18 février 1999

Un bébé après le cancer

Première nord-américaine: sept femmes ont tiré profit d'une nouvelle technique chirurgicale pour donner naissance à un enfant après un cancer du col de l'utérus.

Grâce à une nouvelle technique chirurgicale, des femmes peuvent être traitées pour un cancer du col de l'utérus tout en conservant la possibilité d'avoir des enfants. Entre 1991 et 1998, cette chirurgie a été pratiquée chez 30 patientes québécoises par le professeur Michel Roy, du Département d'obstétrique et de gynécologie et par sa collègue Marie Plante. Six de ces patientes ont par la suite tenté d'avoir un enfant et chacune d'elles y est parvenue, rapportent les deux médecins dans le numéro de décembre de l'American Journal of Obstetrics and Gynecology. Un septième enfant est né depuis la publication de l'article, signale également Michel Roy.

Auparavant, toutes les femmes atteintes d'un cancer du col recevaient un traitement standard: ablation de l'utérus combinée à des traitements de radiothérapie, supprimant ainsi toute possibilité de grossesse. "La technique que nous utilisons constitue la meilleure nouvelle depuis bien longtemps pour les jeunes femmes atteintes du cancer du col de l'utérus, estime Michel Roy. C'est la seule méthode qui permet de traiter ce cancer tout en préservant la fertilité des patientes. La première femme chez qui nous l'avons pratiquée n'avait que 22 ans. Lorsque nous lui avons parlé de la possibilité de l'opérer tout en conservant son utérus, elle a accepté avec un grand soulagement. Notre but premier est de traiter le cancer, insiste le médecin, mais, dans certains cas bien choisis, il est également possible de préserver la fertilité des patientes." Le taux de récidive du cancer suite à cette chirurgie atteint 5 %, un taux comparable à celui obtenu avec le traitement standard.

Première nord-américaine
Les enfants nés suite aux interventions pratiquées par les médecins Roy et Plante sont les premiers à voir le jour en Amérique du Nord grâce à la chirurgie mise au point par le médecin français Daniel Dargent. Michel Roy s'est initié à cette technique lors d'une année sabbatique effectuée à Lyon en 1990. Pour l'instant, le professeur Roy et Marie Plante sont les seuls médecins à pratiquer cette intervention au Québec. Depuis quelques mois, des médecins canadiens, américains et japonais effectuent des stages à l'Hôtel-Dieu afin d'apprendre les rudiments de cette chirurgie à leurs côtés.

Les interventions, pratiquées au pavillon Hôtel-Dieu du CHUQ, durent près de cinq heures en moyenne et nécessitent une hospitalisation de quatre jours. Jusqu'à présent, l'âge moyen des patientes opérées est de 32 ans. "Il importe de bien sélectionner les femmes à qui on offre cette chirurgie, signale Michel Roy. Il faut que les patientes veuillent conserver leur fertilité et qu'elles n'aient démontré aucun signe d'infertilité dans le passé. En plus, le cancer doit encore être à un stade peu avancé" (tumeur de 2 cm ou moins). Les femmes qui désirent avoir un enfant par la suite n'ont besoin d'aucune assistance médicale particulière pour y parvenir. Les accouchements doivent cependant être pratiqués par césarienne.

JEAN HAMANN