18 mars 1999

Piège pour femmes seules

Pour sa troisième production, la Troupe Opera Giocosa propose, en version abrégée, un opéra de Mozart sur l'infidélité amoureuse, Cosi fan tutte.

Les 19 et 20 mars, au Théâtre de la Cité universitaire, la Troupe Giocosa présente Cosi fan tutte ("Ainsi font-elles toutes"), célèbre opéra de Mozart écrit en 1790, un an avant la mort du grand compositeur, survenue à l'âge de 35 ans. Si on en croit Sébastien Ouellet, l'un des fondateurs de cette jeune troupe composée de diplômés de la Faculté de musique, le spectacle vaut largement le détour, ne serait-ce qu'à cause de la musique, tout à fait sublime: "Chanter cette musique constitue toujours un cadeau du ciel; on n'a qu'à écouter et on sait déjà comment chanter; c'est très inspirant."

Troisième opéra composé par Mozart sur un livret de Lorenzo da Ponte, librettiste des Noces de Figaro et de Don Juan, Cosi fan tutte porte sur le thème de l'infidélité des femmes. L'action se situe à Naples. Deux jeunes officiers, Guglielmo et Ferrrando, se sentent insultés par Don Alfonso, qui soutient que toutes les femmes sont infidèles par nature. Bien que les jeunes hommes assurent le contraire, Don Alfonso finit par les persuader de parier sur la vertu de leurs fiancées respectives, Dorabella (Marie-Josée Fortin) et Fiordiligi (Catherine-Élisabeth Loiselle). Ils s'arrangent donc pour partir, soi-disant en service commandé, mais en profitent aussitôt pour réapparaître travestis en Turcs. Chacun se met à courtiser la bien-aimée de l'autre. Après les premières résistances, les jeunes filles se laissent prendre au jeu et finissent par accepter la demande en mariage de leurs nouveaux soupirants. Au cours de la cérémonie nuptiale conduite par la soubrette Despina (Christine Bernard) déguisée pour l'occasion en notaire, Guglielmo et Ferrando réapparaissent, mais sans leurs déguisements cette fois. Les jeunes filles se rendent alors compte qu'elles sont tombées dans un piège.

Une oeuvre magistrale
"Afin de rendre le spectacle plus agréable pour le public, nous avons effectué quelques coupures dans l'opéra, précise Sébastien Ouellet. Alors que la version longue dure trois heures, la version abrégée, elle, est d'un peu plus de deux heures, ce qui a pour effet de resserrer l'action. Cosi fan tutte n'est pas forcément une comédie hilarante, mais les gens devraient bien s'amuser." "Le public non familier avec l'opéra y découvrira une oeuvre magistrale de beauté, alors que les personnes plus au fait y trouveront une adaptation très colorée, avec des costumes magnifiques et des éclairages spéciaux", affirme pour sa part Marie-Josée Fortin.

Pour la petite histoire, signalons que le sujet de Cosi fan tutte découlerait d'un fait divers authentique ayant alimenté la chronique mondaine à cette époque. La première représentation de Cosi fan tutte eut lieu le 21 janvier 1790, à Vienne, et reçut un accueil favorable. Malheureusement, le succès fut de courte durée car l'empereur d'Autriche Joseph ll mourut le 20 février et tous les théâtres furent fermés jusqu'à l'été en signe de deuil. Cosi fan tutte re prit ensuite l'affiche avec un raisonnable succès. Plus tard, le message rationaliste, les émotions feintes et la duperie n'eurent pas l'heur de plaire au public romantique du XIXe siècle.

"Avant tout, nous mettons l'accent sur notre vitalité, notre dynamisme et notre jeunesse dans cette production, révèle Catherine-Élisabeth Loiselle. Nous y avons mis tout notre coeur de chanteurs et de chanteuses qui aiment chanter et qui croient en ce qu'ils font. Tout est bénévole, notre seul salaire étant de chanter et de nous produire sur scène."

Fondée en 1997 par six bacheliers et bachelières en musique, la Troupe Opera Giocosa ("joyeuse", en italien) en est à sa troisième production. Avant Cosi fan tutte, le groupe a monté Don Juan de Mozart et Le mariage secret de Cimarosa. La direction musicale du spectacle qui sera présenté les 19 et 20 mars, à 20 h, au TCU, a été confiée à Marie-Andrée Paré. La mise en scène est de Marc Bégin et les artistes seront accompagnés au piano par Maurice Laforest. Billets en vente au secrétariat de la Faculté de musique, chez HMV Place Laurier et à la porte, les soirs de spectacle: 10 $ (étudiants) 6 $ (enfants de moins de 12 ans) et 14 $ pour les autres.

RENÉE LAROCHELLE