6 juin 1996

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Les ados abandonnent l'activité physique

Entre l'âge de 12 à 17 ans, la proportion de jeunes pratiquant une activité physique chute de 57 % à 38 % et ceux qui demeurent actifs délaissent progressivement le sport organisé à la faveur de la pratique de type «libre». Voilà les deux principaux constats qui se dégagent d'une étude menée auprès de 600 adolescents de la polyvalente Louis-Jacques-Casault de Montmagny par les chercheurs Raymond Desharnais, du Département d'éducation physique, et Gaston Godin, de l'École des sciences infirmières.

Les chercheurs ont suivi les mêmes adolescents pendant trois ans et ils ont ainsi pu documenter l'évolution de leur profil d'activité physique et de leurs habitudes de vie sur une base individuelle. Ceci a permis de démontrer que la baisse de la pratique de l'activité physique s'accompagne d'une hausse de la fréquence des comportements néfastes à la santé notamment le tabagisme, la consommation de drogues, les mauvaises habitudes alimentaires et le manque de sommeil. Par ailleurs, les deux chercheurs constatent que l'estime de soi, considérée comme un bon indicateur de l'état de santé psychologique des adolescents, augmente en fonction de la pratique de l'activité physique.

Dans leur étude, les chercheurs soulignent l'influence déterminante jouée par la famille et les amis dans la persévérance à la pratique de l'activité physique. En général, les jeunes qui pratiquent un sport de compétition ont des parents et des amis plus actifs que la moyenne et ces proches les soutiennent et les encouragent davantage à poursuivre dans leur discipline. «Le choix de pratiquer une activité physique semble être une façon de reconnaître, d'exprimer et de renforcer ce qui est «correct» à l'adolescence», constatent les deux chercheurs.

Raymond Desharnais et Gaston Godin jugent que pour favoriser la pratique de l'activité physique chez les adolescents, il faut, entre autres, associer cette pratique à des bénéfices perçus comme importants par les adolescents. «On ne les convaincra pas de faire plus d'exercice en leur disant que ça prévient les infarctus», croit Raymond Desharnais. Les deux sujets qui préoccupent le plus les adolescents sont la réussite scolaire et leur avenir, deux sujets qui, à prime abord, ont peu de liens avec la pratique de l'activité physique. «C'est d'abord sur cette perception qu'il faut jouer. L'activité physique ne rend pas plus intelligent mais elle favorise un état de réceptivité et d'alerte propice à la réussite scolaire.»Il faudrait aussi, poursuit le chercheur, créer une pression sociale autour de la pratique régulière d'activités physiques de loisir et fournir un encadrement adéquat aux jeunes.

«On ne peut pas s'attendre à ce que tous les adolescents en viennent un jour à pratiquer régulièrement une activité physique, conclut Raymond Desharnais. Pour l'instant, les interventions doivent surtout viser à limiter la décroissance.» L'étude Desharnais-Godin, effectuée dans le cadre du programme Kino-Québec, a été déposée à la Direction de la santé publique, de la planification et de l'évaluation qui en assurera la diffusion auprès des kinologues oeuvrant dans les CLSC.
JEAN HAMANN