4 mars 1999

LE COURRIER

UNE ANTINOMIE: SCIENCE CRÉATIONNISTE

Deux événements ont récemment pris place sur notre campus, organisés par un groupe qui se nomme "Campus pour le Christ". Le premier était un débat sur "L'origine de la vie" et le second une conférence sur "L'évolution de l'homme". Dans l'un comme l'autre cas le conférencier invité, Lawrence Tisdall, fondateur de l'"Association de science créationniste du Québec", s'est limité à la présentation des erreurs passées de la science et des questions non encore résolues. Il a ainsi exprimé son doute sur la méthode scientifique pour en tirer des conclusions créationnistes car "on ne peut expliquer scientifiquement l'origine de la vie" et "le premier couple humain est apparu sur terre il y a 6000 ans dans le jardin", non descendant d'ancêtres préhominiens mais ex nihilo, comme Minerve sortie tout armée de la cuisse de Jupiter.

Lors du débat, le point de vue de la science a été présenté par Cyrille Barrette, professeur de notre université. Il a fait toucher du doigt que la méthode des conférenciers "créationnistes" consiste à faire ressortir les points encore obscurs de la science et à jeter ensuite le discrédit sur tout le processus scientifique (1). Les scientifiques sont les premiers à savoir qu'en effet l'émotion joue une part non négligeable dans le processus de découverte scientifique mais qu'en définitive, à long terme, la science demeure rationnelle. On pourra redécouvrir la lucidité des scientifiques sur eux mêmes dans l'ouvrage magistral de T. S. Kuhn (1970). Après tout c'est bien à des scientifiques qu'on doit les doutes mêmes entourant l'origine de la vie et les incertitudes sur les "chainons manquants".

Mon propos ici n'est pas d'argumenter sur les bases des affirmations des créationnistes (2); les lignes qui précèdent visent simplement à situer le débat. Mon propos est ailleurs. Le terme même de "science créationniste" est absurde autant d'un point de vue scientifique que d'un point de vue chrétien. La science est le partage de données évidentes puis l'usage de la raison afin d'organiser ces évidences et de nous comprendre nous-mêmes et le monde qui nous entoure. Sur la nature de la science on pourra lire avec profit l'excellent livre de J.-R. Roy (1998). La notion de foi sous-entend une humble acceptation de nos limites et la considération que la nature humaine possède au moins deux facettes, ou dimensions, dont l'une est rationnelle et l'autre qui ne l'est point est faite de confiance. Ces deux facettes coexistent, ou peuvent coexister, en nous mais sont incommensurables. On peut être chrétien et scientifique mais, d'un point de vue juif et chrétien, vouloir raisonner la foi est contraire à toute la révélation biblique qui dit que Dieu est inconnaissable et caché à la raison. Cette dichotomie est exprimée de façon imagée ou explicite à chaque page de la Bible, le nom propre de Dieu n'est pas prononçable, le fruit de la connaissance est incompatible avec le maintien au jardin d'Éden (Gen. 3:5), Moise ne peut contempler le buisson ardent où se tient Dieu (Exo. 3:6), Élie se voile la face lorsque passe la brise divine (Rois 19:11-13), Jésus Christ évite sans cesse la publicité (ex.: Mat. 16:20; Mat. 17:9; Luc 8:22; Jean 20:29; etc.).

Vouloir rationaliser la foi est donc une erreur. De même, encore d'un point de vue chrétien, vouloir inféoder la science à des croyances religieuses en est une autre. Cette tentation n'est pas nouvelle elle a déjà été dénoncée par des chrétiens éclairés il y a un siècle: "Il est de toute nécessité d'enseigner [...] que la Bible, autorité en matière de foi, n'a pas ce caractère dans les autres domaines de la connaissance; en particulier, elle n'est pas une révélation géologique ou astronomique. L'inspiration littérale fait courir les plus graves dangers à la religion; elle conduit l'homme à douter de la véracité divine ou de son omniscience en présence des contradictions et des erreurs matérielles contenues dans les Saintes Écritures. Lorsque dans l'ordre naturel un fait dûment constaté contredit une donnée biblique, celle-ci doit être rejetée car les faits sont aussi une parole de Dieu" (Cabanac 1901). L'erreur créationniste a donc été reconnue il y a bien longtemps; c'est une ingérence religieuse dans la science, aussi dépourvue d'intelligence qu'en son temps celle du Pape contre Galilée (3). Le créationnisme est une notion religieuse (4). L'évolutionnisme est une notion scientifique. On porte gravement préjudice à la science comme à la foi en mélangeant les genres.

MICHEL CABANAC
Professeur au Département d'anatomie et physiologie

Cabanac, P. 1901. Un prédicateur protestant du XVIIe siècle, Michel Le Faucheur. Montauban: Imprimerie administrative & commerciale J. Granié.

Kuhn, T. S. 1970. The structure of scientific revolutions. Chicago: University of Chicago Press.

Roy, J. R. 1998. Les héritiers de Prométhée. Québec: Presses de l'université Laval.

1) Au passage, le représentant du créationisme n'a pas hésité à sous-entendre de façon répétée que bien des scientifiques ont une motivation sordidement financière à la propagation de leurs idées. Avec de tels arguments les créationistes s'exposent à se faire poser des questions sur leurs propres motivations (voir Matt. 7:2).

2) Encore que le discours de L. Tisdall prête le flanc à de nombreuses critiques sur le plan scientifique strict. Par exemple il y a plus de trente ans on n'expliquait pas plus que maintenant comment les acides aminés fonctionnels des organismes vivants étaient exclusivement lévogyres, alors que la représentation géométrique pouvait laisser penser que les D-amino acides auraient pu, eux aussi, trouver place dans le monde vivant. Les scientifiques expliquaient dans les années soixante que cela venait sans doute d'une synthèse propre à la matière vivante qui ne savait faire que des L-amino acides et les créationistes y voyaient une preuve de l'intervention créatrice de Dieu. Puis en 1968, Stanley Miller s'est amusé à faire éclater des bombes avec de l'hydrogène, du carbone ou du méthane, et de l'azote; il a fini par faire une synthèse in vitro de quelques acides aminés et, stupeur, ils étaient tous lévogyres.

3) En outre, les créationistes de maintenant n'ont même pas l'excuse de la responsabilité politique du Pape d'antan.

4) Il conviendrait aussi de distinguer foi, religion et théologie mais, comme dirait Kipling, cela est une autre histoire.


TRAITEMENT DE CANAL DE COMMUNICATION

Un article récent du journal Le Soleil a décrié la piètre qualité du français de certains documents produits à l'Université. Bien que cet article affiche un caractère quelque peu caricatural, il n'en demeure qu'il nous interpelle.

Dans le cours GEL-64324 Rédaction et présentation scientifiques que je dispense, un message capital que je cherche à transmettre est le suivant. lorsque qu'une personne lit un texte, surtout si elle a beaucoup d'expérience, deux processus parallèles s'exécutent. Le premier est la lecture elle-même, directe, évidente. Le second est le développement du modèle mental que se fait le lecteur de l'auteur(e). Typiquement ce second - méta - niveau est incomparablement plus important que le premier car c'est celui qui fixe la représentation que le lecteur se donne de l'auteur.

S'agit-il d'une personne compétente, engagée ou superficielle? S'agit-il d'un projet soigneusement orchestré ou de conception confuse? La lecture d'un texte fournit un rayon X des éléments de personnalité qui transcendent le plus souvent l'importance du contenu lui-même. Ceci vient de ce que l'accès à la simple information - le premier niveau de lecture - est maintenant tellement aisé avec les nouvelles technologies qu'il en est banalisé. Alors que nous sommes soumis au barrage de la surcharge informationelle, ce n'est plus la quantité qui compte mais (presque) uniquement la qualité. De plus en plus, le véritable défi de la communication se joue donc au second niveau: non pas tellement de son contenu propre mais de ce qui en émane.

Ce qu'il faut savoir aussi c'est que l'élaboration de ce modèle mental s'effectue rapidement, pour ne pas dire instantanément, dès les premières pages, paragraphes ou minutes. C'est cette impression qui conditionne l'ouverture du canal de la lecture directe; c'est ici l'aphorisme bien connu: "Il n'y a pas de seconde occasion de faire bonne première impression".

La qualité de la langue participe évidemment de manière essentielle à ces mécanismes. Car il n'y a pas d'intelligence sans langue. C'est uniquement par la maitrise du sens et de l'organisation des mots que nous sommes capables de conceptualiser. C'est d'ailleurs seulement au moment où un mot nouveau est créé (par exemple sous forme d'un acronyme, ce qui est tant à la mode de nos jours) que la "chose" commence à véritablement exister dans un espace mental que nous pouvons échanger et partager.

Si je trouve une ou deux fautes d'orthographe dans un document, je me dis que ce n'est pas bien grave et je les ignore. Mais si dans une proposition où un rapport conséquents j'en trouve une moyenne de 10 par paragraphe, ou si je détecte le même mot utilisé à répétition, où si je constate un style purement narratif alors qu'un style analytique s'impose, où si je demeure enlisé dans l'interface personne-machine confuse d'un site www, alors je sais tout de suite que je n'ai pas, derrière le papier, l'acétate ou l'écran, une personne qui aime le travail bien fait, qui possède un esprit cohérent et en qui je peux avoir confiance.

Dans un premier temps, la présence de quelques erreurs de frappe dans un message n'est que du bruit dans le canal, sans grande conséquence. Passé un certain seuil, il y a changement de phase, et l'accumulation des erreurs - orthographiques, sémantiques, structurales - n'est plus attribuable au canal. Force est de les relier à l'émetteur. Alors celui-ci disparait et la communication est brisée. Ce seuil dépend des circonstances mais il est sûr que notre responsabilité comme professeur(e)s exige de montrer par l'exemple les plus hauts standards à cet égard. De l'article cité, je devine que ce professeur multiplie les fautes; mais je suis surtout porté à croire qu'il est un bien mauvais maître. Et voila qui est inquiétant.

Pour finir sur une note positive, j'ai à maintes occasions eu des rapports proches avec des étudiants qui étaient terriblement déficients en ces matières. Ce n'était guère de leur faute; il n'avaient jamais eu l'occasion de véritablement écrire: 20 ans à souffrir des test objectifs, ça vous vermine un cerveau de méchante manière. Mais j'ai pu aussi pu fréquemment observer qu'une fois qu'ils avaient pris conscience de leur lacune, ils avaient pu la corriger pour éventuellement atteindre un niveau fort correct. De cette expérience je conclus que notre défi n'est pas tant de montrer la belle langue et l'expression correcte que d'en faire saisir l'importance et de développer le zen du travail bien fait. Au fond il n'estpas ici question de connaissance mais de valeurs personnelles et de respect de soi.

N'est-ce pas d'ailleurs, lorsque l'on en établit le grand bilan, le propre d'une véritable formation universitaire qu'elle inculque à jamais des valeurs de cet ordre? Et aussi de faire réaliser que l'apparence a de l'importance car l'apparence, en ce monde turbulent et instantané,.... c'est la réalité.

J'espère que les auteurs des documents cités dans Le Soleil se sont reconnus et qu'ils se mordent un peu les lèvres pour nous avoir ainsi fait bien honte.

DENIS POUSSART
Professeur
Département de génie électrique et de génie informatique


MAUVAIS VIRAGE ET FAUSSE ROUTE

Samedi matin, 13 février, 8 h. Réveil brutal. À Radio-Canada, la première manchette de ce bulletin de nouvelle m'apprend que, désormais, les personnes inscrites dans les programmes des Sciences de l'administration de l'Université Laval devront faire la preuve de leur connaissance de l'anglais pour obtenir leur diplôme! Qui plus est, on semble saluer cette mesure comme un incontournable pour s'assurer que le diplôme soit "compétitif". Et d'y aller du témoignage d'un cadre québécois en poste chez McCain's aux États-Unis qui explique les mérites d'être bilingue et même trilingue!

Qui niera que le fait d'être bilingue, voire polyglotte, ne constitue pas un atout important dans la vie professionnelle, si ce n'est dans l'ouverture d'esprit tout simplement? Comment imaginer que les chefs d'entreprises et les cadres francophones qui ont doté le Québec de leviers économiques majeurs n'aient pas dû ajouter au moins l'anglais à leur langue initiale de travail? Et ces hommes et ces femmes n'ont pas attendu qu'on les y force via l'obtention d'un diplôme d'une université québécoise pour le faire. Cela va sans dire lorsqu'on plonge dans un univers, celui de la haute finance et du commerce, construit dans le sillage hégémonique des États-Unis.

Mais confondre excellence de la formation, "compétitivité" dans l' économie du savoir et obligation de délivrer des diplômes seulement si on fait état de sa compétence en anglais, manifeste à l'évidence une incapacité de faire les distinctions qui s'imposent dans les situations sociale et politique qui prévalent au Québec.

Je vois déjà les autres facultés du campus qui, l'esprit grégaire aidant, se précipiteront sur cette idée géniale pour la revendiquer à leur tour. Faut-il avoir si peu confiance en soi, en nos institutions, pour nous sentir obligés d'adopter des mesures aussi simplistes et à courte vue? Je trouve personnellement aberrant qu'une université francophone impose des conditions de réussite académique qui contribuent directement à renforcer l'hégémonie anglo-américaine au Québec. Et que les autorités de la Faculté des sciences de l'administration semblent prêtes à chanter en choeur les mérites d'une telle orientation devrait constituer un avertissement sur ce qui risque de se produire d'ici peu dans la plus ancienne institution universitaire francophone d'Amérique.

SERGE GENEST
Professeur au Département d'anthropologie



POUR UNE "UNIVERSITÉ D'ÉTUDIANTES ET D'ÉTUDIANTS"

Monsieur le recteur, récemment, lorsque vous avez présenté le document Les mesures de rétablissement de la situation financière, vous avez insisté sur la nécessité de donner un important coup de barre afin d'éviter que le déficit financier actuel ne se transforme en "déficit intellectuel". Vous avez alors annoncé d'importantes baisses dans le budget du personnel enseignant associé et auxiliaire, tout en insistant sur votre vision d'une "université de professeurs". Vous pouvez aisément concevoir que de telles orientations sont à même de semer l'inquiétude chez les chargées de cours à votre emploi. Par conséquent, le Syndicat des chargées et chargés de cours de l'Université Laval croit que s'impose une mise au point publique de votre part.

Monsieur Tavenas, vous n'êtes pas sans savoir que de multiples discours véhiculent des préjugés éculés selon lesquels la qualité de l'enseignement universitaire serait inversement proportionnelle à la quantité de chargés de cours sous contrat. Si l'on se fie à vos prises de positions récentes, il n'y a qu'un pas à franchir, et nombreux sont ceux qui le franchiront, pour croire que vous partagez ces opinions peu flatteuses à notre égard. Or, s'il est une chose que nous attendons de notre recteur, c'est bien plutôt qu'il fasse l'éloge de l'ensemble du corps enseignant tout en assoyant solidement, par le fait même, la bonne réputation de notre université.

Il vous incombe donc de rétablir les faits. Par exemple, à celles et ceux qui nous croient en pleine prolifération, vous pourriez rétorquer que les chargés de cours ne donnent, en moyenne, que 20 % des cours au premier cycle. D'ailleurs, l'occasion serait bonne d'expliquer les difficultés que l'Université Laval rencontrerait si ce pourcentage venait à diminuer. Ainsi, notre université est bel et bien une "université de professeurs", du moins si on la compare aux composantes du réseau de l'Université du Québec où 50 % à 60 % des cours au premier cycle sont donnés par des chargés de cours.

Vous pourriez également en profiter pour faire comprendre à tous qu'il est possible d'enseigner à l'université à titre, notamment, de chargé de travaux pratiques, de responsable de formation pratique, d'étudiant de deuxième ou de troisième cycle, d'attaché de recherche ou encore de professeur associé ou invité. En fait, on confond souvent les chargés de cours avec une pléthore de personnels enseignants au statut mal défini, ce qui explique sans doute pourquoi on pense nous voir partout alors que la proportion de chargés de cours demeure relativement stable.

Ces précisions étant apportées, vous pourriez ensuite vous attaquer au mythe de notre incompétence, un mythe aussi tenace que sans fondement. D'abord, il serait utile de rappeler que les chargés de cours qui enseignent à l'université sont sélectionnés soigneusement en fonction de critères d'engagement établis par les professeurs. Il ne vous sera pas facile d'expliquer la logique qui prévaut lorsque l'on dénigre un personnel enseignant trié sur le volet par nos éminents collègues! Cela vous sera d'autant plus ardu que vous avez personnellement constaté l'excellence de la prestation d'un chargé de cours en communication publique, lors de votre récente expérience d'étudiant d'un jour. Or, vous savez très bien que l'évidente compétence de ce chargé de cours constitue la règle plutôt que l'exception.

Ensuite, il faudrait insister sur le fait que les conditions pour lesquelles on fait appel aux services d'une personne chargée de cours sont clairement énoncées dans la convention collective des professeurs. En effet, par le biais des assemblées d'unités, ce sont nos collègues professeurs qui déterminent s'il y a lieu d'engager un chargé de cours, à forfait ou "à part de temps", et qui définissent sa charge de travail. Monsieur le recteur, vous avez donc la responsabilité de préciser que le nombre de chargés de cours sous contrat est fonction de la volonté qu'ont les professeurs de partager leur tâche avec nous.

Puisque les chargés de cours sont présents depuis toujours à l'Université Laval, force est de constater que nous sommes utiles au corps professoral et nécessaires au bon fonctionnement de cette institution. Nous ne croulons cependant pas sous le poids de la reconnaissance de nos collègues enseignants ni de celle de l'ensemble de la communauté universitaire. Sans doute ne veut-on pas faire insulte à notre modestie. Qu'en pensez-vous, monsieur Tavenas ?

Toutefois, si vous prenez le beau risque de heurter notre humilité, laissez-nous vous guider quelque peu. Dites sans tarder que les chargés de cours de l'Université Laval tiennent à ce point à la qualité de l'enseignement, qu'ils ont enchâssé, dans leur récente convention collective, le canevas d'une réelle et juste politique d'évaluation de l'enseignement. Dites aussi que les chargés de cours sont nombreux à détenir des doctorats, à s'impliquer dans la recherche, à publier, à rayonner dans leur domaine d'enseignement et à se mériter des honneurs. N'oubliez surtout pas de mentionner que pour peu qu'on leur ouvre la porte, ceux-ci s'empressent de siéger aux différentes instances facultaires ou supra-facultaires et font ainsi profiter l'ensemble de la communauté lavalloise de leur expertise toute particulière.

Vous pourriez continuer sur votre lancée et clamer haut et fort que les personnes chargées de cours sont, d'année en année, toujours plus nombreuses à participer à des projets de perfectionnement et d'innovation pédagogique, ainsi qu'à des ateliers de pédagogie universitaire. Elles le font dans l'enthousiasme, de leur propre chef, sans même l'assurance d'enseigner à la session suivante. Cela doit se savoir non ?

En début de mandat, vous disiez souhaiter le développement d'un sentiment d'appartenance chez l'ensemble des personnels de l'Université Laval. Quelques compliments bien sentis de votre part nous aideraient sûrement à continuer de travailler sans relâche, en étroite collaboration avec les divers et nombreux personnels de notre institution d'enseignement, à l'élaboration d'une université mieux adaptée encore à son époque et à sa société.

Disons pour conclure qu'à la différence de vous, monsieur Tavenas, c'est une "université d'étudiantes et d'étudiants" que nous souhaitons, plutôt qu'une "université de professeurs". Nous ne croyons pas qu'une institution d'enseignement a pour but premier de s'adapter au profil de carrière des personnes qui y enseignent. Nous voulons une université axée d'abord et avant tout sur l'excellence de la formation offerte aux personnes qui la fréquentent et sur les responsabilités à cet égard des personnes qui y oeuvrent.

Je vous prie de recevoir, monsieur, l'expression de mes sentiments les meilleurs.

LOUISE DOUCETT
Présidente
Syndicat des chargés et chargées de cours de l'Université Laval


NOUS AVIONS LA SOLUTION, VOUS L'AVEZ REJETÉE!

Récemment, le recteur annonçait son plan de compressions budgétaires pour venir à bout du déficit astronomique de l'Université. Vint par la suite l'annonce de la Faculté des sciences sociales de couper 870 000 $ dans les services offerts à la population étudiante ainsi que dans les postes de professeurs et de personnel de soutien. Nous devons nous demander pourquoi il en est ainsi.

Les frais de scolarité sont gelés depuis 1994 et l'argent donné aux universités ne cesse de diminuer depuis l'entrée de Lucien Bouchard en politique québécoise. Souvenez-vous du mouvement étudiant de 1996 alors que les étudiants des universités et cégeps se sont mobilisés pour le gel des frais de scolarité. Une chose échappait alors à ces jeunes: le gouvernement du Québec ne pourra geler les frais de scolarité indéfiniment et, parallèlement, investir dans le système éducationnel québécois. En effet, le gel des frais de scolarité a fait un trou dans la colonne des revenus des universités. Par la suite on se demande comment les universités peuvent se moderniser sans porter atteinte à la vie étudiante.

Souvenez-vous de la dernière campagne électorale pendant laquellle le premier ministre Bouchard a annoncé en grande pompe le gel des frais de scolarité s'il était reporté au pouvoir. En réplique, le recteur Tavenas s'est prononcé contre ce gel, faisant valoir le point du sous-financement des universités. Souvenez-vous des promesses libérales où le plan d'éducation avait été fait en collaboration avec la Commission Jeunesse, que le CLÉ (Comité Libéral Étudiant) représente sur le campus, la FECQ et la FEUQ - eh oui! Ce plan, partie imposante de la plateforme électorale libérale, consistait en un arrêt imminent des compressions et en un réinvestissement immédiat dans l'éducation québécoise. Il proposait également l'indexation des frais de scolarité à l'indice des prix à la consommation, mesure qui est en vigueur pour le salaire des employés et professeurs ainsi que pour les prix de la nourriture et des livres que vous achetez. Pourquoi alors ne pas considérer les frais de scolarité indexés (environ 16 $ de plus par année d'après l'IPC moyen des dernières années) comme solution, qui nous apparaît raisonnable? Des explications s'imposent.

Celles que nous avons eues de la part des instigateurs du mouvement Bloc Orange sont assez vagues, du genre: "C'est inadmissible que les étudiants aient à payer 8 $ de plus par trimestre". Paradoxalement, les partys et les 5 à 7 sont très à la mode et nous ne croyons pas que ces activités aient des problèmes d'achalandage. Une profonde réflexion est nécessaire. Nous ne disons pas que nous, le CLÉ-Laval, sommes contre le Bloc Orange et ses diverses manifestations, mais plutôt contre l'incohérence de ses actions. Manifester contre les coupures est louable, mais manifester en faveur du gel des frais est contradictoire. En ayant préféré un parti qui prônait ce gel et aucune mesure concrète pour l'amélioration des conditions étudiantes dans les universités, vous récoltez ce que vous avez semé.

VÉRONIC MARTIN
Comité libéral étudiant (CLÉ) de l'Université Laval


UN TIÈDE ÉCHAUDÉ

"On est locataire/ D'un sous-sol ou d'un balcon/ Mais le loyer coûte trop cher / On va s'bâtir une maison." - Georges Dor, Pays et paysages. Bien que j'aie toujours convenu que l'idée d'indépendance du Québec n'était pas en soi un sot projet, et qu'il pouvait même y avoir d'excellentes raisons de la faire, j'avoue néanmoins que je suis toujours demeuré assez tiède face à cette éventualité. Or je dois bien admettre qu'avec le dernier budget fédéral, j'ai l'impression fort claire que c'est, dans la spécificité québécoise (et les pouvoirs qui lui sont propres), un véritable coup de bélier géant que l'on vient de donner. Geste agresseur sans précédent, si on excepte la Loi des mesures de guerre en 1970. Et en cela, acte derechef quasi militaire. C'en est trop.

Le fédéralisme concerté, dont se targue abondamment M. Stéphane Dion, est décidément une vue de l'esprit. Sinon un mensonge attesté. J'avais l'âge d'aller aux urnes en 1970, en 1980. En 1995 aussi... J'ai passablement tergiversé dans ma "carrière" politique personnelle. J'ai plus d'une fois "annulé mon opinion", moins carrée que les options présentées. Mais dans les derniers jours, quelque chose a changé. A cassé. M. Bouchard, redonnez-moi bientôt la chance de réparer mes erreurs. Pour mes petits enfants. Qui m'appellent LEG(s)...

Tiède certes, mais pas de bois.

LOUIS-ÉMILE GELINAS
Travailleur de l'Université


LE "FIL" FAIT LA PROMOTION DU TABAGISME

C'est avec étonnement que j'ai appris que l'hebdomadaire de l'Université Laval avait accepté de promouvoir le tabagisme en publiant de la publicité de cigarette dans son dernier numéro. L'Université est-elle a ce point dépourvue de ressources qu'elle doit s'abaisser à faire la promotion d'un produit qui cause la mort de 12 000 personnes chaque année au Québec? À quand la publicité sur les fusils, les grenades et les mitraillettes? Les personnes qui décident du contenu du journal Au fil des événements sont-elles à ce point mal informées qu'elles croient que la publicité de cigarette est inoffensive? Car c'est de publicité de cigarettes dont il s'agit, une publicité déguisée sous un enrobage de commandite. On se serait attendu à beaucoup mieux du journal d'une maison d'éducation de qualité qui vient de voir ternir sa réputation.

MARIO BUJOLD
Directeur général
Conseil québécois sur le tabac et la santé


PROMOTION DU TABAGISME: LE "FIL" NE DOIT PAS FAIRE DE COMPROMIS

Je déplore la décision prise par le journal Au fil des événements d'accepter de diffuser de la publicité en faveur des compagnies de tabac. Je comprends sans difficulté que le Fil, surtout en ces périodes d'austérité, doive compter sur des revenus de publicité pour assurer sa diffusion. Cependant, le Fil, à titre de journal de l'Université Laval, ne devrait jamais accepter de compromis quant à la qualité et à la teneur des messages publcitaires qu'il diffuse. Ces messages ne doivent pas aller à l'encontre de la responsabilité sociale et du rôle d'éducation de notre Université. À titre de médecin, spécialiste en santé communautaire, chercheure du domaine de la santé et membre du Département de médecine sociale et préventive, je ne peux ignorer les méfaits que cause la consommation du tabac dans notre société et les conséquences néfastes pour la population étudiante de la publicité sur les produits du tabac. Le journal Au fil des événements est lu avec intérêt par l'ensemble de la communauté universitaire. C'est un journal apprécié, que nous souhaiterions continuer à respecter. J'espère vivement que la direction du journal saura reconsidérer sa décision de permettre la publicité sur le tabac dans ses pages.

SYLVIE MARCOUX
Vice-doyenne à la recherche et aux études avancées
Faculté de médecine


LE "FIL" GANGRENÉ PAR LE CARTEL DE LA NICOTINE

Le jeudi 11 février dernier, Mme Patricia Henley qui venait d'obtenir d'un tribunal de Californie, une indemnité de 51,5 millions de dollars pour le cancer du poumon que lui a apporté la cigarette Marlboro, annonçait qu'elle ne pouvait se résoudre à toucher l'argent du sang et qu'elle remettait cette somme à un organisme combattant la propagation du tabagisme chez les jeunes. Le même jour, l'hebdomadaire de l'Université Laval, connu pour n'être lu que dans les hospices, consacrait environ le quart de l'espace publicitaire de son numéro 20, à de la réclame de cigarette. On a les scrupules qu'on peut! Faut-il plaindre le Fil ou bien le mépriser?

FERNAND TURCOTTE
Professeur au Département de médecine sociale et préventive