29 janvier 1998

Alerte à Auckland

Maud Jean et Jérôme Côté représenteront le Canada lors du Championnat mondial de sauvetage aquatique en Nouvelle-Zélande. Beaucoup de sacrifices derrière la facade "Baywatch" de ce sport de compétition peu connu!

Au cours des prochains jours, une étudiante et un diplômé de l'Université Laval vivront une expérience exceptionnelle et un brin inusitée. Du 6 au 15 février, Maud Jean et Jérôme Côté s'exileront à l'autre bout de la planète, à Auckland, en Nouvelle-Zélande, pour participer au Championnat du monde de sauvetage. Maud Jean, 21 ans, est originaire de Sept-Iles. Elle obtiendra son baccalauréat en éducation physique dans deux ans. Jérôme, un Fidéen, a obtenu son diplôme de la Faculté des sciences de l'administration en 1996. L'histoire ne dit pas s'il était un étudiant modèle, mais le jeune homme de 22 ans a déjà fait sa niche au sein d'une firme de comptable de la région.

Comment se retrouvent-ils sous les chauds rayons de soleil du Pacifique? "Je vous l'accorde, le sauvetage, c'est plutôt méconnu ici, du moins en tant que sport de compétition, admet Jérôme Côté Mais là-bas, surtout en Australie, c'est la folie furieuse." "Je crois qu'on peut expliquer notre intérêt pour ce sport par le fait que nous sommes deux nageurs à la recherche d'un nouveau défi, ajoute Maud Jean. J'ai évolué pendant cinq ans au sein du club de natation Rouge et Or. Mais là, je prends une année sabbatique". L'expert-comptable, lui, ne compétitionnait pas sous la bannière de l'Université Laval, mais plutôt pour le club civil CSQ (Cap-Rouge, Saint-Augustin, Québec).

En piscine
"Il est fréquent de voir des nageurs arrondir leur fin de mois en tant que sauveteurs. C'est comme cela que nous avons été mis en contact pour la première fois avec le sauvetage compétitif. Mais uniquement en piscine, bien sûr", précise Jérôme Côté. Rapidement, les deux compères ont accumulé une certaine expérience du sauvetage en piscine, Jérôme participant aux trois derniers Championnats québécois de la discipline et Maud à deux. "Au Québec, nous sommes choyés. Notre circuit est le plus développé au pays, avec une dizaine d'épreuves par année. À force de compétitionner, on a fini par grimper les échelons, et voilà qu'on a la chance unique de faire partie de l'équipe nationale."

Malgré son jeune âge, Jérôme Côté devrait techniquement en être à son deuxième Championnat du monde de sauvetage. En 1996, l'équipe canadienne lui avait fait signe en vue de la compétition disputée en Afrique du Sud. Mais à la dernière minute, son horaire surchargé l'a forcé à décliner l'invitation. "La compétition comporte trois disciplines: les courses, la nage en piscine et dans l'océan, et les épreuves avec embarcations, explique Maud. Comme nous sommes tous deux des experts en piscine, nous prendront part à des épreuves comme une course avec des palmes aux pieds ou le sauvetage de mannequins."

En Nouvelle-Zélande, le Canada n'a pas d'objectifs spécifiques, sinon celui d'évaluer sa progression au niveau mondial. "On ne se fait pas d'illusions, claironnent en coeur Maud et Jérôme. Les pays ayant une longue tradition, comme l'Australie, sont invincibles. Le Championnat du monde se divise en deux volets. Pour le volet national, chaque pays a droit à une seule équipe de douze sauveteurs. Vingt-cinq pays seront représentés et nous visons le dixième rang. Pour le volet interclub, au cours duquel un pays peut envoyer un nombre illimité d'équipes, nous visons la 30e place sur 180." Le Canada, pour des raisons économiques fort compréhensibles, n'enverra qu'une formation. Il s'agira d'une équipe particulièrement jeune, stratégiquement assemblée avec l'objectif de la voir demeurer la plus intacte possible au cours des prochaines années.

Les Olympiques dans la mire
Quand ils parlent de leur prochain périple, les yeux de Maud et de Jérôme s'illuminent. Et avec raison. L'Océanie, ses plages, l'univers style Baywatch du monde du sauvetage font évidemment rêver. Mais il y a plus. "Vous ne pouvez vous imaginer comment c'est gros là-bas, le sauvetage de compétition, signale Jérôme. C'est aussi gros que le hockey ici, sinon plus. Il y a même un "World Tour". Je n'ai pas de chiffres exacts, mais je ne pense pas me tromper en disant que les meilleurs sauveteurs professionnels touchent annuellement un salaire dans les six chiffres."

"Je pense que les gens vont prendre conscience de l'ampleur du phénomène en l'an 2000, alors que le sauvetage sera en démonstration aux Jeux olympiques de Sydney, ajoute sa camarade. Pour nous, tous ces facteurs sont une source de motivation exceptionnelle." À l'heure actuelle, Maud et Jérôme semblent en bonne position pour participer aux Jeux de Sydney.

MICHEL BÉLANGER