12 janvier 1995

Quatre chercheurs obtiennent du temps sur Hubble

Au terme d'un concours international auquel tous les astronomes étaient conviés, quatre chercheurs du Département de physique de la Faculté des sciences et de génie viennent d'obtenir du temps d'observation sur le télescope le plus convoité actuellement à travers le monde: le télescope spatial Hubble. Seulement 300 des 900 projets soumis ont été retenus et, avec cinq projets acceptés, les astrophysiciens Jean-René Roy, Eduardo Hardy, Carmelle Robert et Laurent Drissen placent l'Université Laval dans le peloton de tête des universités canadiennes. De plus, alors que le nombre d'heures d'observation demandé est habituellement coupé de 30 à 50%, ces quatre chercheurs ont obtenu tout le temps demandé. Et ceci ne comprend que les projets pour lesquels ils sont chercheurs principaux puisqu'ils collaborent également à d'autres projets à titre de chercheurs associés.

«Le télescope spatial Hubble est sans doute l'observatoire pour lequel la compétition internationale est la plus vive, estime Jean-René Roy. La qualité des images obtenues avec ce télescope est telle qu'on reçoit un véritable choc la première fois qu'on les regarde. On se demande presque pourquoi on prend encore la peine de faire de l'astronomie à partir du sol. Là où les télescopes terrestres ne voient qu'une étoile, Hubble en voit cent.»

Ce concours international, le deuxième depuis que le télescope a été réparé, a permis de partager entre les chercheurs le temps d'observation disponible soit 3 000 orbites du télescope. Chaque orbite équivaut à 1,5 heure et les chercheurs de Laval ont raflé 51 orbites ou 76.5 heures d'observation, soit 1,7% du total. Signalons que le coût d'opération du télescope

Hubble est estimé à environ 1 million de dollars par jour.

Les chercheurs Carmelle Robert et Laurent Drissen, à l'emploi de l'Université Laval depuis quelques jours seulement, font donc une entrée en force au Département de physique. Carmelle Robert a décroché un poste de professeure-boursière du CRSNG, un programme d'une durée de cinq ans favorisant la présence des femmes en sciences, alors que Laurent Drissen a obtenu un poste d'attaché de recherche. Depuis le début des années 1990, les deux chercheurs travaillaient au Space Telescope Science Institute de Baltimore, l'organisme qui gère l'utilisation du télescope Hubble et ils menaient déjà des projets de recherche en collaboration avec les chercheurs de Laval. «Leurs connaissances approfondies des possibilités du télescope et du genre de problèmes pour lesquels Hubble est particulièrement bien adapté nous ont aidé énormément dans la préparation des projets, insiste Jean-René Roy. Leur domaine de recherche, les étoiles massives, est différent de ce que nos chercheurs faisaient déjà mais s'insère bien dans le thème général de nos travaux qui est l'évolution des galaxies. Enfin, comme ils sont tous les deux dans la jeune trentaine, ils rajeunissent considérablement la moyenne d'âge de notre groupe.»

Les projets des quatre chercheurs portent sur l'origine du carbone dans l'Univers (J.R. Roy), la source des gaz à très haute vitesse émis par certaines régions de formation d'étoiles (L. Drissen), les galaxies de type starburst où de grandes quantités d'étoiles sont formées en un court laps de temps (C. Robert) , la constitution d'une librairie de spectres ultraviolets d'étoiles massives (C. Robert) et le système des amas globulaires de la galaxie de Fornax, le plus vieux type d'objets connus qui devraient livrer des renseignements sur l'évolution des étoiles (E. Hardy).

JEAN HAMANN

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