23 novembre 1995

THÉÂTRE

Les bons débarras

Pour ouvrir sa saison 1995-1996, la Troupe de théâtre Les Treize présente Assassins Associés, une pièce portant sur les relations difficiles entre les hommes et les femmes. Rires garantis!

Qu'arrive-t-il lorsque, ne pouvant plus voir leurs femmes en peinture, trois hommes décident de s'associer pour se débarrasser de ces épouses qui leur gâchent littéralement la vie? Pour tout savoir sur cette macabre histoire qui s'avère fait une comédie hilarante ponctuée d'habiles rebondissements, ne manquez pas d'aller voir Assassins Associés de l'auteur français Robert Thomas, présentée les 1er, 2 et 3 décembre, à 20h, à la Salle Multimédia.

Vous n'êtes pas convaincus que cette soirée vous fera oublier tous les tracas et préoccupations rattachés à une fin de trimestre? Qu'à cela ne tienne: une conversation avec Marie-Eve Chantigny, directrice de production de cette comédie policière en trois actes aura sûrement raison de vos dernières réticences. «C'est une pièce extraordinaire», lance avec enthousiasme cette étudiante en counseling et orientation. «Dès la première lecture, nous savions que nous tenions là une pièce remarquable dans sa forme et dans son propos.»

Nous, c'est-à-dire huit joyeux lurons et luronnes qui avaient joué ensemble dans la pièce En pièces détachées de Michel Tremblay, l'année dernière, et qui ne souhaitaient qu'une chose:

jouer de nouveau ensemble, juste pour le plaisir. À quelques jours du jour J, les comédiens et comédiennes ne regrettent pas leur décision, bien qu'ils soient plongés jusqu'au cou dans la mer infernale des répétitions. Sans aller jusqu'à vendre la mèche, Marie-Eve Chantigny affirme que l'adage «Qui est pris qui croyait prendre» s'applique à merveille dans le cas des Assassins Associés... Cécile Déziel assure la mise en scène de cette oeuvre écrite en 1965.

Les billets sont en prévente au SASC (local 2344 du pavillon Alphonse-Desjardins) au coût de 7$ ou à l'entrée, les soirs de spectacle, à 9$.

Du Code aux planches

Lors de la conférence de presse qui a marqué le lancement de la nouvelle programmation, le 22 novembre, la troupe de théâtre Les Treize a décerné le titre de membre honoraire au comédien Rémy Girard, qui a oeuvré au sein du groupe de 1969 à 1971, alors qu'il étudiait en droit à l'Université. «Les Treize, on en mangeait, dit-il, en parlant de cette heureuse époque de sa vie. Faire partie de la troupe a certainement été un déclencheur important pour ma carrière.» L'expérience a été à ce point positive que le jeune étudiant a délaissé progressivement l'étude du Code civil pour se tourner vers les planches. Depuis, il n'a jamais cessé de jouer, que ce soit au cinéma ou au théâtre.

«Le début des années 1970 correspond à l'âge d'or de la création collective et de la création québécoise. À l'instar de plusieurs troupes de théâtre au Québec, nous avons tourné le dos au répertoire étranger pour puiser dans notre propre imagination et dans celle des auteurs d'ici.» Se sentant un peu à l'étroit au Théâtre de la Cité universitaire, plusieurs membres de la Troupe, dont Rémy Girard, décident de déborder du cadre traditionnel et envahissent les cafétérias de l'Université à l'heure du dîner, pour y donner des spectacles à saveur politique. «Il y avait des facultés où ça marchait un peu moins, comme par exemple en médecine», lance en riant le comédien.

Sa belle aventure avec les Treize - et avec les études universitaires - s'est terminée avec la fondation du Théâtre du Trident, en 1971. Comme les Treize constituait un «bassin naturel d'acteurs », il a été appellé très vite à jouer dans des pièces marquantes du Trident, comme Pygmalion et Charbonneau et le chef. Déplorant le peu d'importance accordé au théâtre amateur actuellement, Rémy Girard estime que la présence d'une troupe de théâtre au sein d'une université présente d'immenses avantages, dont celui de donner le goût aux jeunes de faire du théâtre. Et bien que le nombre de diplômés de conservatoires et d'écoles de théâtre soit élevé par rapport à la demande, ceux qui ont vraiment du talent et un je ne sais quoi qui le distingue des autres finiront toujours par percer, à son avis.

Véritable pépinière de talents, la troupe de théâtre Les Treize a servi de rampe de lancement à des gens qui dominent aujourd'hui la scène artistique québécoise. Parmi ceux-ci, les comédiens Nicole LeBlanc, Dorothy Berryman, Normand Chouinard, Raymond Bouchard; la dramaturge Marie Laberge et le chanteur Gilles Vigneault, qui sera incidemment le premier directeur artistique rémunéré des Treize, en 1957. De la troupe sont également issus les premiers administrateurs du Trident, Laurent Lapierre et Claude Rochette, Serge Viau, co-fondateur du Théâtre du Bois de Coulonge avec Jean-Marie Lemieux et Claude Cossette, fondateur de l'agence de publicité bien connue et aujourd'hui professeur à l'École des arts visuels.

La belle histoire

Fondée en 1949 par un étudiant en lettres de l'Université Laval, Jacques Duchesne, la troupe de théâtre Les Treize présente à ses débuts du théâtre classique avant de se tourner vers un répertoire plus moderne, avec des auteurs comme Jean Anouilh et Jean Cocteau. En 1957, la troupe reçoit le prix de la meilleure production théâtrale au Festival de l'Est du Québec pour Antigone de Jean Anouihl. S'orientant au fil des ans vers le théâtre expérimental et d'avant-garde, la troupe fait scandale, en 1964, avec Magie Rouge de Michel de Ghelderode, dans une mise en scène de Jean-marie Lemieux, alors jeune étudiant en médecine.

En mai 1968, un jeune auteur du nom de Jean Barbeau, membre de la troupe à ce moment-là, remporte le prix de la meilleure pièce en français au festival d'art dramatique du Canada, avec sa pièce Et Caetera. Ce prix donne un nouvel envol aux Treize qui présenteront une cinquantaine de productions, entre 1968 et 1978. Cette époque d'intense création est cependant suivie d'une période plus sombre où le groupe voit le nombre de ses membres fondre comme neige au soleil, en partie à cause de l'apparition d'autres troupes dans le paysage culturel de Québec. Jusqu'en 1989, la troupe présentera malgré tout une production par année.

Le début des années 1990 marque un regain d'activités pour les Treize dont les effectifs atteindront plus de 120 personnes au cours des saisons suivantes. Au programme de ces dernières années figurent des oeuvres d'auteurs connus et renommés (Tremblay, Goldoni, Brecht, Ionesco) mais ausi des créations collectives et des créations originales.

RENÉE LAROCHELLE

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RENÉE LAROCHELLE

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Bas de vignette: Stéphane Dorion (le capitaine); Ingrid Pux (Julia); Yan Courtois (le baron); Marie-Eve Châtigny (la baronne); Marie-Christine Vallée (soeur de Paul Pitard) et Isabelle Aubry ( la nièce du capitaine). N'apparaissent pas sur la photo: Ludger côté (Paul Pitard) et benoît Paré (le journaliste).