19 novembre 1998

LE COURRIER

L'HYPOTHÈQUE RÉFÉRENDAIRE: UN MYTHE

Fréquemment, j'entends dire dans l'opinion de certains qui ont un penchant pour l'unité from coast to coast que faire un référendum, c'est hypothéquer le Québec. Comme si cela empêchait le développement du Québec, on se dit: pour créer des emplois on fera pas de référendum. Elle est bien facile celle là! Les libéraux ont été au pouvoir pendant dix ans et l'économie québécoise n'a pas gagné plus d'importance dans le Canada. C'est vrai qu'eux aussi ont fait un référendum hypothécaire sur l'entente de Charlottetown et qui n'a été rassurant pour personne. Après ça ils viennent stigmatiser que l'incertitude vient des séparatistes. Ça n'aide pas non plus quand la répartition inéquitable des investissements fédéraux chez les provinces cause 70 % de l'écart du chômage entre le Québec et le Canada. Il est là, le problème structurel économique. Alors qu'on vienne plus m'achaler avec l'hypothèque prétendument référendaire. On devrait plutôt parler d'hypothèque fédéraliste.

Pour ce qui est des investisseurs qui font circuler les capitaux à travers la planète et font osciller la valeur du dollar, ce n'est pas à eux de décider de l'avenir du Québec. Il est vrai que des financiers nerveux sont inquiets de la situation politique quand vient le temps d'une élection ou d'un référendum. Toutefois, en tant que citoyens nous n'avons pas à nous soumettre aux humeurs et aux nervosités mal fondées d'une classe de financiers, qui, dans bien des cas, ne savent même pas résumer la politique québécoise en plus de deux ou trois lignes. Mais si nous cédons aux prétentions des financiers comme Jean Charest, nous vivons dans une méprisable ploutocratie, un régime où les riches dictent nos politiques et dirigent le pays.

JEAN-FRANÇOIS MORIN
Étudiant en science politique


LE QUÉBEC A BESOIN D'UN GOUVERNEMENT MINORITAIRE

La population du Québec a tout intérêt à élire un gouvernement minoritaire. Et un gouvernement minoritaire, ça signifie que la population doit donner un appui massif à l'équipe de Mario Dumont pour qu'il puisse faire élire d'autres candidats adéquistes et également prendre au sérieux la candidature de Michel Chartrand dans Jonquière. Le Québec a besoin de chiens de garde à l'Assemblée nationale. Et des députés comme Michel Chartrand et le groupe de Mario Dumont vont traduire au Parlement les aspirations d'une portion importante de la population, tant de gauche comme de droite.

C'est important de se donner d'un gouvernement minoritaire pour éviter que celui qui va diriger le prochain gouvernement se comporte comme s'il n'avait de comptes à rendre à personne. Il ne faut pas oublier que le Parti Québécois n'a jamais été élu avec le mandat de couper dans la santé. Pourtant, une fois au pouvoir, Bouchard a coupé comme jamais auparavant dans de multiples secteurs, sans compter la multitude de taxes déguisées qu'il a accolées à plusieurs services gouvernementaux. Qui nous dit, encore une fois, que si Bouchard est élu il ne passera pas outre à ses promesses? Bouchard peut bien nous dire qu'il va atteindre le déficit zéro dans un an, cela est loin d'être assuré surtout s'il y a récession économique. Et même s'il atteignait le déficit zéro, pendant ce temps là il s'est creusé un autre déficit de plus de 1 milliard de dollars dans des institutions comme les hôpitaux. ( ...) Mais Mario Dumont n'est-il pas à droite? Mario Dumont et Jean Charest ne sont pas plus à droite que Lucien Bouchard. D'ailleurs, les mesures prises par le Parti Québécois en coupant dans les allocations familiales - ce sont généralement les familles à faibles revenus et à faible niveau de scolarité qui n'ont qu'un seul gagne pain - pour transférer ces sommes vers les garderies à 5 $ et vers des congés parentaux (mesures qui favorisent les familles qui ont deux revenus et qui sont plus aisées) sont des mesures de droite. Ce ne sont pas des politiques familiales, mais bel et bien davantage des mesures d'insertion sur le marché du travail.(...)

Ce n'est pas compliqué, les politiques du Parti Québécois sont davantage orientées vers le mieux être d'une petite bourgeoisie et ne s'apparentent aucunement avec la social- démocratie. Remarquez que ce ne sont pas nécessairement de mauvaise mesures. Favoriser l'intégration des travailleurs au marché du travail, c'est une bonne chose. Mais faire cela à même les revenus que reçoivent des gens à faibles revenus, peu scolarisés, avec un seul gagne-pain, c'est contraire à la social-démocratie. C'est vraiment se situer à droite. Et lorsqu'on compare Mike Harris avec Lucien Bouchard, on constate que le premier a coupé pour remettre l'argent aux contribuables alors que Bouchard a coupé pour rembourser les financiers. Qui vraiment des deux se situe à droite? Je vous laisse le soin de répondre à cette question.

Pour ce qui est de Mario Dumont proprement dit, je ne partage pas l'ensemble de ses idées. Mais Mario Dumont a fait ses preuves. Il y a peu de gens qui auraient tenu le coup comme il l'a fait lorsqu'il a quitté le Parti Libéral avec toute la pression qu'il avait sur lui et les avantages qu'on a pu lui faire miroiter. Il avait l'étoffe pour devenir ministre. Mais il n'a pas cédé à ses offres. Aujourd'hui, il est le seul à tenir le fort de l'ADQ. Il ne peut à la fois s'improviser comme un leader charismatique, un penseur, un spécialiste des campagnes de financement, un spécialiste de l'organisation, etc. On ne peut pas en demander tant à un jeune.(...) Il est temps que la population du Québéc redonne de la force à ce parti afin de lui donner l'occasion de nous prouver ce qu'il peut faire. Et l'élection présente est une belle occasion de donner à l'ADQ la possibilité de faire ses preuves en élisant une quinzaine de députés. Dumont est présententement le meilleur leader parmi les jeunes au Québec et le seul parmi les jeunes qui serait en mesure de gouverner le Québec. En même temps c'est une belle occasion pour voir si Dumont a de la facilité à fonctionner en groupe.

Compte tenu de ce que les différents partis ont à nous offrir, le Québec ne pourrait que se porter mieux, si le gouvernement qu'on élira le 30 novembre prochain est minoritaire, avec la balance du pouvoir entre les mains de Mario Dumont. Il faut cesser de penser en termes de gauche ou de droite. Un discours de Jean Charest façonné par Claude Ryan, ça donne un discours plus à gauche qu'un discours rédigé par Lucien Bouchard. Et si des gens veulent vraiment un candidat socialiste au Parlement, le seul vrai socialiste que je connaisse au Québec, c'est Michel Chartrand, un socialiste qui a payé pour ses idées au lieu de déblatérer dans les salons. C'est aux gens de Jonquière de nous démontrer ce qu'ils veulent vraiment: l'ambiguité de Bouchard ou la clarté du discours de Chartrand, et au reste de la population à s'offrir l'ADQ. On a pas à avoir peur de la droite. Mario Dumont est suffisamment intelligent pour composer avec la gauche que le sont Lucien Bouchard et Jean Charest.

JACQUES BOUCHER
Économiste
Québec


BEAUCOUP DE BRUIT POUR PRESQUE RIEN

Le samedi 17 octobre, le journal Le Soleil publiait des extraits d'une lettre envoyée par le Conseil canadien des Églises à la ministre de la Justice du Canada, Madame Anne McLellan. Cette Missive, portant la signature de dix-huit représentants de diverses confessions religieuses, appelle le gouvernement à freiner la croissance des jeux de hasard dans notre société. À cet égard, le journaliste Alain Bouchard n'hésite pas à parler de "sainte colère" des Églises, de "lettre historique" voire même d'une réédition du "chapitre des Vendeurs du Temple". À notre avis, c'est là beaucoup de bruit pour presque rien.

La lecture du communiqué émis par les Églises, ainsi que de la lettre adressée à la ministre révèlent plutôt la tiédeur et la mollesse de notre haut clergé. Son attitude ambiguë et craintive nous rappelle tristement le comportement des apôtres avant la Pentecôte. Que veulent en réalité nos évêques? Ils ne demandent pas l'élimination complète des casinos, jeux de hasard et loteries d'État, conformément à l'esprit de l'Évangile, mais une plus stricte réglementation de ce trafic. Ils ne prétendent pas chasser les Vendeurs du Temple, mais normaliser en quelque sort leur commerce.

Pareille complaisance nous amène à interpeller directement les autorités religieuses du diocèse. Monseigneur Maurice Couture, primat de l'Église canadienne, ne semble pas être présent dans ce dossier. Sa signature n'apparaît d'ailleurs nulle part et ce ne sont pas non plus ses propos qui sont rapportés dans Le Soleil, mais ceux d'un autre intervenant.

Cette situation, à vrai dire, n'est pas nouvelle. Depuis plusieurs années, le haut clergé est pratiquement absent des débats et controverses qui animent notre société. Nos évêques craignent de se manifester sur la place publique. Les rares occasions où ils consentent à sortir de leur mutisme, c'est trop souvent pour se répandre en discours creux au sujet des pauvres. Leur devoir moral ne va pas jusqu'à l'engagement. Qu'est donc devenue l'Église du Québec? Que sont devenus nos évêques et nos prêtres catholiques ? Pourquoi se taisent-ils? De quoi ont-ils peur?

ADRIEN DUGAS
Libraire
Québec


PAYS PAUVRES: UNE SIMPLE QUESTION DE DETTE?

En réponse au texte intitulé "Abolissons les dettes des pays pauvres" proposé par les membres du groupe Développement et Paix de l'Université Laval ( Fil du 5 novembre): chers confrères et consoeurs, vous me faites bien rigoler avec vos histoires d`abolition de dettes des pays pauvres! Croyez-vous vraiment qu`une simple abolition de dette règlera la situation de la pauvreté au Sud? Comme vous le dites si bien, 80 % de la population survit avec 17 % des ressources disponibles. Je vous demande: "So what?". Si on abolit la dette, 80 % de la population survivra avec 17 % des ressources disponibles! Pour une réelle augmentation des ressources disponibles dans les pays du Sud, soyez conscients qu`il faut y mettre du nôtre. Les ressources matérielles sur Terre forment une immense balance. Si vous voulez augmenter le poids d`un côté, il faut obligatoirement le baisser de l`autre. Et, dites-moi, qui serait vraiment prêt à abaisser son niveau de vie personnel pour aider à relever celui des autres?

Seriez-vous prêt, en tant qu`individu, à payer votre café trois fois plus cher? Seriez vous prêt à délaisser vos souliers Nike pour une marque plus cheap? Car comprenons-nous bien: vous prônez une action de gouvernement à gouvernement. Bordel, NOUS sommes le gouvernement! NOUS profitons des avantages reliés à cette situation inéquitable. Pour un changement concret, NOUS devons changer et NOUS devons rabaisser notre niveau de vie.

D`un autre côté, l`abolition de la dette des pays du Tiers-Monde ne changerait absolument rien à moyen ou à long terme si les industries du Nord ne se retirent pas du marché du Sud. Par exemple, même si le Honduras n`a plus de dettes, ce pays restera toujours une république bananière d'où Del Monte continuera de nous envoyer ses produits à bas prix. Finalement, votre programme propose une action à court terme qui ne changera rien à la situation. Pour un réel changement, attendez-vous à écoper...

MARC-ANTOINE BARETTE
Étudiant en sociologie

DE L'ASSUJETTISSEMENT VOLONTAIRE

"À notre époque, tout homme comme il faut est et doit être lâche et servile", écrivait Dostoïevski dans Mémoires écrits dans un souterrain. Est-on terrifié devant le fait que l'Autriche, le Liechtenstein ou la Suisse alémanique ne soient pas des Länder allemands, que la Wallonie ne soit pas un département français ou que Norvège, Suède, Finlande, Islande et Danemark ne constituent point tout ensemble un seul État ...multiculturel?

Il existe actuellement près de 200 pays, presque quatre fois plus qu'au lendemain de la Seconde Guerre il y a à peine cinquante ans. Parmi tous ces États indépendants, le Québec représenterait la quinzième puissance économique mondiale, et mettrait du même coup un terme à son rapport pathologique d'inféodation face à un autre pays intro qui ne partage ni sa langue, ni sa culture et d'aucune façon sa vision de lui-même et de son propre avenir - in ou hors de la Confédération, indifféremment.

Quelqu'un quelque part m'expliquera-t-il enfin - outre le très crédible Jean Charest ("On n'en veut pas de Souveraineté!!!" - en prodrome au: "À bas l'Indépendance! Vive la Dépendance!!! " ??? Et puis, c'est qui ça: "On "?) et autres laquais de la haute finance à la manière Alain Dubuc de La Presse - comment on peut parvenir à estimer qu'un peuple se promet un meilleur avenir... en optant pour la déresponsabilisation plutôt que la prise en main de soi, en privilégiant la minorisation en lieu et place de la maîtrise réelle de son destin, en opposant enfin la sujétion heureuse à la liberté?

En un mot: comment des citoyens éclairés, informés et instruits - dont certains éditorialistes - peuvent-ils en arriver à associer le pays de Vigneault à "incertitude et affaiblissement", et provincialisation définitive à "bonheur"? Par quel travers historique immonde une société peut-elle en venir de la sorte à chérir sa subordination et à réclamer ultimement son propre néantissement?

Quelle sorte de peuple sommes-nous donc, en effet, pour mettre en balance la Liberté et la subjugation d'une nation comme s'il s'agissait de procéder au choix entre la piscine creusée et la voiture sport? Nous sommes une province parce que - et seulement parce que - nous sommes des provinciaux jusqu'au fond de l'âme. L'Asservissement sera-t-il au troisième millénaire ce que la Démocratie fut à Périclès et la Raison à Voltaire?

JEAN-LUC GOUIN
Lac Beauport