19 novembre 1998

Attractions fatales

La troupe Les Treize propose Les liaisons dangereuses, un voyage au bout de la perfidie amoureuse

Les 26, 27 et 28 novembre, à 20 h, à la Salle multimédia du pavillon Alphonse-Desjardins, la troupe de théâtre Les Treize présente la pièce Les liaisons dangereuses de Christopher Hampton, d'après l'oeuvre immortelle de Choderlos de Laclos, dans une adaptation française de Jean-Claude Brisville. Les cinéphiles qui ont aimé le célèbre film de Stephen Frears, tourné à la fin des années 80 et mettant en vedette Glenn Close, John Malkovich et Michelle Pfeiffer, retrouveront avec plaisir les personnages manipulateurs et sans scrupules de la marquise de Merteuil et de son complice, le vicomte de Valmont.

Humiliée d'avoir été abandonnée par son amant, la marquise de Merteuil imagine un plan diabolique pour soulager son orgueil blessé. Dans cette entreprise, elle s'allie au vicomte de Valmont qui doit, selon les volontés de la marquise, séduire la petite Cécile de Volanges, la jeune promise de l'amant fautif, afin que cette dernière ne soit plus vierge le jour de son mariage. Fier de sa réputation de séducteur, Valmont accepte avec joie le défi. La marquise, obsédée par son désir de vengeance, va même jusqu'à se promettre à Valmont, en guise de récompense, s'il parvient à ses fins. Un plan machiavélique qui donnera évidemment lieu à une série de mensonges et de trahisons ainsi qu'à un étalement de sentiments feints.

Marivaudage létal
"Les liaisons dangereuses est une pièce d'échanges, de jeux d'esprit et de combats verbaux, explique la metteure en scène Sylvie Cantin. J'ai donc choisi de mettre les dialogues et le jeu des acteurs à l'avant-plan, sans chercher à créer des images ou des symboles visuels qui détourneraient l'attention du spectateur. La mise en scène et les décors, qui évoquent un immense lit, sont donc très sobres et très épurés. Ce qui rehausse d'ailleurs le niveau de difficulté de la pièce, puisque les comédiens ne bénéficient que de très peu d'appuis dans une mise en scène qui s'avère plutôt sobre et statique." "Mais, ajoute Sylvie Cantin, c'est le défi que nous avons choisi de relever et les comédiens, qui ont très bien su tirer leur épingle du jeu lors des répétions, prennent plaisir à se concentrer sur les répliques, en portant une attention toute particulière à la qualité de la langue et à la diction."

Adaptée du roman épistolaire de Choderlos de Laclos, qui a connu un succès de scandale lors de sa publication en 1782, cette pièce est en effet un formidable récit d'intrigues dont les thèmes ont franchi les siècles sans perdre de leur pertinence. Amours trahis, passions destructrices, vanité et désirs sexuels sont donc au coeur de cette production qui met en scène des êtres perfides, animés par le désir de la vengeance et par les plaisirs malsains de la séduction. Plusieurs victimes naïves font évidemment les frais de ce complot maléfique ourdi par des personnages qui se moquent bien des convenances.

Sur des airs de rock
Afin de rendre encore plus actuels les thèmes de la pièce, Sylvie Cantin a misé sur une musique aux accents rock. La composition originale du musicien Marc Vallée sert de contrepoids entre les scènes tragiques et les scènes plus légères. "On pourra remarquer que la musique, qui est un élément important de la pièce, est très présente et très intense, voire peu harmonieuse, lorsque les propos sont encore tout à fait innocents, et qu'elle s'adoucit et devient de plus en plus belle et mélodieuse au fur et à mesure que l'action tourne au tragique. Je voulais que la musique donne en quelque sorte le ton dès le début de la pièce, en laissant transparaître très tôt le côté dramatique de la situation", explique Sylvie Cantin.

Comédienne professionnelle depuis plus de dix ans, Sylvie Cantin a beaucoup joué sur la scène théâtrale québécoise. On a pu la voir, entre autres, dans la pièce de Shakespeare, Songe d'une nuit d'été, montée en 1995 par Robert Lepage, et elle a joué cet automne au Trident dans la pièce les Femmes Savantes de Molière. Les liaisons dangereuses représente une première expérience de mise en scène pour la comédienne qui se dit tout à fait enchantée d'avoir accepté de relever ce défi en compagnie des jeunes et talentueux étudiants-comédiens de l'Université Laval.

Cette magnifique pièce est interprétée par neuf comédiens dont Jacynthe Dubé dans le rôle de la marquise de Merteuil et Jean Levesque dans le rôle du vicomte de Valmont. Les personnages de la présidente de Tourvel et de Cécile de Volanges sont interprétés par Isabelle Mercure et Sandra Lamoureux. Israël Gamache, Isabelle Bouffard, Catherine Samson, Jean-Yves Rehby et Anne-Marie Leclerc complètent cette distribution. Le scénographe Marcel Coulombe signe les décors et les costumes, ainsi que l'éclairage.

Les billets sont en vente au Service des activités culturelles, au local 2344 du pavillon Alphonse-Desjardins au coût de 8 $ (en prévente) et à 10 $ à l'entrée, le soir des représentations. Information: 656-2765

JULIE MARCOUX