28 janvier 1999

LE COURRIER

 

LA BATAILLE DES FANTÔMES

Dans son édition du 11 janvier dernier, Le Soleil mettait à la une la nouvelle d'un exercice militaire mené au Collège militaire de Kingston durant lequel des officiers de l'armée canadienne devaient planifier une offensive contre les troupes d'un Québec devenu indépendant afin de reprendre le contrôle de la frontière entre le Québec et l'Ontario. La manchette choisie pour introduire cette nouvelle alarmante: "Québec, l'ennemi à abattre".

En tant qu'anglophone ayant choisi librement le Québec, je ne peux rester indifférent à ce genre de nouvelle; je n'ai pas pu non plus résister à la tentation de prendre la plume afin d'exprimer mon indignation devant la partisanerie mesquine que l'on constate des deux côtés de la question nationale. J'ai l'impression après cette nouvelle que le ridicule de la situation a atteint son comble.

Les uns agitent l'épouvantail d'une invasion de la capitale nationale par une armée qui n'existe pas. Les autres, le spectre d'une stratégie militaire pour parer à une offensive qui n'aura jamais lieu. Les journaux, pour leur part, font le jeu des deux partis en rapportant à grand éclat ces histoires de fantômes dignes d'un roman de Stephen King.

Le vrai ennemi ne serait-il pas aussi un fantôme ? Si ces agitateurs d'épouvantail veulent voir en l'autre un ennemi, c'est une pure création de leur imagination. Moi, je vais aller prendre une bière à la brasserie avec mes amis québécois!

PATRICK DUFFLEY
Professeur au Département de langues, linguistique et traduction


DE BRITANNICA À UNIVERSALIS

Réplique à une lettre de Jean-Luc Gouin, publiée dans le Fil du 14 janvier. Oui, M.Gouin , vous avez bien raison d'être frustré envers Britannica. Cependant, Universalis n'est aucunement responsable des événements de l'année dernière: une fermeture par Britannica de tous les bureaux au Canada en juin 1996, donc plus de représentants au Canada pour le consommateur, un transfert des dossiers à Chicago, et voilà. Quel désastre! Cependant, Universalis a remédié rapidement à la situation en me confiant la distribution au Canada en début d'année 1998. Cependant, Britannica s'était gardé le privilège de la vente des volumes annuels Universalia pour 1997. Très grand retard! Hors de mon contrôle! Cause de votre frustation, et avec raison.

Je parle par expérience ayant travaillé pour Britannica pendant plus de onze ans comme représentante éducationnelle. Britannica nous a également remerciés, les cinq représentants éducationnels au Canada, en décembre dernier. Merci! "We do not need you any more", qu'ils nous ont dit , nous leurs coûtons beaucoup trop! "We must cut on expenses"! Nous étions tous "à commision" seulement. Imaginez! Je suis très fière de représenter Universalis et j'espère que tous les connaisseurs d'Universalis me feront confiance. Je suis une Québécoise amoureuse de ce produit depuis de longues années. Il me ferait un vif plaisir de vous servir à nouveau dans la langue de Molière!

FRANCINE TOUTANT
Distributions Universalis Canada Inc.
http://www.total.net/~ftoutant/

LES MOTS POUR LE DIRE

"Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement et les mots pour le dire viennent aisément". C'est parfois avec cette phrase en tête que vous peinez amèrement sur différents rapports ou lettres à rédiger. Vous faites un premier jet que vous relisez avidement. Instinctivement, vous savez qu'il y a un problème, une incohérence dans le propos. Pourquoi? Qu'est-ce qui cloche? Vous êtes bloqué. Vous vous savez compétent alors, pourquoi cette perte de temps? Que vous faut-il retrancher ou ajouter pour que vos idées soient mieux rendues? Et cette maxime qui vous revient sans cesse: "Ce qui se conçoit bien..." Bon, vous connaissez le reste.

J'ai été confrontée à ce genre de difficultés plus souvent qu'à mon tour étant sur le marché du travail depuis plusieurs années. Mais, l'été dernier, j'ai eu la chance d'accueillir une étudiante en Sciences politiques de l'Université Laval qui venait effectuer un stage à mon bureau. Au cours de son stage, elle a eu à rédiger un texte sur un sujet précis. Dès l'instant où je l'ai lu, j'ai été impressionnée par sa clarté. Les arguments semblaient couler harmonieusement, l'un après l'autre, avec force et appoint. Je l'ai félicitée pour sa qualité d'écriture et lui ai dit comme j'enviais son talent. C'est là qu'elle m'apprend qu'elle ne faisait qu'utiliser les outils acquis au cours Principes de logique I, de la Faculté de philosophie de l'Université Laval. Juste le titre du manuel de référence me faisait rêver: Logique et expression de la pensée! Un rayon de lumière venait d'apparaître dans mon ciel sombre: s'exprimer clairement, cela peut s'apprendre!

Quelle libération! Ce cours était à ma portée et je m'y suis inscrite immédiatement. Bien entendu, comme se plaît à nous le rappeler Victor Thibaudeau, ce charmant professeur qui nous enseigne cette divine matière, ce cours ne nous rend pas plus intelligent mais, grâce au ciel, il nous aide à utiliser plus efficacement notre intelligence. J'ai suivi ce cours pour mon plus grand bonheur. Je sais maintenant organiser ma pensée de façon plus cohérente. Je me sens davantage outillée pour servir une argumentation solide et pertinente lorsque j'ai des textes à rédiger. C'était le but que je visais lorsque je me suis inscrite à ce cours. Toutefois, ses bienfaits se sont répercutés beaucoup plus loin que je ne m'y attendais. Sachant reconnaître mes failles et mes faiblesses lorsque j'ai à argumenter, je reconnais mieux aussi celles des autres. Dans un travail où l'on a à négocier, c'est tout un atout. On s'en laisse moins passer. Également, certaines notions m'aident à avoir une vision plus large de mon secteur d'activités car je sais mieux regrouper les types de problèmes rencontrés, ce qui m'en permet une meilleure gestion. Mais, par-dessus tout, je suis plus sûre de moi car, avec une pensée mieux organisée, je me sens ancrée dans la réalité.

Je crois que la maxime précitée aurait avantage à être modifiée: ce qui se conçoit bien s'énonce clairement et les mots pour le dire viennent aisément - mais encore faut-il apprendre comment le dire! Je vous souhaite de le découvrir. Bonne chance!

CLAIRE GENDRON,
Déléguée, Secteur Santé-Éducation
Protecteur du citoyen

LE LIS DANS LE LISIER

On pense à Noël des semaines avant le présumé événement, on prépare les Pâques, on anticipe la Fête des mères et des pères, on souligne celle des secrétaires, on commémore le Jour des femmes et on "fébrile" enfin à la Saint-Valentin. Pas un seul journal (et surtout pas The Gazette) ne passe sous silence la Saint Patrick que les Irlandais célèbrent dans la langue... de leur Conquérant, et ce dans la plus grande ville française d'Amérique... Nos calendriers comme nos agendas - bilingues for sure en Québec, unilingues in the bilingual ROC (comme les circulaires commerciales) - nous rappellent même, le plus souvent, le "Independance Day" des Étatsuniens...

On a un gouvernement souverainiste qui dissimule l'Indépendance dans les deux pénultièmes lignes d'un occasionnel et quelconque discours d'un premier ministre qui semble bien aise de gérer une province. Et on a en symétrie, baignant dans le lis/ier rouge-canada, son vis-à-vis qui feint de s'en offusquer...

Au cours de l'Histoire, des millions de femmes et d'hommes ont souffert, terriblement, et parfois donné leur vie, pour les couleurs de leur peuple. Or c'était, aujourd'hui le 21 janvier (http://www.smartnet.ca/users/vigile/nav/drapeau.html), le Jour du Fleurdelysé. Mais chez nous, visiblement, celui-ci reste loin, quant à nos préoccupations, derrière notamment cet autre tissu qui ponctuellement nous libère des affres de ce traditionnel rhume de début d'année. La Fête nationale du pavillon québécois ne fait même pas le poids face à l'Halloween ou le Thanksgiving...

Mais qui est cet hurluberlu qui aurait prétendu que les Québécois constituaient une véritable Nation..?

JEAN-LUC GOUIN
Lac Beauport

LE MEILLEUR SYSTÈME DE SANTÉ AU MONDE?

Ceux qui disent que le système de santé se porte bien, c'est qu'ils n'en n'ont pas besoin et sont flamboyants de santé. Pour les malades, les vrais, il y a un système d'attente qui crée angoisse, inquiétude et stress envahissant. J'ai eu l'occasion de vérifier la réalité quotidienne et nocturne de notre système. Mes remarques ne s'adressent nullement au personnel hospitalier pour qui j'ai une immense admiration. Mes remarques s'adressent à ceux qui, en quelques mois, ont démoli un système qui était, dit-on, le meilleur en Amérique...

À l'Hôpital X je me suis présentée un après-midi. Déjà, de 15 à 20 personnes attendaient patiemment, c'est le cas de le dire. Et j'entendais régulièrement: "Monsieur X, salle des prélèvements", "Madame Y, salle des prélèvements", Mlle Z, salle des prélèvements". Je pensais: avec les nombreux CLSC créés dans tout le Québec, pourquoi ne pas leur confier les prélèvements, et par ricochet le soin des grippes, des diarrhées et autres petits bobos? Ainsi, on diminuerait de beaucoup l'engorgement, et les hôpitaux s'occuperaient des cas sérieux.

Une nuit, je me suis présentée, il y avait encore une douzaine de personnes qui attendaient à l'urgence. Le médecin qui m'a examinée semblait très fatigué. Il bâillait en écrivant ma prescription et en prenant des notes. Je voulais voir un ophtalmologiste, la préposée m'a dit: "Ça va aller en février, car nous sommes débordés. Trois médecins ont pris leur retraite (dont le mien) et n'ont pas été remplacés. De plus il y a une pénurie d'ophtalmologistes au Québec. C'est ce qui manque le plus actuellement. Il y a un ophtalmologiste qui fait le tour des hôpitaux." Maintenant, ce sont les médecins qui deviennent itinérants...

Ce qui m'a surprise, étonnée, stupéfaite, c'est de voir les "bien portants" prendre les bannières, lors des dernières élections, pour louanger notre SUPER système qui est, dit-on, parfait, et même supérieur aux autres... Et les Québécois ont "fait confiance" en réélisant le gouvernement qui a coupé et continue de couper encore dans les services.

Attention, ceux qui font aujourd'hui les louanges du système seront peut-être ceux qui demain en auront un urgent besoin. Quoique s'ils se situent dans les gens "à l'aise" ayant de bonnes connections, il n'y a pas de problème. Pour les autres, bonne chance! Le système de santé, est-il à ce point accessoire qu'on se permet de piger dans ses budgets pour atteindre du supposé déficit? Que ceux et celles qui sont capables de nommer des pays dont les dettes sont toutes payées, et qui n'ont aucun déficit, se fassent connaître? Existe-t-il, à part l'Arabie saoudite, des pays dans le vaste monde qui n'ont aucune dette?

MARIE-FRANCE LEGAULT
Québec

LA MENACE DU COMPLEXE GÉNÉTICO-INDUSTRIEL

Le Monde Diplomatique, cet influent journal du milieu politico-économique de France, a publié un article retentissant sur la phytogénétique industrielle dans son édition de décembre 1998 (pages 1, 22 and 23, site Web: http://www.monde-diplomatique.fr/md/index.html). L'économiste agricole français Jean-Pierre Berlan et le généticien américain bien connu R.C. Lewontin analysent en profondeur et justifient une position à contre-courant sur les aspects scientifiques, économiques, sociaux et politiques des organismes génétiquement modifiés (OGM). Ils présentent d'abord les propriétés fondamentales et paradoxales de tous les êtres vivants que sont les pouvoirs de se reproduire et d'évoluer. Ils prétendent que Mère nature a perdu le contrôle sur les modes de reproduction du vivant depuis l'avènement du gène terminateur (Terminator Gene), de l'hétérosis et même des lois et règlements permettant de limiter les privilèges des producteurs agricoles. Il en résulte une confiscation industrielle du vivant, par la recherche, dans un but purement mercantile. Des organismes naturellement capables de se reproduire et d'évoluer perdent ces pouvoirs puisqu'ils deviennent jugulés sous la coupole de l'empire génético-industriel. Conséquemment, le producteur doit s'approvisionner en semences stériles qui ne peuvent se reproduire. Le lien traditionnel de l'Homme avec la Nature est ainsi remplacé par un lien de l'Homme avec la Nature par l'intermédiaire de la Société. Les auteurs de cet article affirment que le pouvoir de la recherche utilisé par l'industrie des semences vole aux producteurs le privilège de la semence de se reproduire à partir du logiciel de ses gènes. Un vaste débat de société portant sur l'impact des investissements privés et publics de la recherche en phytogénétique est amorcé par cet article.

CLAUDE ANDRÉ ST-PIERRE
Agronome et professeur de phytologie
Faculté des sciences de l'agriculture et de l'alimentation