le pays d'origine de ses habitants.

La conscience universelle
Autre conférencier, Jocelyn Tremblay, directeur général du Forum international des jeunes pour la francophonie, a pour sa part déclaré que "l'Afrique est pillée par l'Occident" et qu'il y a actuellement plus d'argent qui "sort" du continent africain qu'il n'en entre. "En matière de développement, nous n'avons pas de leçons à donner à personne. À cet égard, l'espérance de vie dans certaines régions de la Gaspésie est de sept ans moins élevée qu'à Outremont. Autre exemple: dans l'Est de Montréal, le taux de décrochage scolaire chez les garçons est de 50 %. Cette dernière donnée porte à réflexion, dans une économie axée sur le savoir."

Cette journée-réflexion carrière constituait l'une des premières activités de la NAÉDA, organisme qui rassemble une quinzaine d'étudiantes et d'étudiants africains des trois cycles. Créée officiellement le 11 janvier, la NAÉDA vise à éveiller la conscience universelle aux problèmes sociaux et économiques de l'Afrique et plus concrètement, à faire en sorte que les jeunes africains participent activement au développement de leur continent. Dans cette optique, la NAÉDA travaille actuellement à l'implantation d'un réseau de stages en Afrique. Le président d'honneur de cette activité était Gilles Breton, directeur du Bureau international de l'Université Laval.

RENÉE LAROCHELLE