18 mars 1999

Derrière l'écran

L'épiderme est un piètre bouclier pour parer les assauts des rayons ultraviolets, démontrent des chercheurs de la Faculté de médecine.

Les lotions solaires joueraient un rôle encore plus important que ce que l'on croyait dans la prévention des cancers de la peau. En effet, contrairement à l'idée reçue dans ce domaine de recherche, les couches supérieures de l'épiderme ne bloquent pratiquement pas les rayons ultraviolets de type B (UVB) qui provoquent des mutations dans les cellules des couches plus profondes de la peau. Les écrans solaires constitueraient donc des barrières de grande importance pour parer les assauts des UVB contenus dans la lumière solaire.

Voilà ce que rapportent trois chercheurs de la Faculté de médecine, Jean-Philippe Therrien, Mahmoud Rouabhia, et Régen Drouin, ainsi que leur collègue montréalais Elliot Drobetsky, dans un récent numéro de la revue scientifique Cancer Research. Les chercheurs sont arrivés à cette conclusion après avoir mesuré les dommages causés à l'ADN de cellules cutanées exposées au rayonnement d'un simulateur de lumière solaire.

Pour des raisons éthiques évidentes, les chercheurs ne pouvaient exposer de véritables personnes aux rayons UV. Ils ont contourné le problème en mettant à profit l'expertise développée à l'Université en matière de culture cutanée. Grâce à des échantillons de peau cultivée in vitro, les chercheurs ont pu comparer les dommages causés aux cellules contenues dans des échantillons comprenant une seule couche à ceux d'échantillons comprenant toutes les couches de la peau. Résultat? Bien que les couches supérieures bloquent certains types de rayons UV, elles n'ont aucun effet protecteur contre les UVB responsables des cancers cutanés. Jusqu'à maintenant, les scientifiques présumaient que la couche supérieure de l'épiderme bloquait une partie importante des rayons ultraviolets de type B. Cet effet bouclier devait protéger les cellules plus profondes de la peau - celles qui se multiplient activement - des effets mutagènes des UVB.

Le fait que l'épiderme supérieur ne constitue pas une barrière efficace contre les UVB rappelle l'importance de ne pas s'exposer directement aux UVB ou de se protéger en utilisant régulièrement un écran solaire, insistent les chercheurs. "Il s'agit là d'un moyen de défense beaucoup plus crucial et efficace que ce que l'on croyait précédemment pour prévenir les cancers de la peau."

Au Canada, l'incidence du cancer de la peau a augmenté de plus de 5% annuellement entre 1970 et 1985. "Il semblait y avoir un plafonnement mais on observe maintenant une augmentation de 2% par année, rappelle Jean-Philippe Therrien. Environ 50 000 nouveaux cas de cancer de la peau sont diagnostiqués chaque année au pays. Même si les gens sont maintenant plus sensibilisés, il faudra un certain temps avant que les statistiques n'en témoignent parce que la période de latence entre l'exposition aux UV et l'apparition d'un cancer peut durer de 20 et 30 ans.".

JEAN HAMANN