18 mars 1999

Les psys plus efficaces que les somnifères

Modifier les habitudes de sommeil produit des effets bénéfiques durables contre l'insomnie

Bien que les somnifères soient efficaces, à court terme, pour régler les problèmes d'insomnie chez les personnes âgées, seuls les traitements psychologiques produisent des effets durables sur les habitudes de sommeil. Voilà la conclusion à laquelle arrivent le professeur Charles Morin de l'École de psychologie et ses collègues du Medical College of Virginia, après avoir testé trois méthodes contre l'insomnie. Les détails de leur étude sont publiés dans l'édition du 17 mars du Journal of the American Medical Association.

Les chercheurs ont comparé l'efficacité d'un somnifère fréquemment prescrit (temazepam), d'un traitement comportemental et d'une combinaison de ces deux approches pendant une période de deux ans chez un groupe de 78 insomniaques de plus de 65 ans. Le traitement comportemental consiste à corriger certaines croyances qui contribuent à amplifier les problèmes d'insomnie (qu'il faut dormir huit heures chaque nuit par exemple) et à corriger certaines habitudes. Parmi celles qu'il faut acquérir, mentionnons: aller au lit uniquement lorsqu'on se sent fatigué, utiliser le lit seulement pour dormir (ne pas lire, regarder la télé, manger ou réfléchir - faire l'amour est la seule exception autorisée!), sortir de la chambre à coucher si le sommeil ne vient pas après 15 à 20 minutes, et se lever à la même heure chaque matin peu importe le nombre d'heures dormies la nuit précédente. Les participants ont reçu huit séances de formation de 90 minutes, échelonnées sur huit semaines, pour s'initier à cette méthode.

Les pilules pour le court terme
Les trois approches ont produit des effets à court terme sur les habitudes de sommeil. Après deux mois, l'insomnie était disparue chez 78 % des participants soumis au traitement psychologique, chez 75 % de ceux soumis au traitement combiné et chez 56 % de ceux qui prenaient des somnifères. Un suivi des patients, effectué 12 et 24 mois plus tard, a révélé que les gains étaient maintenus chez les sujets soumis à l'approche psychologique mais pas chez ceux du groupe "somnifères seuls". Pour sa part, le traitement combiné a produit des résultats intermédiaires. "Les somnifères ont leur place dans le traitement à court terme de l'insomnie mais ils créent un problème de dépendance, prévient Charles Morin. À plus long terme, le traitement psychologique donne de meilleurs résultats."

L'insomnie est un problème de santé sous-traité, estime Charles Morin, même si elle a des répercussions importantes sur la santé physique et mentale ainsi que sur les rapports sociaux des individus qui en souffrent. Les problèmes d'insomnie chronique touchent entre 12 % et 25 % des personnes âgées en bonne santé. Pourtant, moins de 15 % des insomniaques chroniques ont déjà été traités et à peine 5 % des personnes souffrant de problèmes de sommeil ont déjà consulté un médecin spécifiquement à ce sujet. "La majorité des insomniaques préfèrent se soigner eux-mêmes alors qu'il serait important qu'ils aillent rapidement chercher de l'aide pour régler ce problème", estime Charles Morin.

Les Américains paient annuellement plus de 1 milliard de dollars pour s'endormir: 392 millions en médicaments prescrits, 84 millions pour des médicaments en vente libre et 566 millions pour de l'alcool pris dans le but d'induire le sommeil. Des sommes importantes vont également à la consultation de divers spécialistes: 474 millions du côté des médecins, 66 millions pour des psychologues, 41 millions pour des travailleurs sociaux et 9 millions pour des spécialistes du sommeil.

JEAN HAMANN