26 mars 1998

NOW 2001: ODYSSÉE DE LA MER

Le Groupe interuniversitaire de recherches océanographiques pilote une étude internationale pour percer le mystère des polynies, les oasis des mers arctiques. Les résultats du projet NOW seront connus en 2001.

C'est aujourd'hui, le jeudi 26 mars, à 15 h 30, que le brise-glace Pierre-Radisson de la Garde côtière canadienne largue les amarres du port de Québec à destination de l'océan Arctique. À son bord prennent place 40 scientifiques de huit pays qui unissent leurs efforts dans le but de percer un des mystères de l'océanographie moderne: les polynies arctiques. Leur mission de 125 jours se déroulera dans la polynie du North Water (NOW), située entre la Terre d'Ellesmere au Canada et la côte ouest du Groenland.

Cette expédition a pour but d'amasser des données qui serviront à expliquer la productivité biologique élevée des polynies, ces grandes étendues d'eaux libres de glace, retrouvées au coeur des mers gelées. D'énormes populations de poissons, d'oiseaux marins, de phoques, d'ours polaires et de baleines les utilisent comme aires d'alimentation, d'hivernage et de reproduction. "Ce sont des oasis dans des déserts de glace, des points chauds au coeur des mers arctiques", dit Louis Fortier, directeur du Groupe interuniversitaire de recherches océanographiques du Québec (GIROQ) et leader scientifique du projet NOW. "Depuis les années 1960, des chercheurs d'ici et de l'étranger rêvaient d'étudier en détails ce qui se passe dans ces polynies et nous avons la chance de réaliser ce rêve. De plus, la polynie du North Water représente l'archétype de la polynie, celle que tout le monde voulait étudier"

Les chercheurs tenteront également de déterminer si les polynies influencent les changements climatiques à l'échelle mondiale. Il semble, en effet, que les polynies contribuent à la réduction de l'effet de serre en précipitant dans les fonds océaniques une partie du CO2 atmosphérique. Environ 50 % du dioxyde de carbone produit par les activités humaines depuis le début de l'ère industrielle a été absorbé par les océans. Les polynies, même si elles ne représentent que 5 % de la surface des mers arctiques, seraient responsables de 50 % des échanges de chaleur entre l'air et l'océan Arctique durant l'hiver.

Trente chercheurs canadiens provenant des Universités Laval (Louis Fortier, Louis Legendre), McGill, UQAR, INRS-océanologie, Memorial, Dalhousie, Manitoba, ainsi que d'organismes fédéraux (Pêches et Océans, Environnement, Défense nationale) participent au projet NOW. À ce groupe s'ajoutent 31 chercheurs étrangers provenant des États-Unis, du Japon, du Danemark, de Belgique, de Grande Bretagne, du Mexique et de Pologne.

Quarante de ces chercheurs ont pris place à bord du bateau aujourd'hui. L'isolement géographique de l'aire d'étude et le fait que les premiers chercheurs doivent arriver sur le terrain au début d'avril, en plein hiver arctique, nécessitent une logistique impressionnante, notamment l'utilisation du brise-glace Pierre-Radisson. Comme les conditions de glace entre le Labrador et Terre-Neuve rendent la navigation très difficile cette année, le bateau d'expédition sera escorté par le brise-glace Terry-Fox pendant une partie du voyage. Le bateau d'expédition mettra 12 jours pour parvenir à destination.

L'année dernière, les chercheurs ont passé 19 jours dans la polynie dans le but de sonder le terrain et d'effectuer des tests avec leurs instruments. L'année 1998 sera cruciale pour la récolte des données; les chercheurs séjourneront plus de 100 jours sur le site d'étude. En 1999, ils y retourneront pendant une quarantaine de jours pour terminer la cueillette des données.

L'étude de la polynie North Water est la plus importante jamais réalisée sur le phénomène océanographique des polynies. Le Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie du Canada a investi 4,7 millions de dollars pour la réalisation du projet dans le cadre de son programme Réseau de recherche. Les pays partenaires injectent également des fonds dans ce projet de quatre ans dont le budget total côtoie les 34 millions de dollars. L'analyse des données et les conclusions des travaux seront disponibles en 2001.

JEAN HAMANN