29 janvier 1998


LA PART DE DIEU, L'OEUVRE DU DIABLE

L'Atelier d'opéra de la Faculté de musique de l'Université Laval et du Conservatoire de musique de Québec présente un programme double tout en contrastes signé Giacomo Puccini. Les 6 et 7 février, à 20 h, au Palais Montcalm.

Au firmament des grands compositeurs brille un nom, celui de Giacomo Puccini, dont l'oeuvre n'en finit plus de faire chanter sopranos, ténors et barytons à travers le monde. En effet, l'auteur de La Bohème et de Madame Butterfly est sur toutes les lèvres; le bruit court même qu'il n'a jamais été aussi célèbre. Misant sur une des "valeurs" les plus sûres de l'histoire de l'opéra, l'Atelier d'opéra de la Faculté de musique de l'Université Laval et du Conservatoire de musique de Québec unissent donc leurs forces pour une deuxième année consécutive afin d'offrir un spectacle placé sous le signe de la qualité et de la variété. Au programme: deux opéras de Giacomo Puccini: Suor Angelica et Gianni Schicchi, dont le premier est un drame poignant et le second , une comédie désopilante.

"Bien que ces oeuvres contrastent entre elles, on retrouve le grand lyrisme propre à Puccini dans les deux opéras, explique Marc Bégin, metteur en scène de l'Atelier d'opéra. Créés à New-York en 1918, ils ont été composés au moment où la mode des opéras courts en un acte était très populaires auprès du public." D'une durée d'une heure, Suor Angelica raconte l'histoire d'une jeune femme, Angelica, enfermée de force au couvent pour avoir eu un enfant hors des liens sacrés du mariage. Un jour, une vieille tante vient la visiter au cloître pour lui arracher sa part d'héritage, en même temps qu'elle lui annonce la mort de son bébé. Sous le poids de la douleur, la jeune religieuse ne résiste pas, ne souhaitant qu'une seule chose: rejoindre ce fils tant aimé qu'on lui a si durement enlevé. "C'est un opéra extrêment poétique traitant de grands thèmes comme la solitude, le désespoir, la mort et la rédemption, révèle Marc Bégin. En fait, les gens qui pleurent à Madame Butterfly verseront certainement quelques larmes en assistant à Suor Angelica. "

Chanter, encore chanter
Dans un tout autre registre, Gianni Schicchi met en scène une famille venant de découvrir que le vieil oncle mourant dont elle espérait un héritage l'a finalement déshéritée au profit de communautés religieuses. Fou de rage, le clan demande à son voisin, Gianni Schicchi en personne, de le sortir du pétrin. Réputé pour son imagination, le voisin est également rusé comme un renard, avec le résultat qu'il roulera tout le monde à son propre avantage. "Inspiré d'un épisode de la Divine comédie de Dante, Gianni Schicchi est une farce où sont dépeints en une palette irrésistible tous les travers de l'âme humaine, souligne Marc Bégin. Tout y passe: l'envie, la fourberie et l'hypocrisie, en un mot, tout le monde pourra se reconnaître un tant soit peu dans cet opéra bouffe qui n'a d'autre prétention que de divertir le public."

Finissant à la maîtrise en chant, Sébastien Ouellet joue le rôle-titre dans Gianni Schicchi. Participant pour la sixième - et dernière fois - à l'Atelier d'opéra, le jeune chanteur avoue que le défi de donner le meilleur de soi-même le motive constamment dans son travail. "Au fil des rôles, j'ai acquis davantage d'aisance et de confiance en moi, constate-t-il. L'Atelier nous offre la possibilité de développer des réflexes et d'approfondir la technique; essentiellement, on y apprend comment apprendre. C'est une expérience qui me servira toute ma vie."

Au sortir de la Faculté de musique, Sébastien Ouellet prévoit se rendre en Europe afin d'y effectuer des stages de perfectionnement en Europe. Son rêve? Rien de moins que de jouer Figaro dans Les Noces de Figaro. Choriste dans Suor Angelica, Annie Marcoux, étudiante au baccalauréat en interprétation, affirme pour sa part que le fait de chanter l'aide à découvrir ses forces et ses faiblesses: "Je ne cherche pas à jouer de grands rôles mais à me trouver, moi, à travers le chant. L'important consiste à faire de son mieux, en l'occurrence, à chanter de tout mon être."

La distribution de ces deux opéras comprend une trentaine de personnages, chantés par autant d'étudiantes et d'étudiants en chant. Outre Marc Bégin à la mise en scène, on retrouve Gilles Auger à la direction musicale. La préparation des solistes et des choristes a été confiée à Michel Ducharme, tandis que la conception du spectacle (scénographie, costumes et accessoires) est l'oeuvre d'étudiants du Conservatoire de musique. Paul Bussières et Denis Denoncourt, professeurs au Conservatoire d'art dramatique, assurent la supervision artistique des chanteurs et chanteuses. Les billets sont en vente dans le réseau Billetech, à 12 $ et 10 $ (étudiants); frais d'administration en sus.

RENÉE LAROCHELLE