11 février 1999

Cancer du sein: un mythe s'écroule

Les problèmes conjugaux et de séparation après un cancer du sein surviendraient principalement chez les couples qui éprouvaient déjà des difficultés

La croyance populaire, alimentée par les magazines féminins, qui veut que plusieurs hommes quittent leur conjointe lorsqu'elles sont atteintes d'un cancer du sein serait un mythe. C'est ce que viennent de démontrer des chercheurs du Groupe de recherche en épidémiologie en comparant le taux de séparation de 295 femmes qui ont eu un cancer du sein à celui de 8 600 femmes choisies au hasard dans la population québécoise. "Nos données indiquent que le taux de séparation à court et à long terme n'est pas plus élevé chez les femmes qui ont eu un cancer du sein que chez celles du groupe témoin", concluent-ils dans le numéro du 6 janvier du prestigieux Journal of the National Cancer Institute.

Les chercheurs Michel Dorval et Elizabeth Maunsell, avec la collaboration de leurs collègues manitobains Jill Taylor-Brown et Marilyn Kilpatrick, ont comparé la situation conjugale d'un groupe témoin à celle de femmes interrogées à différents moments pendant les huit années qui ont suivi leur diagnostic de cancer du sein. Dans les douze mois précédant les entrevues (à 12 mois, 18 mois et 8 ans après diagnostic), entre 1,6 % et 3,9 % des patientes avaient vécu une séparation alors que ce taux variait entre 4,8 % et 5,5 % chez les femmes d'âge comparable dans la population. Entre la troisième et la huitième année suivant le diagnostic, 10 % des patientes se sont séparées contre 11,5 % des femmes du groupe témoin.

Des problèmes déjà présents
Des analyses complémentaires ont révélé que les séparations sont surtout survenues parmi les femmes qui étaient peu satisfaites de leur situation conjugale dans les trois premiers mois qui ont suivi l'annonce du cancer, précisent les chercheurs. Ceci tend à confirmer les observations selon lesquelles les problèmes conjugaux après un cancer du sein surviennent principalement chez les couples qui éprouvaient déjà des difficultés.

Les couples qui s'entendent bien au moment de l'annonce de la maladie réussissent à composer avec la situation ou trouvent de l'aide pour y faire face, croient les chercheurs. Ceci ne signifie pas que le cancer du sein n'a pas d'impact sur eux, nuancent-ils. En effet, 15 % des femmes qui se disaient satisfaites de leur situation maritale au moment du diagnostic ont tout de même connu des problèmes émotionnels avec leur conjoint pendant les douze premiers mois suivant le diagnostic.

Cette étude est une source de réconfort pour les femmes qui craignent que leur conjoint les abandonne parce qu'elles ont un cancer du sein. En faisant connaître les conclusions de cette étude à leurs patientes, les professionnels de la santé pourraient contribuer à diminuer leur angoisse et leur anxiété. Quant aux magazines populaires féminins qui créent ou entretiennent le mythe de l'abandon, "il est à espérer qu'ils diffusent aussi des résultats d'études scientifiques comme la nôtre. Ils contribueraient peut-être ainsi à diminuer la détresse des femmes qui ont eu ou qui auront un jour un cancer du sein", conclut Elizabeth Maunsell.

JEAN HAMANN