4 février 1999

Un moulin peu banal

À l'Isle-Verte, un moulin seigneurial en ruines reprend vie sur les tables à dessin d'un groupe d'étudiants en architecture

Le temps d'un demi-semestre, quatorze étudiants de l'École d'architecture ont, en imagination, investi les lieux d'un moulin à farine désaffecté de la municipalité de l'Îsle-Verte afin de lui trouver une nouvelle vocation et lui redonner ainsi ses airs de jeunesse. Au gré de la créativité bouillonnante de ces étudiants, le moulin banal du Petit-Sault se transforme tantôt en restaurant, en microbrasserie, en halte cycliste ou en "truck stop", ou il prend tantôt les allures d'un atelier d'artistes, d'une auberge-boulangerie, d'un bistro ou d'une fromagerie. En tout et pour tout, ce sont quatorze intéressants et ingénieux projets, qui vont de la simple consolidation de la bâtisse existante à une restauration complète, en passant par la mise en valeur de la ruine, qui seront présentés, le 15 février, aux membres du conseil municipal de l'Îsle-Verte, ainsi qu'à la propriétaire actuelle des lieux.

C'est dans le cadre de l'atelier de design en restauration, sauvegarde et consolidation des milieux bâtis que le professeur et architecte André Casault proposait à ses étudiants d'élaborer, en septembre dernier, un projet de restauration de ce bâtiment vieux de plus 175 ans. "L'une des missions de l'École d'architecture est de jumeler les objectifs pédagogiques des cours à un objectif d'aide à la communauté. Dans ce cas-ci, la municipalité de l'Îsle-Verte avait besoin de propositions pour la restauration et la conservation de son moulin banal, déclaré monument historique au début des années 1960", explique le professeur. "Évidemment, nous ne nous attendons pas à ce que l'un de ces projets soit retenu par les autorités de la ville ou par la propriétaire lors de notre présentation, mais ce travail d'exploration architecturale, qui a été mené avec un grand souci de professionnalisme, saura sûrement susciter un regain d'intérêt pour ce magnifique bâtiment patrimonial qui tombe aujourd'hui en ruines."

Du "truck stop" au café d'artistes
Au cours de cet atelier, chaque étudiant a d'abord fait, sur place, l'expertise technique du bâtiment. Après avoir produit plans, coupes et élévations, les architectes en herbe ont pris soin d'analyser les contextes historique, culturel, social et économique de la municipalité afin de cerner, de façon précise, les besoins de la population de même que ceux des touristes et des automobilistes qui traversent nombreux cette région. Ainsi, pour Sébastien Saint-Laurent, l'idée d'une halte routière s'est imposée tout naturellement: "Le moulin est situé aux abords de la route 132, là où l'autoroute Jean-Lesage se termine. Plusieurs centaines de milliers de camionneurs, d'automobilistes et de cyclistes sillonnent cette route annuellement. J'ai pensé que l'endroit était bien choisi pour leur offrir un lieu d'arrêt doté de plusieurs commodités, conçu un peu à l'exemple des haltes routières américaines." Une fois convertis, les trois étages du moulin seraient en effet occupés par des salles de douches et de toilettes, par un bar-salon, un restaurant, un centre d'information touristique et par un atelier de réparation de bicyclette destiné aux usagers de la future piste verte qui passera non loin.

Dans les esquisses de son café d'artistes, qui comprend également une salle d'exposition, un atelier et un logement pour le propriétaire occupant, Marika Vachon a choisi de préserver la partie du moulin ayant autrefois abrité la roue à aubes pour y loger un centre d'interprétation. En consolidant et en mettant en valeur cette partie de la ruine, elle a voulu que les habitants de l'Îsle-Verte puissent garder le souvenir de la bâtisse telle qu'ils l'ont toujours connue. Afin de conserver la vocation première des lieux, André Breton a, quant à lui, choisi d'exploiter les thèmes de l'eau et de la gravité. Sa microbrasserie, qui affiche une nouvelle toiture courbe rappelant l'emplacement de la roue, est conçue de façon à ce que la totalité du processus de fabrication de la bière se fasse grâce à l'action de la gravité. Sur d'autres tables à dessins, ce sont les thèmes de la farine et de la pêche à l'anguille qui ont été retenus. Ainsi, les projets d'auberge-boulangerie et d'économusée du pain reflètent bien l'âme du village et de son vieux moulin, au même titre que celui du restaurant La Fascine qui, avec son mur d'eau, se veut un rappel des activités de cette population riveraine.

"La seule contrainte imposée était celle de la quantité d'efforts déployés en regard de l'effet créé. Les étudiants devaient avant tout prendre conscience qu'ils étaient en train de rénover un bien faisant partie d'un patrimoine villageois, situé sur le territoire d'une modeste communauté. Dans ce contexte, ils devaient nécessairement observer certaines limites quant à la vocation choisie et au budget investi. Les projets qui seront présentés offrent donc un éventail de possibilités, toutes aussi intéressantes les unes que les autres, et qui sont, surtout, à la mesure de la communauté de l'Îsle-Verte", conclut André Casault.

JULIE MARCOUX