18 février 1999

Sous-financement du réseau

Des universitaires crient au secours

Soixante chercheurs et créateurs québécois de haut niveau, ayant reçu au cours des dernières années un Prix du Québec ou un des prix de prestige remis annuellement par l'Acfas, ont envoyé la semaine dernière une lettre au premier ministre Lucien Bouchard, dans laquelle ils rappellent que les universités québécoises sont "dans une situation critique" et que le Québec "glissera irrémédiablement vers la marginalité et un appauvrissement collectif" si le gouvernement ne réinjecte pas de fonds dans le réseau après l'avoir soumis à de forte compressions, de l'ordre de 500 millions de dollars, depuis cinq ans.

"Si la dégradation des universités devait se poursuivre, les prochaines générations de jeunes Québécois et Québécoises, mal formés par un sytème universitaire suranné, seraient incapables de faire face à la concurrence nord-américaine, écrivent ces universitaires et artistes éminents, en déplorant principalement le non-remplacement des professeurs qui nuit à une transmission du savoir qui soit de niveau universitaire et qui pourrait mener, selon eux, "à la destruction d'équipes de recherche et d'enseignement dont la mise en place avait demandé des dizaines d'années d'efforts".

Plusieurs professeurs et chercheurs de l'Université Laval figurent parmi les signataires de cette lettre: Pierre Borgeat (médecine), Germain J. Brisson (sciences de l'agriculture et de l'alimentation), Rodolphe De Koninck (géographie), Serge Kaliaguine (génie chimique), Nabil Khoury (finance et assurance), Jacques Leblanc (médecine), Louis Legendre (biologie), Vincent Lemieux (science politique), André Parent (médecine) Paul-Hubert Poirier (théologie et sciences religieuses), Mircea Steriade (médecine), Robert E. Prud'homme (chimie) et Henri Dorion (géographie).

En sciences de l'éducation
Un autre groupe d'universitaires, tous de la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université Laval, ont, eux aussi, fait parvenir, la semaine dernière, une lettre ouverte au premier ministre du Québec, pour lui rappeler qu'"après la justice, l'éducation est notre plus grand bien commun" et s'inquiéter de voir l'État québécois prendre "le virage officiel des inquiétudes économiques" en matière d'éducation.

"Le bogue des "inquiétudes" est rendu à l'Université, monsieur le premier ministre, que les compressions budgétaires et une mentalité de plus en plus affairiste et comptable sont en train de vider de son sens, de détourner de sa mission", déplore le professeur Lucien Morin, au nom de 43 de ses collègues, en rappelant que l'université est demeurée, depuis au moins mille ans, "un phare lumineux et sécurisant sur notre horizon culturel, au service des personnes et des communautés"

"Comme vous, monsieur le premier ministre, nous sommes surpris, un peu décontenancés même, face aux nouvelles exigences de notre monde mondialisé, à la nécessité des ajustements multiples, des revisions de valeurs, des efforts collectifs, etc. Et nous craignons les débordements. Faut-il absolument que notre dignité et notre souveraineté de peuple tiennent si entièrement à l'éphémère infini de ses "inquiétudes économiques"? Faut-il que le nouveau à construire oblige à faire l'économie de toute sagesse?"

On trouvera, en page 8, le texte intégral de la lettre des professeurs de la Faculté des sciences de l'éducation au premier ministre Lucien Bouchard.